Les statistiques sont effrayants. Les chiffres parlent d’eux-mêmes malgré le calme qui règne dans la région de la Basse-Casamance. Selon nos confrères de Planete-senegal.com, repris par Kafunel.com, plus de 168 attaques armées, bombardements, prises d’otage, accrochages, assassinats ciblés ont été enregistrés depuis le 1er janvier avec un nombre total de victimes (physique ou financière) militaires, indépendantistes et civiles évalué à 354 personnes sur un territoire plus petit qu’un département français…

MISE A JOUR DU 04 SEPTEMBRE : comme nous le prédisions il y a quelques mois la situation en Casamance est plus que jamais explosive. Fait nouveau, les troubles se sont étendus à toute la région. Le plus triste est surtout QU’IL N’Y A AUCUNE RAISON que la situation s’améliore. Aux légitimes revendications politiques se sont greffés les intérêts des cartels de la drogue colombiens qui fournissent armes et argent pour sécuriser le passage de la drogue de la Guinée-Bissau jusqu’à Dakar.

Les accrochages se sont donc multipliés jusqu’à être quotidiens. Faire une mise à jour de l’état de la sécurité en Casamance est devenu impossible tant les actes de guerre sont nombreux. Car il s’agit d’actes de guerre et non de quelques voyous coupant les routes. Les villages sont attaqués par les indépendantistes et les traficants de cocaïne, des raids du Rally Guerrier, le bombardier de l’armée sénégalaise, font entendre des explosions dans toute la région. Mines antipersonnel, échanges de tirs quotidiens, embuscades meurtrières contre l’armée sénégalaise, prises d’otage, assassinats ciblés sont le lot QUOTIDIEN des villages allant du Cap Skirring à Ziguinchor en passant par Bignona et Kafountine.

Malgré ça, une clique touristique continue de diaboliser ceux qui informent les voyageurs en toute transparence et à tenter de minimiser les faits, tâche de plus en plus ardue tant il est facile désormais de consulter les articles de la presse sénégalaise sur internet.

Dans ce contexte, tout investissement commercial ou immobilier est tout bonnement suicidaire. Toute visite touristique dans un cadre familial (avec enfants) est également vivement déconseillée (voir plus bas les recommandations des ministères des affaires étrangères français, espagnol, canadien et belge).

Carte de l'insécurité en Casamance 2011
Carte de l’insécurité en Casamance 2011

Pour faire bref, voici quelques articles sur des « petits incidents » (dixit certains opérateurs touristiques de Casamance) qui se sont déroulés au mois d’août 2012 (cet article est rédigé le 22 août) avec le lien vers le site de presse correspondant :

Violents affrontements entre l’armée et le MFDC à Kameub : http://www.leral.net/DERNIERE-MINUTE-Kabeum-De-violents-affrontements-opposent-l-Armee-a-des-hommes-armes_a50486.html Braquage sur l’axe Ziguinchor-Nyassia :
http://www.leral.net/Braquage-sur-l-axe-Ziguinchor-Nyassia-des-passagers-depouilles-de-leurs-biens_a49980.html Attaques à Oukout (10 minutes du Cap Skirring) sur l’Axe Ziguiinchor-Cap Skirring :
http://www.rewmi.com/Braquages-a-Casamance-Des-bandes-armees-sement-la-terreur_a65652.html Attaques et coups de feu à Diakène (à 4 minutes du Cap Skirring….) et dans les environs
http://www.nettali.net/article.php3?id_article=26351 Un militaire saute sur une mine à Djibidione :
http://www.afreeknews.com/journal.php?flash_id=4595 etc… (plus de 168 attaques armées, bombardements, prises d’otage, accrochages, assassinats ciblés ont été enregistrés depuis le 1er janvier avec un nombre total de victimes (physique ou financière) militaires, indépendantistes et civiles évalué à 354 personnes sur un territoire plus petit qu’un département français…
rebelles du mfdc fait prisonniers en casamance
rebelles du mfdc fait prisonniers en casamance

Ce que doivent comprendre les touristes au vu de ces évènements c’est qu’on ne parle pas de quelques attaques dans une région où ils vont passer leurs vacances. On parle d’attaques SUR leur lieu de vacances. Quand on lit dans un article qu’un avion sénégalais a bombardé Efok (comme au mois de mai) le touriste doit savoir qu’on voit la fumée depuis sa chambre d’hôtel et qu’à moins de faire la danse des canards autour de la piscine avec une sono assourdissante, il entendra les explosions.

Il doit comprendre que quand il lit qu’un village a été attaqué près d’Oussouye c’est là où il partira en excursion à 15 minutes de voiture de son hôtel du Cap Skirring. Voilà ce qu’oublient de dire certains opérateurs pour sauvegarder leurs petits bénéfices. C’est le combat pour la transparence que mène Planete-Senegal.com depuis 10 ans : concilier l’information franche avec l’apologie de la beauté de la région que nous faisons sans cesse.

