
«LâAfrique influencera la politique mondiale», a affirmé Yurii Pyvovarov, Ambassadeur dâUkraine au Sénégal.
Yurii Pyvovarov, Ambassadeur dâUkraine au Sénégal: «LâAfrique influencera la politique mondiale»
LâAmbassadeur extraordinaire et plénipotentiaire dâUkraine au Sénégal, Yurii Pyvovarov, nouvellement installé dans ses fonctions, souhaite que le dialogue entre Dakar et Kyiv ne soit pas fragmentaire, mais régulier et plus dynamique.
Son ambition, câest dâouvrir davantage lâUkraine au Sénégal.
Vous êtes nouvellement nommé Ambassadeur dâUkraine au Sénégal, quel est lâétat des lieux de la coopération entre Dakar et Kyiv ?

Thirty years after the Chernobyl nuclear catastrophe Greenpeace revisits the site of the Unit 4 with the New Safe Confinement (NSC or New Shelter) and the abandoned town of Pripyat.
Je vais commencer par dire que jâai eu le plaisir dâentendre, lors de ma participation au Forum de Dakar sur la paix et la sécurité, un groupe de jeunes étudiants que les Sénégalais ressemblent beaucoup aux Ukrainiens.
Jâai demandé pourquoi ?
Ils mâont dit que les Ukrainiens, tout comme les Sénégalais, adorent recevoir des invités, ils sont aussi accueillants, bienveillants et gentils.
Pour être honnête, câétait très agréable et important pour moi, car câétait dit par des jeunes de moins de 30 ans.
Câest une génération merveilleuse qui va construire son propre pays. Ce sont des jeunes dont on peut être fier.
Le Sénégal est et restera un partenaire important de lâUkraine en Afrique de lâOuest.
Lâétat de nos relations bilatérales aujourdâhui est loin de ce quâil pourrait être. Je parle, tout dâabord, des perspectives que nos deux pays ont et qui nâont pas été pleinement exploitées.
La base juridique de nos relations doit être élargie, notamment en termes de coopération commerciale et économique.
Plusieurs projets dâaccords importants restent actuellement à lâexamen des parties sénégalaise et ukrainienne. Il est nécessaire dâaccélérer leur examen.
Il est également important dâintensifier les contacts dâaffaires entre nos deux pays.
Il est encourageant de constater quâau cours de la dernière année, le nombre de demandes dâentreprises sénégalaises visant à trouver des partenaires en Ukraine a considérablement augmenté.

Nous favoriserons certainement lâétablissement dâun partenariat fiable entre les milieux dâaffaires de nos deux pays.
Et, bien sûr, lâune de mes tâches principales est dâintensifier le dialogue politique entre lâUkraine et le Sénégal.
Je suis heureux de constater quâentre les Ministres des Affaires étrangères de nos deux pays Mme Aïssata Tall Sall et M. Dmytro Kuleba sont déjà établies des relations personnelles amicales et constructives ; ce qui est très important.
Je prévois de travailler à lâorganisation dâune série de visites bilatérales des dirigeants de nos deux Ãtats, ainsi que des ministres dans un avenir proche.
Ce nâest quâune partie de ce qui doit être fait pour amener les relations ukraino-sénégalaises à un niveau qualitativement nouveau.
Câest dire quâil y a beaucoup dâespace pour le travail. Et câest pourquoi je suis ici.
Quelle touche comptez-vous apporter pour redynamiser lâaxe Dakar-Kyiv ?

Tout dâabord, je souhaite que le dialogue entre lâUkraine et le Sénégal ne soit pas fragmentaire, mais régulier, plus dynamique et véritablement partenarial.
Pour ce faire, je prévois de rencontrer prochainement certains ministres du Gouvernement sénégalais, faire leur connaissance, connaître les besoins de votre pays dans certains domaines et, bien sûr, leur proposer des choses précises qui, je lâespère, les intéresseront.

La deuxième chose que je vais faire est dâouvrir davantage lâUkraine au Sénégal et vice versa dans les dimensions humanitaire, culturelle et touristique. Jâessaierai également dâétablir des contacts dâaffaires et de partenariat entre certaines régions dâUkraine et du Sénégal, y compris entre nos merveilleuses capitales K yiv et Dakar.
à cette fin, je prévois également de visiter quelques régions du Sénégal pour établir des contacts et discuter de la mise en Åuvre dâéventuels projets et programmes.
Dans le cadre de lâéducation et de la formation, quâest-ce que lâUkraine peut offrir au Sénégal ?

Lâéducation est lâune de nos cartes de visite. Présentement, il y a une trentaine de Sénégalais qui font leurs études en Ukraine.
On est disposé à donner des bourses aux étudiants sénégalais mais juridiquement, nous nâavons pas encore le droit.
Il faut, pour cela, signer impérativement notre accord intergouvernemental sur lâéducation.
Cette année, on a, au moins, cinq universités ukrainiennes qui figurent dans le classement de Shanghai.
Câest dire que la qualité de la formation en Ukraine est reconnue à travers le monde entier.
Vous avez été pendant quatre ans Directeur général adjoint du Moyen-Orient et de lâAfrique au sein du Ministère ukrainien des Affaires étrangères. Quâavez-vous appris de lâAfrique avant votre nomination ?

