
Comme chaque année, des centaines de milliers d’étudiants venus du monde entier font leur rentrée dans les universités françaises. Après la décision contestée du gouvernement d’augmenter les frais dâinscription pour les étudiants non-Européens, tour dâhorizon de leurs conditions dâaccueil.
Cette année, près de 350 000 étudiants internationaux extracommunautaires (câest-à -dire hors Union européenne) viendront sâasseoir sur les bancs des universités françaises.
Pour la majorité dâentre eux, ils ne paieront finalement pas plus cher leur inscription que leurs camarades français ou européens. Défendue par le gouvernement français, lâaugmentation des frais dâinscription pour les étudiants extra-européens nâest dans les faits observée que par 10% des universités.
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Pour la seule Ãle-de-France, ils sont plus dâune centaine de milliers dâétudiants étrangers à faire actuellement leur rentrée universitaire. En recherche d’informations, beaucoup se rendent au Welcome Desk, la plateforme dâorientation de la région parisienne, située à la Cité internationale universitaire de Paris (CIUP).
Une orientation administrative nécessaire
Les demandes formulées au Welcome Desk de la CIUP témoignent du grand écart entre la vie rêvée des études à Paris et lâépreuve de la réalité. Ces jeunes sont souvent de très bons étudiants mais la plupart appréhendent lâécheveau des procédures administratives françaises, qui font la réputation de la France bien au-delà de ses frontières.
Alex, un jeune Ivoirien de 18 ans, entre en licence de mathématiques à lâUniversité Paris-Descartes. Il reconnaît être « un peu perdu ». Après avoir cherché sur internet « étudiant étranger », il explique être tombé directement sur le site du Welcome Desk, rassuré dâavoir enfin trouvé un endroit où obtenir des réponses.
Ce bureau unique, situé au rez-de-chaussée de la Maison internationale, existe depuis 17 ans. « Et pour la première fois, il restera ouvert pendant deux mois », souligne la directrice de lâaccompagnement à la mobilité internationale, Marina Burke.
Ici sont regroupés des points dâinformation dâorganismes souvent inconnus des étudiants étrangers : CAF (Caisse d’allocations familiales), CPAM (Caisse primaire d’assurance maladie), Pôle emploi et ceux des autorisations de travail ou des titres de séjour. Sur le « Bar à info », des tablettes sont à disposition pour faciliter les procédures administratives.

La nouveauté cette année concerne la validation du visa dâétudes. Jusquâici, cette démarche donnait lieu à dâinterminables queues devant les locaux de lâOffice français de lâimmigration et de lâintégration (OFII).
Aujourdâhui, elle ne se fait plus en « présentiel » mais en ligne. Malheureusement, cette avancée ne sera pas possible pour Alex qui vient à peine dâavoir 18 ans.
« Je suis encore considéré comme un mineur scolarisé », se désole-t-il. Impossible pour lui de bénéficier de la validation du visa sur place. Il devra se rendre à la sous-préfecture de Saint-Germain-en-Laye. File dâattente assurée.
Principales difficultés, le logement et la vie chère
Lâun des problèmes majeurs pour les jeunes étrangers à leur arrivée en France, câest le logement, notamment en Ãle-de-France. Tous nâont pas la chance dâobtenir une des 6 000 places de résidents à la Cité internationale.
Mariana, une chercheuse italienne de 29 ans, vient dâarriver à Paris pour un Master 2 dans le laboratoire de physique quantique de la Sorbonne. « Jâai misé sur internet et me suis inscrite sur des sites de colocation », explique-t-elle.
Terrifiée par des annonces douteuses, elle a trouvé des oreilles attentives auprès des employés de lâAgence départementale dâinformation sur le logement (Adil) présents sur place qui la renseignent sur ses droits.
Elle découvre ainsi la garantie Visale (lâÃtat se porte garant du loyer dâun étudiant), et sera orientée vers les résidences universitaires parisiennes ou plus probablement des campus extérieurs à la capitale.
Soukaina, une Marocaine de 22 ans, arrive de Rabat. Après une première année de Master dâarchitecture au Maroc, elle profite dâun programme dâéchange avec lâécole de Paris-La Villette. Renseignements pris sur lâassurance maladie et la responsabilité civile, elle vient faire une demande tardive de logement à la maison du Maroc, la plus grande de la Cité internationale.
« Impossible de trouver un studio proche de mon école, je suis donc venue tenter ma chance ici », confie-t-elle. Et en savoir plus sur lâallocation personnalisée au logement (APL), qui lui permettrait de réduire son loyer.
José, étudiant chilien en master 2 de cinéma à Sorbonne nouvelle â Paris 3, cumule deux emplois : « Paris est intéressante par son métissage et comme son architecture en témoigne, câest une ville chargée dâhistoire. Mais elle est particulièrement chère. » Il déplore la hausse des droits dâentrée à lâuniversité parce qu’« on voit clairement lâidée dâimiter un modèle anglo-saxon ». Selon lui, la richesse de lâUniversité française est dâaccueillir, sans distinction, des étudiants qui précisément « ne proviennent pas dâun milieu social homogène ».
Pour lâéconomiste Alain Trannoy, directeur dâétudes à lâEHESS, cette augmentation des droits dâinscription pour les étudiants extracommunautaires relève dâune « question de principes ». Le ministère de lâEnseignement supérieur justifie cette hausse par la nécessité pour des étudiants étrangers de participer à la gratuité des études lorsquâils nây ont pas contribué par lâimpôt.
Or, explique-t-il, sâagissant de lâUniversité, la tradition française était celle de « lâuniversalité et surtout de non-discrimination ». Si lâUniversité est payante, il faut quâelle le soit pour tous ; si elle est gratuite, il faut quâelle le soit pour tous, pas seulement pour les étudiants européens. Câest sans doute une des raisons pour lesquelles les universités se sont abstenues de mettre en place cet aspect de la réforme.
Lâaccueil des étudiants étrangers, enjeu dâinfluence
Pour autant, le nombre dâétudiants internationaux accueillis nâest pas anodin. Câest même un enjeu stratégique que se disputent les grandes puissances du monde. Alain Trannoy résume lâéquation : « Vu le déclin de la démographie française, on aura -10% dâétudiants français dâici une quinzaine dâannée. Il est normal que la France cherche à se placer dans le peloton de tête des pays qui doivent attirer des étudiants de lâétranger. »
Pour l’année universitaire 2018-2019, 343 386 étudiants de nationalité étrangère étaient inscrits dans lâenseignement supérieur français, soit une augmentation de 4,5% par rapport à lâannée précédente. La tendance se poursuit cette année avec une hausse « de l’ordre de 2% », selon le Premier ministre Ãdouard Philippe.
La France est actuellement quatrième au classement des pays accueillant le plus dâétudiants étrangers, derrière les Ãtats-Unis, le Royaume-Uni et lâAustralie, et juste devant lâAllemagne. En affectant spécifiquement une enveloppe de 15 millions dâeuros aux conditions dâaccueil des étudiants internationaux, le gouvernement affiche lâobjectif dâattirer chaque année un total de 500 000 étudiants internationaux en France dâici 2027.