« Vous mentez, moi il ne m’est rien arrivé ! « .

rebelle armé en casàmance
rebelle armé en casàmance

Les forums touristiques sont inondés de cette maxime haute en philosophie et en esprit d’analyse acéré ! C’est la sempiternelle réflexion du touriste ahuri quand on lui dit que la Casamance est devenue un coupe-gorge. Evidemment qu’on a pas tiré sur tous les touristes se rendant en Casamance, asshole. Sinon cela se saurait. Mais faut-il attendre qu’un bus de touristes se prenne un obus tiré au hasard (y’en a tous les jours et on les entend jusqu’au Cap Skirring) ? Faut-il attendre que trois touristes en excursion à vélo se prennent un balle perdue ?

 Bien-sûr que les touristes ne sont pas visés spécialement. Il n’y a pas de Pakistanais barbus en djellaba en Casamance (ils sont soit au Pakistan, soit en Seine-Saint-Denis). Pour autant, les risques de balles ou d’obus perdus sont conséquents ! Les risques de révolte populaire sont également importants (rappelons-nous les deux incendies du Club Med et autres hôtels lors des soulèvements de Kabrousse). Et les possibilités de se faire braquer sur la route sont plus grandes que celles de se faire escroquer par un antiquaire du Cap Skirring (c’est dire…) ! Ces dernières années un certain nombre de touristes ont d’ailleurs été sommairement exécutés.

En silence grâce à l’Office du Tourisme de Casamance grâce à qui les pauvres Français retrouvés morts sous un pont à Ziguinchor, dans un puits à Koubalan ou dans d’autres endroits insolites n’ont pas fait trop de bruit. La chose à retenir, c’est que tout le monde ment : les ministères des affaires étrangères (liens ci-dessous), la presse sénégalaise et bien-sûr Cap-Skirring.com ! Heureusement que quelques hôteliers désintéressés sont là pour rétablir la vérité et dire qu’en Casamance, comme dans la station balnéaire d’Amity* (les Dents de la Mer)

LE TOURISTE NE RISQUE RIEN !

préparation à la baitaille prés d'oussouye en casamance
préparation à la baitaille prés d’oussouye en casamance

Faut-il pour autant boycotter la Casamance ?

Aung San Suu Kyi, la célèbre prix Nobel de la paix birmane conseillait aux occidentaux de ne pas visiter la Birmanie malgré les pertes financières induites pour les Birmans afin de pousser le gouvernement birman à démocratiser le pays. Comme elle, je pense pour mille raisons qu’il vaut mieux ne pas aller en Casamance pour l’instant.

D’une part les conditions de sécurité sont de moins en moins bonnes et n’ont aucune raison de s’améliorer pour les raisons précisées plus haut. D’autre part l’argument selon lequel éviter la Casamance aggraverait encore la situation économique ne tient pas la route. Si vous n’allez pas en Casamance vous irez ailleurs faire profiter de votre argent. Un Casamançais n’a aucune raison de profiter plus de votre « tourisme humanitaire » que le guide béninois, l’hôtelier gambien ou le paysan laotien !

Cet argument n’est avancé que par ceux qui ont quelquechose à gagner (ou à perdre) dans le tourisme en Casamance : hébergements et structures de loisirs. En outre, un arrêt total du tourisme pendant deux ou trois ans permettrait de mettre fin à la spéculation foncière qui dévore la côte casamançaise et contribue encore à l’exacerbation du ressentiment des villageois qui se voient dépossédés de leurs terres pour pas pas un rouble.

Ensuite, est-il raisonnable de se rendre dans une région en situation de guerre civile pour y passer des vacances ? Pour y croiser des militaires ? Pour y visiter des villages qui viennent d’être bombardés par l’aviation sénégalaise ou attaqués par un groupe indépendantiste ? Pour y être réveillé au son d’un obus tiré à 5 km du Cap Skirring ? Bonjour l’ambiance de vacances. Soyons sérieux.

insécurité dans les zones touristiques en casamance
insécurité dans les zones touristiques en casamance

Enfin, l’arrêt momentané du tourisme permettrait un renouvellement total du monde touristique de Casamance en partie phagocyté par quelques chiffes molles aux ordres d’un ou deux illuminés. Quand un opérateur touristique courageux essaye de sortir du rang, il risque le bannissement de la communauté. Hasard ou non, il s’agit souvent des établissements les plus agréables de Casamance et de ceux où vous risquez le moins de voir le toit en paille enflammé par les villageois.

