
Lâarrivée à lâaéroport de Dakar peut sembler déroutante pour les voyageurs étrangers habitués aux normes aseptisées des terminaux occidentaux. Quelques explications sâimposent pour éviter que vous ne soyez trop surpris.
POUR LES NOSTALGIQUES
Pour ceux qui ont déjà atterris à Dakar, souvenons-nous de lâarrivée assez folklorique.
Selon la ministre des Transports aériens, lâaéroport Léopold Sédar Senghor deviendra un aéroport militaire le 8 décembre 2017 à 12 heures, dont les installations et le foncier vont être confiés à lâarmée.
Décret n° 2017-2202 du 4 décembre 2017 portant transformation de lâaéroport Léopold Sédar Senghor en aéroport militaire
Télécharger ici decret-aeroport-lss
Conseils aux voyageurs : lâarrivée à lâaéroport de Dakar.
Devant recevoir un ami français venu me rendre visite avec sa fille Julie, je lui ai expliqué comment se rendre chez moi à Dakar, ne pouvant hélas venir le chercher à lâaéroport. Il a suivi mes conseils et tout sâest très bien passé.
Mon cher ami, je ne pourrais pas venir te chercher à lâaéroport, mais je tâexplique, câest simple.
PROCÃDURES Ã LA SORTIE DE LâAVION
La sortie de lâavion se passe comme dans tous les pays du monde, sauf que lorsque tu descends les marches de la passerelle, il fait déjà très chaud et plein dâodeurs tâassaillent. Le parfum de lâAfrique déjà , quel bonheur !
Tu montes dans un bus déjà bondé. Les portes se ferment et il ne roule que quelques mètres câest un peu bizarre, on aurait pu faire le trajet à pied. Lorsque les portes sâouvrent, tu suis la meute qui se rue dans un couloir pour arriver aux formalités de police. Là tu attends ton tour. Parfois câest rapide, mais câest assez rare.
Il fait chaud avec tout ce monde parce que deux avions sont arrivés en même temps et que les pales des ventilateurs peinent à trancher lâair épais comme du jus de ditakh [1].
Le policier va te demander dâun mouvement de menton de placer ton index droit, puis gauche, sur une machine qui vibre. Câest normal, câest pour vérifier que tu nâes pas un terroriste.
Il te demande ta profession, tu lui donnes, mais fais assez court car il tape ça sur un ordinateur avec un seul doigt : si tu racontes que tu es expert international en changement climatique à lâhorizon 2050 venu faire une conférence réunissant des représentants des pays membres de lâUnion économique et monétaire de lâOuest africain dans le cadre dâune approche inclusive, ça risque de prendre un certain temps. Plombier câest mieux comme métier [2].
Ensuite, tu attends tes bagages après avoir trouvé un chariot. Ils sont tout neuf actuellement. Si tes bagages sortent (câest en général le cas, ça dépend des compagnies aériennes), tu poses tes bagages sur le chariot, tu roules 5 mètres puis tu les enlèves pour les poser sur le tapis roulant de la douane, puis tu les remets sur le chariot.
Personne ne sait trop à quoi ça sert parce que le douanier semble ne rien regarder, mais câest le règlement. Ãa rassure aussi, tu te dis que tu es dans un pays où la sécurité est maximale.
A ce moment là , tu es ruisselant de sueur. Tu regrettes dâavoir gardé ton pullover sur toi.

Tu sors tranquille et tu prends à droite vers une marée humaine qui attend derrière des barrières. Tu appréhendes un peu mais ne tâinquiètes pas, tu es protégé. Une légère brise te rafraîchit.
PROCÃDURES POUR LE TAXI
Au bout, câest la station de taxi, tu es presque sauvé. Le chef de garage va te dire que câest 10 000. Reste ferme, le prix câest entre 3 000 et 5 000 francs pour te rendre dans les Sicap.
Pendant la négociation, tu refuses poliment les services des mecs qui veulent tâaider, te changer des euros ou te vendre une carte de téléphone. Tu déclines aussi lâinvitation dâun jeune rastaman qui est tombé amoureux de Julie et qui veut lâamener dans sa famille à Pikine Icotaf pour lui apprendre à jouer du djembé.
Une fois lâaccord passé avec le chef de garage, tu attends un quart dâheure parce que ton taxi est garé très loin, derrière tous les autres. Quand il arrive, tu tâaperçois quâil nâest pas vraiment en bon état [3]. Derrière, il y a écrit « Merci maman », ça te rassure cet amour filial [4].
Après avoir mis les bagages dans le coffre à côté dâune roue de secours crevée, dâun morceau de pot dâéchappement et du reliquat dâun carburateur hors dâusage [5], tu tâassoies sur le siège arrière en faisant attention aux ressorts qui sâéchappent.
Tu demandes au chauffeur de fermer la portière parce quâil y a que lui qui peut le faire, ça tient avec avec un système extrêmement compliqué que lui seul connaît. Tu observes avec perplexité que le portrait de Shakira côtoie celui de Cheikh Amadou Bamba sur le pare-brise, ce qui gêne un peu la vision. Tu essaies dâouvrir la vitre pour avoir un peu dâair, mais câest dommage, il nây a plus de manette.
Ãa démarre avec une légère vibration dans le train avant. Câest normal. Comme il fait nuit, tu vois pas grand chose parce que les phares nâéclairent rien, mais tu sens bien que le chauffeur connaît son métier. Il fonce, parfois sur la voie de gauche pour éviter les trous qui sont à droite.
Il freine au dernier moment pour éviter de perdre son élan, il a raison parce que le moteur est un peu poussif. Il klaxonne tout le temps pour éviter dâécraser les piétons qui traversent la voie rapide en enjambant la balustrade. Les vitesses craquent un peu, mais ça passe.
La radio est mise à fond pour mieux entendre des chants que tu nâas jamais entendus ailleurs. Le chapelet suspendu au rétroviseur se balance doucement. La vibration du train avant sâamplifie. Tu fermes les yeux en serrant fort la main de Julie et tout ton passé te revient en un clin dâÅil…
Câest à ce moment là que tu regrettes un peu que je sois pas venue te chercher.
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[1] Merci Bernard Lavilliers.
[2] Ou retraité(e) selon votre âge.
[3] Il peut arriver que le taxi soit en bon état.
[4] Parfois, il y a écrit « Bonne chance », ça rassure aussi.
[5] Là jâexagère, souvent il nây a que la roue crevée.












