Anne Goffard est Médecin et Professeure des Universités â Praticienne Hospitalière, Université de Lille. Elle nous fait une révélation exclusive sur ce que nous avons appris du Covid-19, ce quâil reste encore à découvrir.
Lâémergence du SARS-CoV-2 et sa propagation sur la planète constituent pour les virologues une occasion sans précédent dâassister « en direct » à lâévolution dâun nouveau coronavirus.
Dotés dâoutils plus performants que jamais pour en analyser les causes et les conséquences, quâont-ils appris depuis un an? Anne Goffard, spécialiste des coronavirus, résume lâétat actuel des connaissances.
Un centre de vaccination à Marc-en-Baroeil (image d’illustration). (Reuters)
The Conversation : Le SARS-CoV-2 a conquis la planète début 2020, engendrant la pandémie de Covid-19. Comment ont progressé les connaissances sur ce virus?
Anne Goffard : Avant que lâépidémie ne démarre,….
Avant que lâépidémie ne démarre, il nâexistait pas de test sérologique pour les coronavirus. On ne disposait dâaucun vaccin, dâaucun traitement, et on savait peu de choses sur la façon de prendre en charge les patients.
![[Interview] - Anne Goffard, Médecin, Professeure des Universités en exclusivité sur ce qui "reste encore à découvrir du Covid-19" 1 Anne Goffard â Kafunel - www.kafunel.com - Capture 200+](https://i0.wp.com/www.kafunel.com/wp-content/uploads/2021/03/Anne-Goffard-%E2%80%93-Kafunel-www.kafunel.com-Capture-200-1.jpg?resize=300%2C285&ssl=1)
En un an, des outils de diagnostic RT-PCR spécifiques du SARS-CoV-2 ont été développés, des tests sérologiques ont été mis au point, et on dispose aujourdâhui de plusieurs vaccins.
Ces avancées, qui devraient permettre de maîtriser la pandémie, ont été obtenues rapidement, même si cette durée dâun an peut sembler longue.
Certes, il nâexiste pas encore de traitement spécifique pour le SARS-CoV-2, mais on a énormément appris, et vite, sur les aspects cliniques. La prise en charge des patients a énormément évoluée par rapport à ce quâelle était il y a un an, quand on connaissait moins bien la maladie.
On sait désormais quand utiliser les corticoïdes comme la dexaméthasone, comment traiter les formes graves en recourant à des prises en charge moins agressives que dans les premiers temps, etc. Les décès ont diminué en conséquence.
TC : En revanche, on a moins progressé sur la connaissance du virus lui-même et sa façon dâinteragir avec le système immunitaireâ¦
Anne Goffard (AG) : Effectivement.
Les réponses arriveront progressivement, dans un an, deux ans⦠Ce sont des recherches qui demandent énormément de temps, car il sâagit de virologie fondamentale.
Il faut dâabord être capable de reproduire en laboratoire la multiplication du SARS-CoV-2, sur des cellules en culture. Les outils existaient, mais il a fallu les adapter à ce nouveau coronavirus, ce qui a pris du temps.
Une fois ces méthodes mises au point, les différents spécialistes peuvent commencer à mener leurs recherches : les immunologistes vont chercher à identifier les voies de lâimmunité que le virus active ou inactive, les virologistes fondamentaux font faire produire des protéines virales modifiées afin dâétudier comment elles interagissent avec différents composés cellulaires tels que le récepteur ACE2, la « serrure » utilisée par le SARS-CoV-2 pour ouvrir un passage lui permettant dâentrer dans les cellulesâ¦
Une fois les premières données obtenues, il faut les valider, les confronter aux données des autres groupes de rechercheâ¦
Certains travaux ont déjà généré des résultats. La glycoprotéine Spike a par exemple été caractérisée très rapidement (cette protéine présente en de nombreux exemplaires à la surface du virus interagit avec le récepteur cellulaire ACE2 et permet au SARS-CoV-2 dâentrer dans les cellules).
Pourquoi?
![[Interview] - Anne Goffard, Médecin, Professeure des Universités en exclusivité sur ce qui "reste encore à découvrir du Covid-19" 2 Anne Goffard - Coronavirus SARS-CoV-2 _ ce que les virologues doivent encore découvr_ - www.kafunel.com - Capture 194](https://i0.wp.com/www.kafunel.com/wp-content/uploads/2021/03/Anne-Goffard-Coronavirus-SARS-CoV-2-_-ce-que-les-virologues-doivent-encore-decouvr_-www.kafunel.com-Capture-194.jpg?resize=696%2C392&ssl=1)
Parce que lâon savait, dâaprès notre expérience avec les autres virus, que câest la protéine qui produit les plus fortes réactions du système immunitaire.
