Le fondateur de WikiLeaks Julian Assange a été arrêté ce jeudi 11 avril à l’ambassade d’Équateur à Londres où il avait trouvé asile. Présenté à un juge dans l’après-midi, l’Australien a été reconnu coupable d’avoir violé les conditions de sa liberté provisoire.

Julian Assange a été arrêté à Londres. Sur des images postées par le journal britannique The Guardian, le fondateur de WikiLeaks, les cheveux tirés en arrière et portant une longue barbe blanche, se débat et proteste tandis que plusieurs officiers le font monter dans un car de police.

Il a été présenté en début d’après-midi devant le tribunal de Westminster, à Londres, où il a été reconnu coupable d’avoir violé les conditions de sa liberté provisoire. Un délit passible d’un an de prison.

Scotland Yard a indiqué que cette arrestation répondait à la fois à un mandat délivré en juin 2012 par un tribunal londonien pour non-présentation au tribunal et à une demande d’extradition américaine.

« Personne n’est au-dessus des lois », a déclaré devant la Chambre des communes la Première ministre britannique Theresa May.

Julian Assange n’est pas « un héros », a de son côté estimé le ministre britannique des Affaires étrangères, estimant que le fondateur de WikiLeaks avait « fui la vérité pendant des années » et qu’il était « juste que son avenir soit décidé par le système judiciaire britannique ».

Inculpation pour « piratage informatique »

L’Australien âgé de 47 ans, à l’origine de la publication en 2010 de nombreux documents officiels américains, a fait l’objet aux Etats-Unis d’une inculpation dont le ministère de la Justice a dévoilé le contenu ce jeudi dans un communiqué.

Le cybermilitant est incuplé d’association de malfaiteurs en vue de commettre un « piratage informatique ».

Selon l’acte d’accusation, resté jusqu’ici sous scellé, le fondateur de WikiLeaks est accusé d’avoir aidé l’ex-analyste du renseignement Chelsea Manning à obtenir un mot de passe pour accéder à des milliers de documents classés secret-défense qui ont ensuite été révélés au public.

L’accusation est passible d’une peine maximale de cinq ans de prison, précise le ministère américain de la Justice.

L’Australien était également sous le coup de deux accusations, l’une pour viol et l’autre pour agression sexuelle, en Suède. C’est pour échapper à une arrestation dans ces affaires qu’il était réfugié depuis juin 2012 à l’ambassade d’Équateur.

La plainte pour agression sexuelle avait été prescrite en 2015 et la Suède avait abandonné en mai 2017 les poursuites dans l’affaire de viol, faute de pouvoir faire avancer l’enquête. A l’annonce de l’arrestation de Julien Assange ce jeudi, la femme qui l’accuse de viol a fait savoir qu’elle réclamait la réouverture de l’enquête.

De longues négociations entre Londres et Quito

L’arrestation de ce jeudi est le résultat de mois de négociations entre le gouvernement britannique et les autorités équatoriennes. Dans une vidéo diffusée sur Twitter, le président Lenin Moreno explique point par point les raisons pour lesquelles Quito a permis à la police britannique d’arrêter Julian Assange dans son ambassade londonienne. Il est notamment reproché à l’Australien d’avoir bloqué des caméras de sécurité, agressé des gardes au sein de l’ambassade et accédé à des archives sans permission.

Les relations entre les autorités équatoriennes et Julian Assange se sont tendues depuis que ce dernier a été accusé d’avoir fait fuiter des informations sur la vie privée du président équatorien. Il n’avait plus le droit de communiquer avec l’extérieur ni de recevoir de visites autres que celles de ses avocats.

Julian Assange accuse de son côté l’Equateur de vouloir lui retirer son droit d’asile en l’impliquant personnellement, ainsi que le site WikiLeaks, dans la circulation d’accusations de corruption contre le président Moreno et ses proches, partagées sur les réseaux sociaux.

La question de son extradition vers les États-Unis est désormais relancée. Le président équatorien Lenin Moreno assure avoir demandé et obtenu des autorités britanniques que le fondateur de WikiLeaks ne soit pas extradé vers un pays où il encourrait la peine capitale.

« Risque réel de graves violations de ses droits fondamentaux »

Le site d’information WikiLeaks accuse, dans des tweets, l’Équateur d’avoir « mis fin illégalement » à l’asile politique accordé à Assange.

L’ONU, via la rapporteuse sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, estime qu’en l’expulsant, l’Équateur lui fait courir « un risque réel de graves violations de ses droits fondamentaux ».

Par ailleurs, le rapporteur spécial des Nations unies pour le droit au respect de la vie privée, Joe Cannataci, qui devait rencontrer Julian Assange le 25 avril à l’ambassade d’Équateur à Londres, a de son côté indiqué aux médias qu’il n’entendait pas annuler son voyage et prévoyait de « lui rendre visite et (de) lui parler dans un poste de police ou partout ailleurs au Royaume-Uni où il pourrait être détenu ».

L’ex-président équatorien Rafael Correa accuse son successeur Moreno de « traîtrise ». Dans un message posté sur Twitter, il s’insurge contre l’entrée d’une police étrangère dans l’ambassade d’Équateur et la livraison d’un citoyen équatorien.

En accordant sa protection au fondateur de WikiLeaks, l’Équateur, alors présidé par Rafael Correa, avait trouvé une occasion rêvée pour narguer les États-Unis. « Cela met la vie d’Assange en danger et humilie l’Équateur. Jour de deuil mondial », poursuit-il, accusant son successeur Lenin Moreno d’être responsable de l’arrestation.

“Decisión soberana”, bonita etiqueta pata la traición, la entrada de policía extranjera en nuestra Embajada, y la entrega de un ciudadano ecuatoriano.
¡Pocas veces se ha visto tanta cobardía y miseria humana!
La historia será implacable con los culpables de algo tan atroz. 
https://t.co/q6oEtGJNo4  Rafael Correa (@MashiRafael) 11 avril 2019

« La main de la démocratie étrangle la liberté », a réagi sur Facebook la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova.

Le lanceur d’alerte Edward Snowden, toujours réfugié en Russie après avoir fait fuiter des documents confidentiels sur la surveillance de masse aux Etats-Unis en 2013, a très vite réagi en dénonçant un «jour sombre pour la liberté de la presse ».

« Les images de l’ambassadeur d’Équateur invitant la police secrète dans l’ambassade pour traîner dehors un éditeur – que cela plaise ou non – de matériaux journalistiques primés finiront dans les livres d’histoire », ajoute-t-il.

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