Le président américain, Donald Trump effectue sa première visite en Inde ce lundi et ce mardi. Il est accueilli en grande pompe par le Premier ministre indien, Narendra Modi. Entre les deux dirigeants nationalistes, la météo est au beau fixe sauf en matière de relations commerciales.
Le spectacle, les deux chefs d’Ãtat aiment ça. Quand Donald Trump se déplace en Inde, Narendra Modi sort le grand jeu.
Des milliers de partisans enthousiastes mobilisés dès la sortie de lâaéroport, un meeting géant dans le plus grand stade de cricket au monde et un parcours touristique cinq étoiles entre lâashram du Mahatma Ghandi et les splendeurs du Taj Mahal.
à leur manière, les deux hommes perpétuent lâétroite alliance qui sâest nouée entre lâInde aux Ãtats-Unis depuis une vingtaine dâannées. Les quatre derniers présidents américains ont tous fait le déplacement sur le territoire indien.
Donald Trump prend la suite de Bill Clinton, Georges W. Bush et Barack Obama, qui nâont jamais fait mystère de leur intention : contrecarrer lâinfluence de la Chine en Asie et dans le Pacifique.
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— Narendra Modi (@narendramodi) February 24, 2020
L’Inde, pivot de la stratégie américaine en Asie
« Si vous cherchez un pays qui peut se frotter à une nation d’un milliard 200 millions d’habitants, que faites-vous ? Vous choisissez un pays qui a une population de la même taille, qui se situe à ses frontières, qui a une véritable armée, qui a toujours vu la Chine comme une rivale, qui a même perdu une guerre contre la Chine, ce qui garantit que les cadres militaires indiens sâen méfieront toujours, et qui voit la Chine comme une menace sur son propre territoire », souligne la chercheuse Aparna Pande, du Hudson Institute à Washington.
La chercheuse ajoute : « Avec l’Inde, les Ãtats-Unis ont pour allié un immense pays, doté d’une armée très imposante, d’un potentiel économique (…) et c’est une démocratie ».
LâInde est le pivot de la stratégie américaine en Asie. Le pays est un partenaire diplomatique et militaire de premier plan pour Washington. Mais pas seulement.
Câest aussi lâun des plus grands marchés du monde, le troisième produit intérieur mondial et un énorme gâteau pour les multinationales américaines en quête de nouveaux marchés.
Sauf quâà ce jour, avec un déficit de 23 milliards de dollars, la balance commerciale est très nettement défavorable aux intérêts américains.
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— Donald J. Trump (@realDonaldTrump) February 24, 2020
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Des relations commerciales tendues entre les deux chefs d’Ãtat
Donald Trump peut-il inverser la tendance ? Il en rêve, mais avec Narendra Modi, il fait face à un roc, « ce qui a donné lieu ces derniers mois à quelques échanges musclés entre les deux pays », rappelle lâéconomiste Jean-Joseph Boillot, conseiller économique à lâIRIS et membre du cercle Cyclope.
« Il y a eu la relation amoureuse du temps des démocrates, Barack Obama dâun côté et Manmohan Singh de lâautre, qui appliquaient une politique de libéralisation très américaine. Et tout dâun coup, on bascule. Aux Ãtats-Unis, Trump arrive avec son discours America First, il faut protéger le marché américain. Et câest la même chose en Inde avec Pahale India, lâInde dâabord. On va avoir un discours réciproquement protectionniste », analyse l’économiste.
Fidèle à sa méthode, en juin 2019, Donald Trump exclut lâInde du Generalized System of Preference (GSP), un dispositif réservé aux pays en développement qui élimine les barrières commerciales. Ce programme avait permis aux entreprises indiennes dâexporter pour près de 6 milliards de dollars de bien sans droits de douane en 2017.
Au moment de sa suspension, la Maison Blanche justifie cette mesure punitive par le fait que « lâInde nâa pas assuré aux Etats-Unis un accès équitable et raisonnable à ses marchés ».
Par la suite, le président américain lance les négociations autour des secteurs sensibles pour lâInde, notamment la pharmacie et la technologie, qui sont les principales exportations indiennes vers les Ãtats-Unis.

En échange, Narendra Modi cède sur le commerce alimentaire et sur deux domaines très sensibles, le nucléaire et la défense.
Même si le gros des discussions semble remis au lendemain de la prochaine élection présidentielle américaine, « on parle quand même de 4 milliards dâachats dâarmement par lâInde aux Ãtats-Unis », note Jean-Joseph Boillot.
Inde, Une visite aux visées politiques
Pour le dernier chapitre de cette visite, Donald Trump sâest bien gardé de l’aborder publiquement : la politique intérieure de Narendra Modi.
Entre les manifestations massives contre le projet de loi sur la citoyenneté, qui agitent le pays depuis des mois, et les critiques de la communauté internationale envers sa gestion de la crise au Cachemire, le Premier ministre indien se montre de plus en plus clivant.
Et si Donald Trump, par ce déplacement, validait sans le dire ces mesures pourtant taclées par lâONU ou le Congrès américain ?
« Va-t-on présenter cette visite comme un triomphe pour Narendra Modi ? Bien sûr ! », répond Aparna Pande. « Mais va-t-elle stopper les critiques envers sa politique ? Non. Parce que la raison d’être de l’Inde aux yeux du monde, c’est d’être une démocratie. Démocratie, pluralisme, tolérance et laïcité. Ce modèle, c’est l’antithèse de la Chine. Si l’Inde commence à s’en écarter, le monde va se détourner de l’Inde ».
En attendant, trop content dâéviter les sujets qui fâchent, Narendra Modi renforce son aura populiste en affichant sa proximité avec Donald Trump, tandis que le président américain va pouvoir diffuser aux Ãtats-Unis les images d’une foule en liesse venue l’accueillir en Inde. Du pain bénit pour sa campagne présidentielle.
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