La visite dans le centre du Mali du Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga dimanche 14 octobre était placée sous haute sécurité (ici à Mopti)
La visite dans le centre du Mali du Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga dimanche 14 octobre était placée sous haute sécurité (ici à Mopti)

La Presse africaine est dominée par la spirale de la violence au Mali. Ah oui. Tenez-vous ! C’est ce qui barre la Une de tous les tabloïd. Pas un jour ne passe pratiquement sans qu’une attaque frappe le Mali. C’est le nord du pays qui est le plus touché.


Dernier drame en date, rapporte le journal Kibaru, cité par Maliweb, « dans la nuit de dimanche à lundi, des individus armés non identifiés ont attaqué un véhicule transportant des civils de la communauté Idaksahak. L’acte s’est déroulé sur une route à 50 km à l’ouest de Ménaka. Après avoir débarqué tous les passagers à bord du véhicule, les assaillants en ont abattu quatre. Avant de disparaître dans la nature emportant des biens et le véhicule braqué. »

Mais il n’y pas que le nord du Mali, le centre du pays est également touché depuis maintenant deux ans par des violences inter-ethniques.

A tel point qu’il est devenu la zone la plus dangereuse du pays. C’est ce que pointe la FIDH, la Fédération internationale des droits de l’homme et l’AMDH, l’Association malienne des droits de l’homme, dans un rapport publié hier mardi.

Le centre du pays touché par la fièvre djihadiste

Les deux organisations de défense des droits de l’homme, relève Jeune Afrique, « ont mené entre mai et juillet dernier une vaste enquête dans le centre du Mali, en se focalisant sur les régions de Mopti et de Ségou. La FIDH et l’AMDH dépeignent des populations prises au piège entre les groupes djihadistes, les milices d’auto-défense et l’armée. Les violences dans le centre ont causé ‘500 victimes civiles entre janvier et août 2018’. Ces deux dernières années, 1.200 civils y ont été tués, une cinquantaine de villages brûlés, poussant au moins 30.000 personnes à fuir la région. C’est également l’une des régions où l’on a le moins voté au cours de la présidentielle qui a reconduit Ibrahim Boubacar Keïta au pouvoir. À cause de l’insécurité, plusieurs bureaux de vote n’ont pas pu ouvrir. »

En fait, précise Jeune Afrique, « depuis 2015, le centre du Mali, zone contrôlée par le chef djihadiste peul Koufa et ses hommes, surnommés ‘les hommes de la brousse’, est touchée par la fièvre djihadiste. Si son influence prospère, c’est qu’il est en terrain fertile. »

En effet, poursuit Jeune Afrique, « le delta du Niger est le théâtre d’affrontements entre agriculteurs (majoritairement dogons et bambaras) et éleveurs (surtout peuls) notamment pour l’accès aux ressources naturelles, dans un contexte rendu d’autant plus tendu par les conséquences du changement climatique. En prenant la défense des ‘pauvres’ dans ses prêches et en tenant un discours ‘égalitariste’, Koufa s’est façonné une image de justicier, en opposition à l’État souvent perçu comme prédateur, mais aussi de libérateur face à la mainmise des familles nobles. Il se pose également en défenseur des peuls, victimes selon lui des attaques des milices d’auto-défense des autres ethnies et de l’armée ainsi que de ses alliés français dans la lutte contre le terrorisme. »

Les « caravanes de la mort »

Il est vrai, rapporte Le Monde Afrique, que « face à ce déchaînement de violence, le Premier ministre, Soumeylou Boubeye Maïga, a apporté, selon la FIDH, une réponse ‘essentiellement sécuritaire’ en mobilisant 4.000 hommes. ‘Cela s’est soldé par une caravane de la mort’, dénonce la FIDH. Au moins 67 hommes, tous de l’ethnie peule, ont été exécutés sommairement par des militaires au cours de six opérations ciblées entre février et juillet. ‘Aujourd’hui, accuse encore la FIDH, pour l’armée malienne, un bon Peul est un Peul mort, et tout Peul est terroriste’. »

Les populations prises en tenailles

En effet, déplore L’Observateur Paalga au Burkina, « pour ne rien arranger dans cette zone de terreur, les forces armées maliennes s’en donnent elles aussi à cœur joie, avec ce qu’on a vite fait de surnommer des ‘caravanes de la mort’, faites d’exécutions sommaires et de fosses communes dont six auraient déjà été trouvées dans la région. Du coup, constate L’Observateur Paalga, ce sont les populations qui se trouvent prises en tenailles entre terroristes obscurantistes, miliciens communautaires et armée nationale, devant l’impuissance de l’Etat, de la MINUSMA, de Barkhane et du G5 Sahel qui, hélas, ne parviennent pas à enrayer cette spirale infernale. On continuera donc pendant longtemps à pondre rapport sur rapport, conclut le quotidien ouagalais, tout en priant Allah d’attendrir les cœurs de ceux qui sèment la terreur et prétendent tuer en son nom. »

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