Elle est donc importante pour la mise au point de vaccins. Pour pouvoir lancer les recherches sur ce sujet, il était indispensable de connaître un certain nombre des caractéristiques de cette protéine.
TC : Quelles sont les prochaines étapes?
Anne Goffard (AG) :
Les résultats qui vont être les plus intéressants sont les résultats sur la caractérisation des enzymes virales, qui vont être la polymérase et les protéases du virus. La première lui permet de recopier son matériel génétique, une étape indispensable à sa multiplication dans les cellules infectées.
Les secondes sont des sortes de « ciseaux » qui lui servent à retailler les protéines quâil fait produire à ces cellules, comme celles qui constituent sa capside virale (la coque qui protège le matériel génétique du virus). Cette étape est indispensable pour les rendre utilisables.
Polymérase et protéase sont des cibles très importantes pour les médicaments antiviraux.
Les traitements anti-VIH contiennent des anti-protéases et des anti-transcriptase inverse (le nom de la polymérase du VIH).
Pour mettre au point des antiviraux efficaces, il est important de bien connaître ces enzymes.
![[Interview] - Anne Goffard, Médecin, Professeure des Universités en exclusivité sur ce qui "reste encore à découvrir du Covid-19" 3 Anne Goffard â Kafunel - www.kafunel.com - Capture 200](https://i0.wp.com/www.kafunel.com/wp-content/uploads/2021/03/Anne-Goffard-%E2%80%93-Kafunel-www.kafunel.com-Capture-200.jpg?resize=696%2C398&ssl=1)
Il faut dâabord être capable dâen comprendre la structure en trois dimensions, pour que les chimistes qui font du design de médicament puissent créer des molécules qui vont venir se « coller » sur les parties importantes de ces enzymes, les empêchant de fonctionner.
Ce nâest pas simple, car il faut, pour pouvoir les étudier, produire de grandes quantités de ces enzymes, avec un degré de pureté très élevé (afin de ne pas perturber les analyses très précises qui seront menées ensuite).
Un autre résultat attendu sont ceux des recherches sur les « vaccins universels ». Lâidée serait de réussir à mettre au point des vaccins déclenchant la production dâanticorps neutralisants à large spectre (broadly neutralizing antibodies, ou bNAb).
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Ces anticorps cibleraient des motifs protéiques conservés à la surface de virus apparentés, ce qui les rendraient efficaces contre les différents variants en circulation. Des travaux sont menés depuis plusieurs années sur le VIH notamment.
Enfin, les gens qui étudient lâépidémiologie virale sâattendent à voir des variants plus adaptés à lâêtre humain émerger.
En effet, on sait que quand un virus infecte un nouvel hôte, il met un certain temps à sây adapter, mais finit généralement par le faire.
Il perd alors en virulence. On connaît bien ces mécanismes pour le virus de la grippe : au bout dâun an ou deux, les virus responsables de pandémies de grippe sâatténuent et deviennent des virus de grippes épidémiques, revenant tous les hivers.
Pour lâinstant, aucune atténuation de ce type nâa encore été observée pour le coronavirus.
Ce nâest pas forcément surprenant, car contrairement au virus de la grippe, les coronavirus possèdent un mécanisme de correction des erreurs qui peuvent survenir lorsquâils recopient leur matériel génétique.
Ils évoluent donc moins vite : lâémergence de variants a notamment été plus longue que dans le cas de la grippe. Dans leur cas, câest la première fois que lâon assiste à ce processus, on ne sait donc pas combien de temps il prend.
TC : Les origines du virus restent également à élucider?
Anne Goffard (AG ): Oui.
Si lâon est certain que le virus trouve son origine chez la chauve-souris, on ne sait toujours pas quel a été lâhôte intermédiaire (ou les hôtes intermédiaires) qui lui ont permis de passer de cet animal à lâêtre humain.
On a pensé à un moment quâil sâagissait du pangolin, mais cela sâest finalement avéré peu probable.
Lâidentification des hôtes intermédiaires est importante, car elle permet de comprendre les mécanismes qui ont menés à lâémergence du virus chez lâêtre humain, et donc à proposer des mesures pour éviter de nouvelles émergences.
Il sâagit dâinvestigations très longues, qui nécessitent de mobiliser des naturalistes capables dâidentifier les espèces asiatiques qui pourraient avoir été impliquées, de collecter des échantillons dans la faune sauvage, de les analyser, etc. Cela aussi demande beaucoup de temps.
Anne Goffard, Médecin, Professeure des Universités â Praticienne Hospitalière, Université de Lille
Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire lâarticle original.