Je suis devenu un africaniste encore plus actif et ardent parce que jâai compris et aimé davantage lâAfrique.
Jâai cru et je continue de croire que lâAfrique est un continent du futur qui déterminera non seulement la politique régionale mais aussi influencera considérablement la politique mondiale.
Forte de cette conviction, lâUkraine accorde une attention particulière à lâétablissement dâun dialogue politique avec les pays africains.
Le soutien politique des pays africains restera crucial pour nous dans la mise en Åuvre des initiatives internationales clés de lâUkraine.
Je voudrais également souligner que lâUkraine participe constamment aux opérations de maintien de la paix de lâOnu en Afrique.
Nous continuerons à mener à bien cette importante mission de règlement des crises et des conflits sur le continent africain.
Aujourdâhui 310 « casques bleus » dâUkraine (dont 33 représentants du ministère de lâIntérieur) représentent notre pays dans quatre opérations de maintien de la paix de lâOnu en Afrique dont la Rdc, le Mali et le Soudan.
Quelle est la place de lâAfrique dans la diplomatie ukrainienne ?

Une place très important et prioritaire. Surtout ces dernières années, lorsque la voix et le poids à la fois politique et économique du continent africain sont de plus en plus visibles et puissants.
Sans être sensationnaliste, lâUkraine considère le développement des relations avec les pays africains comme lâune de ses priorités.
Nous portons une diplomatie économique très active visant à promouvoir les exportations ukrainiennes et à trouver de nouveaux marchés et formes de coopération avec les pays du continent, sur lesquels se concentrent dâimportantes ressources naturelles, financières et humaines.
à cette fin, nous prévoyons, à partir de lâannée prochaine, dâétendre notre présence diplomatique en Afrique en ouvrant des ambassades ukrainiennes dans certains pays africains, en mettant lâaccent principalement sur les domaines économiques et dâinvestissement.
En outre, le Ministère des Affaires étrangères dâUkraine et lâInstitut national dâétudes stratégiques élaborent actuellement une Stratégie nationale pour étendre la présence économique de lâUkraine sur les marchés africains. Cette stratégie est conçue pour une période de 20 ans.
Lâune des preuves de lâimportance du continent africain pour lâUkraine est le fait quâaujourdâhui nous travaillons très activement à lâorganisation dâune série de visites du Ministre des Affaires étrangères Dmytro Kuleba dans certains pays africains, ainsi que la tournée du Président dâUkraine, Volodymyr Zelensky, en Afrique. Et bien sûr, lâun de ces pays sera le Sénégal.
Lâaccident nucléaire de Tchernobyl sâest produit chez vous en 1986, il y a de cela quelques années. Quâest-ce que vous inspire le débat croissant sur les énergies propres ?

Cela a été une catastrophe. Avec lâassistance de nos partenaires européens, on a construit un sarcophage sur le site. à mon avis, le nucléaire doit appartenir au passé.
Câest un rappel pour dire à tout le monde que le nucléaire est une chose très dangereuse pour lâhumanité.
Cette tragédie nous pousse à penser aux sources dâénergie vertes et renouvelables.
Votre pays fait souvent lâobjet dâopposition entre lâOtan et lâUnion européenne à lâOuest et la Russie à lâEst. Quâest-ce que cette géopolitique difficile vous inspire ?

Ayant accédé à lâindépendance en 1991, mon pays a clairement et sans équivoque choisi la voie de lâadhésion à lâUnion européenne et à lâOtan. Le cap euro-atlantique de lâUkraine est clairement inscrit dans la Stratégie de politique étrangère de mon pays et fixé dans notre Constitution.
La question de notre vecteur politique nâest plus discutée. LâUkraine a été sous le joug communiste dâune entité, à lâépoque, appelée Union soviétique. Il nous a fallu 70 ans pour sâen sortir.
à lâépoque impériale du XIXe siècle, la langue ukrainienne a été un tabou. En 1918, la Russie a pu priver lâUkraine de son indépendance.
Pendant les années 30, lâHolodomor (la grande famine organisée par Moscou), pendant laquelle plus de 7 millions dâUkrainiens ont été tués, est désormais considéré comme un génocide. Moscou continue de considérer lâUkraine comme son territoire.

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Aujourdâhui, pour votre information, plus de 115 000 soldats et de nombreuses armes sont concentrés près des frontières de lâUkraine, en Crimée et dans le Donbass. On peut affirmer que Moscou se prépare à une invasion massive de lâUkraine en janvier.
Probablement, elle pense que de cette manière elle pourra forcer lâUkraine à abandonner son intégration euro-atlantique. Mais il est évident que cela nâarrivera jamais. LâUkraine et les Ukrainiens ne sont plus ceux quâils étaient en 2014, quand Moscou a occupé une partie de territoire de mon pays (Crimée et Donbass).
LâUkraine ne permettra plus jamais à la Russie de dicter ses conditions. Je suis convaincu quâavec notre armée et lâaide de nos partenaires de lâOtan, nous serons fort capables de défendre de manière fiable notre souveraineté et notre intégrité territoriale.