Et pour finir, une petite mise à jour des recommandations des ministères des affaires étrangères concernant la Casamance (quand on sait que ces recommandations, de par la nature même de ceux qui les émettent, sont rédigées en langage diplomatique on ne peut que s’inquiéter de la situation dans la région) :

Conseil du Ministère des Affaires Etrangères de Belgique (au 22 août 2012) :
Casamance : Malgré la conclusion d’un accord de paix formel et les pourparlers qui s’en sont suivis entre le gouvernement et les rebelles en Casamance, la région est le théâtre d’hostilités militaires notamment à proximité de la frontière avec la Guinée-Bissau, autour de Ziguinchor ainsi qu’au nord de la région de Ziguinchor, près de la frontière gambienne, dans les environs de Bounkiling et dans la région de Goudomp. Des bandes armées s’en prennent aux villageois ainsi qu’aux touristes dans la région de Bignona. Bien que la plupart des incidents graves aient lieu entre l’armée et les rebelles, la population n’est pas épargnée et des touristes sont également les victimes du banditisme ou des groupuscules qui profitent de la situation. L’Ambassade conseille aux voyageurs d’éviter absolument le département de Bignona et de rester vigilants. Des voyages dans la région touristique côtière de Ziguinchor et de Cap Skiring, ne posent en principe aucun problème. Il est formellement déconseillé de rejoindre Bignona et Ziguinchor en voiture depuis la Gambie. La route entre Bounkiling et Bignona ainsi que la route entre Ziguinchor et Kolda longeant la frontière Bissau guinéenne doivent être évitées pour les mêmes risques de braquage. Il est fortement déconseillé de se déplacer dans toute la Casamance une fois la nuit tombée. LIEN >>>

Conseil du Ministère des Affaires Etrangères du Canada (au 22 août 2012) :
Casamance : Éviter tout voyage. AVERTISSEMENT OFFICIEL : Affaires étrangères et Commerce international Canada recommande d’éviter tout voyage en Casamance, sauf les déplacements directs à Cap-Skirring, en raison de la dégradation de la situation en matière de sécurité. La reprise récente des affrontements entre les forces armées sénégalaises et les rebelles du Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance (MFDC) ainsi que les vols dans toute la région contribuent à l’insécurité. Les Canadiens qui se rendent dans la région malgré cet avertissement doivent se déplacer en avion en raison de l’insécurité des voies terrestres. Pendant la saison touristique (de novembre à avril), un vol direct relie Dakar et Cap-Skiring. Il est aussi possible de se rendre à Ziguinchor en traversier. Tout déplacement sur les principaux axes routiers ne devrait s’effectuer que de jour, idéalement en convoi et avec des transporteurs réputés. La présence de mines antipersonnel constitue toujours un danger en Basse-Casamance, où l’on signale souvent des incidents. Dans le sud de Ziguinchor, près de la frontière avec la Guinée-Bissau, des zones de déminage ont été délimitées et des opérations y sont en cours. LIEN >>>

Conseil du Ministère des Affaires Etrangères de France (au 22 août 2012) :
La persistance des attaques armées en Casamance oblige à la plus grande prudence lors des déplacements dans cette région. Il est notamment formellement déconseillé de se déplacer dans la zone septentrionale […]. De manière générale, tous les axes routiers sont déconseillés, à l’exception de celui reliant les villes de Ziguinchor et de Cap Skirring. Il est toutefois vivement recommandé que les déplacements sur cet axe s’effectuent de jour et en convoi. Des opérations de déminage sont en cours au sud de Ziguinchor jusqu’à la frontière bissao-guinéenne. Les zones dangereuses sont, en général, clairement signalées. Pour se rendre en Casamance depuis Dakar, il est recommandé de voyager par air ou par mer (liaisons aériennes avec Ziguinchor et Cap Skirring, liaison maritime avec Ziguinchor). Les axes routiers entre la frontière gambienne et Ziguinchor sont fortement déconseillés. Des attaques à main armée y ont lieu régulièrement. […]. Il est recommandé de circuler uniquement de jour. LIEN >>>

Conseil du Ministère des Affaires Etrangères d’Espagne (au 22 août 2012) :
Se desaconseja viajar a la región de Casamance por el importante aumento de atentados
y enfrentamientos armados, que está afectando recientemente a la propia ciudad de Zinguinchor. También se desaconseja cualquier desplazamiento por carretera al darse casos de asaltos y actos de bandidaje. Cualquier desplazamietno por la carretera principal que enlaza la zona turística de Cap Skirring con Zinguinchor, debe hacerse de día y preferiblemente en caravana en el marco de circuitos turísticos organizados. Se desaconsejan los viajes individuales. Se desaconseja especialmente viajar a las zonas de la Casamance fronterizas con Gambia y Guinea Bissau, donde quedan zonas minadas, se dan casos de asaltos, bandidaje y enfrentamientos entre militares y guerrilla. […] El viaje individual es peligroso. LIEN >>>

Infos complémentaires :

Ci-dessous : Carte de la situation d’insécurité en Casamance (braquages, mines, zones interdites, combats). Compte-tenu du nombre important d’évènements seule une petite partie -néanmoins impressionnante – est représentée sur cette carte mise à jour de manière épisodique. Par souci de transparence, à chaque fois le type d’évènement (bombardement/mine, accrochages meurtriers ou assassinats, braquages sans décès), la date et l’article de presse correspondant sont indiqués en cliquant sur le pictogramme.

Cliquez sur les icônes de la carte pour voir le détail de l’évènement.

Laisser un commentaire