Discours dans lâHistoire: lâadresse forte de Valdiodio Ndiaye devant De Gaulle. A travers leurs discours mémorables, bien des hommes ont marqué lâHistoire et continuent de résister à lâusure du temps. Pour rappeler à la postérité ces communications venues dâailleurs, Kafunel réserve désormais une page spéciale à leurs auteurs.
Valdiodio Ndiaye devant De Gaulle : Discours dans lâHistoire ou lâadresse forte

Valdiodio Ndiaye est parmi ces orateurs de lâhistoire avec son discours courageux devant le Général de Gaulle en sa qualité de ministre de lâintérieur et de lâinformation, le 26 aout 1960.
« Le peuple dâAfrique, comme celui de France, vit en effet des heures quâil sait décisives et sâinterroge sur le choix quâil est appelé à faire.
Dans un mois, le suffrage populaire, par la signification que vous avez voulu donner à sa réponse outre-mer déterminera lâavenir des rapports franco-africains. Il ne peut donc y avoir aucune hésitation.
La politique du Sénégal clairement définie sâest fixée trois objectifs qui sont dans lâordre où elle veut les atteindre: lâindépendance, lâunité africaine et la Confédération.

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Nous disons indépendance dâabord. Mais en nous fixant ce préalable, nous ne faisons quâinterpréter lâaspiration profonde de tous les peuples dâAfrique noire à la reconnaissance de leur personnalité et de leur existence nationale.
Lâindépendance est un préalable, elle nâest pas une fin en soi, elle nâest pas un idéal en elle-même, mais pour ce quâelle rend possible.
Elle ne véhicule pas une volonté de sécession; elle ne recèle aucune intention dâisolement, ni de repli sur soi. Nous disons indépendance et nous disons ensuite unité africaine.
Oui, lâindépendance que nous voulons nâest pas la sécession, elle nâest pas dâavantage lâindépendance dans le cade de chaque territoire, la rupture de toutes les solidarités fédérales existantes, le repliement à lâintérieur de ses frontières dont nous nâavons jamais cessé de dénoncer le caractère artificiel.
Enfin, au-delà de lâindépendance et de lâunité, le gouvernement du Sénégal, avec le Congrès de Cotonou, propose la négociation avec la France dâune Confédération multinationale de peuples libres et égaux.
Cette position nous apparait la seule réaliste et la seule durable parce quâelle est la seule, la seule qui tienne compte à la fois du sentiment national des masses africaines, de leur aspiration à lâunité et de leur volonté dâentrer dans lâère moderne, au sein dâun ensemble plus vaste encore.

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Câest pourquoi nous regrettons de voir écartée la Confédération avec toutes les perspectives dâassociation quâelles contenait. Ce serait pour lâAfrique un recul dâun demi siècle, alors que tout nous commande dâaller de lâavant.
Car avec quel peuple, lâAfrique indépendante et libre, pourrait-elle sâassocier quâavec le peuple de France quâelle connait et quâelle aime.
Avec lui, elle a non seulement des liens dâinterdépendance économiques et culturels, mais encore tout un passé de souvenirs, qui dans le meilleur et le pire sont des souvenirs communs. Avec lui, elle partage un idéal de liberté et de dignité humaine, une même conception du progrès et de lâavenir humain.
Notre espoir se fonde sur le fait quâen venant ici, pour nous informer et pour vous informer, vous avez créé un climat de discussions et avez par la même tourné le dos à cette nouvelle philosophie de la vieille Europe qui, si lâon en croit Albert Camus, a répudié le dialogue pour épouser le communiqué.
Une Europe qui ne dit plus « je pense ainsi, quelles sont vos objections? », mais « voici ma vérité mais peu importe que vous la discutiez, lâarmée et la Police se chargeront dâétablir que jâai raison ».

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A cet égard aussi, le choix qui nous est proposé nâest donc pleinement pas libre et notre réponse ne sera pas pleinement le sens que vous en attendez.
Ou bien, nous voterons selon nos seules convictions, au risque de retarder la réalisation de lâUnité africaine, ou bien nous définirons avec les autres territoires de la Fédération une position commue, faite de compromis tactiques, et qui laissera dans lâombre sans les supprimer un véritable problème ».













