Le cours de la vie politique dans notre pays nous révèle une certitude : ramener le divers à lâun, assurer à lâêtre-ensemble une sève revitalisante en renonçant à lâimmédiateté de notre moi, en un mot, construire ce qui enracine dans la longue durée est chose difficile. Mais ce qui est difficile nâest-il pas beau ? Ne permet-il pas en effet à lâhomme de montrer sâil a du fond, de se dépasser afin de répondre à lâappel des cimes ?
En lisant lâactualité politique, tout semble porter à croire que nous ne cherchons pas à véritablement construire. Construire, câest faire apparaître quelque chose qui se dresse et reste debout, comme pour lancer un défi à la pesanteur.
En ce sens, cet acte invite au moins à lever la tête et à porter la vue au loin, non à promener le regard autour de soi pour, à lâoccasion, chercher à bondir et à réclamer pour soi lâespace, dans la quête dâune consommation effrénée !
Dans la presse, nous apprenons que le Bureau Politique du PDCI-RDA vient de décider quâen vue de la Présidentielle de 2020, lâAlternance doit se faire avant le parti unifié RHDP.
Cette décision laisse apparaître en filigrane la présupposition suivante : ce à quoi renvoie le terme Alternance constituerait le noyau fondamental autour duquel gravite tout le reste.
Cela signifie, en bonne logique, que le parti unifié RHDP est tout à fait secondaire, quâil convient de le relativiser, quâil est même quantité négligeable, tandis quâest posée en absolu la nécessité que le candidat à la Présidentielle de 2020 soit issu du PDCI-RDA.
Nâaura-t-on pas compris que sous le terme Alternance, il est entendu la « reconquête du pouvoir », ainsi que le soulignent plusieurs déclarations de façon ouverte dans les journaux, comme si le pouvoir actuel était de lâopposition, et que le pays était mal gouverné ? Aurait-on oublié lâendurance des mois passés ensemble au Golf Hôtel, le silence glacial des nuits dans la muette inquiétude du lendemain, le frémissement sous la menace de la mort ?
Certes, tout ne saurait être parfait car si cela lâétait, notre existence serait tout à fait inutile et nous serions restés dans le sein du néant ! Toutefois, les fruits ne sont-ils pas là pour reconnaître et saluer la qualité de lâÅuvre accomplie, à commencer par ce pont venu à son heure, sâétendant en fierté et en majesté entre Marcory et Cocody ? Lâair actuel des choses donne lâimpression que lâon ne supporte pas de voir les succès réalisés par la pierre que lâon avait rejetée, désormais devenue angulaire !
Une question ne manque pas de surgir : Nây a-t-il pas quelque chose comme une inélégance logique, une dissonance à parler dâAlternance, si lâon tient vraiment à la venue au jour dâun parti rassemblant, dans une synthèse heureuse et chaleureuse, les membres épars de la diffraction dâune identité dâorigine ?
Chacun de nous semble être dâavis que, dans le contexte actuel de notre pays, il nâest pas une fenêtre autre que celle du RHDP afin de pouvoir largement respirer, de préserver la paix et la stabilité. Quâest-ce qui alors empêche de passer ici et maintenant à sa venue à la lumière du jour, surtout quand dans le nom donné à la chose, figure la mention « Houphouétistes » ?
A y réfléchir de près, tout se passe comme si, dans le fond, lâon avait peur dâaller vers lâunification parce que lâon veut se conserver à tout prix tel que lâon est. La vie nâest-elle pas pourtant devenir, et le devenir, mouvement de se fluidifier, unité du naître et du périr ?
Saint Paul disait : « Insensé, ce que tu sèmes ne prend point vie, sâil ne meurt auparavant ». Nous savons tous dâexpérience que le grain de maïs enfoui dans la terre ne demeure pas infiniment grain de maïs, mais quâil subit une transmutation par quoi est libérée une tige qui produira des épis en abondance, pour le bonheur du paysan.
De même, lâenfant qui naît ne demeure pas éternellement enfant : sa vérité est de grandir, dâaiguiser sa manière dâêtre au contact des autres et de se former en se nourrissant dâidéaux éthiques afin de devenir un homme responsable.
Une formation politique, fière et jalouse de son indépendance, uniquement soucieuse de demeurer orgueilleusement dans la jouissance pure et sans mélange de soi, ne risque-t-elle pas de sâéteindre peu à peu en elle-même par la fétichisation de son nom ?
Le Président Félix Houphouët Boigny nâa pas mené, toute sa vie durant, un combat pour nous léguer en héritage un fétiche, une idole car, alors dans ces conditions, nous nâaurions plus quâà nous asseoir sur un trépied pour proférer des oracles !
Lâimportant nâest pas le nom dâune formation politique, mais lâidéal visé à travers ce nom. Si le premier bâtisseur de notre pays a eu à créer un parti politique, câest en vue dâune fin : celle dâune existence de justice, de liberté et de fraternité qui ne peut se réaliser que si chacun, jour après jour, pose sa pierre en un point dâéquilibre dans lâédifice global.
Dans cette perspective, nous ne devons pas ressembler au serviteur qui, ayant reçu de son maître parti en voyage cent pièces dâor, creuse un trou dans la terre pour les y cacher, au lieu de les placer à la banque afin quâelles produisent des intérêts !
De la fenêtre de lâéternité, le Président Félix Houphouët Boigny regarde certainement ses héritiers pour leur rappeler quâen bon architecte, il a déjà posé les fondations de la maison, et quâil leur revient de consolider son Åuvre, de la pousser vers lâavant, en RASSEMBLANT ce qui est épars en vue de la DEMOCRATIE et de la PAIX, si du moins ils veulent être dignes de LUI.
Dibi Kouadio Augustin, Professeur Titulaire de Philosophie Université Félix Houphouët Boigny.












