Bineta Ba, une figure inspirante du maraîchage au féminin. Bineta Bâ, 60 ans, est lâincarnation du maraîchage au féminin, sous son visage des plus inspirants à Mbaye-Mbaye Peul 2, un village de la commune de Darou Khoudoss, situé à 3 km de Mboro, dans le département de Tivaouane (région, ouest).
Bineta Ba, une figure inspirante du maraîchage au féminin

Cette figure de lâhorticulture est née et a grandi à Mboro où, déjà toute petite, elle accompagnait son père aux champs. ââJe me rappelle, je passais la journée là -bas avec un pot de lait et un morceau de painââ, raconte-t-elle.
ââJâavais 7 ans. A lâépoque le pot de Gloria coûtait 10 F. Je ne connais que le maraîchageââ, confie-t-elle. Après sâêtre essayée, un moment, à la vente de ferraille, quâelle a dû abandonner, pour avoir perdu beaucoup dâargent, elle a acheté un champ avec ses économies.
»Ce champs où nous sommes, dit-elle, je lâai acheté en 2012 (â¦). Tous les jours, je parcours 3 km pour venir travailler à Mbaye-Mbaye 2ââ.
ââJe suis là à 8 heures et je quitte (le champ) à 18 heures pour faire le même trajet au retourââ, narre la dame qui, débordée par le labeur, a engagé des ouvriers agricoles qui, après une journée remplie, passent la nuit dans un bâtiment quâelle leur a construit sur son lopin de terre.
Elle garde parfois lâoignon pendant huit longs mois

Bineta Bâ cultive de la pomme de terre et de lâoignon, quâelle alterne avec de la tomate et du poivron. Elle garde parfois lâoignon pendant huit longs mois.
Depuis que des techniciens sont venus la former sur place, câest elle qui produit son propre compost, pour amender le sol, à une époque où les maraîchers de la zone étaient unanimes au sujet de lâimpossibilité dâavoir une culture à cent pour cent bio.
Après la production, lâurgence pour Bineta est de trouver des clients. Pour ce faire, ce ne sont pas les initiatives qui lui manquent.
ââQuand je récolte les légumes, je cherche dâabord des sacs à main, à raison de 250 francs lâunité. Ensuite, les coxeurs (rabatteurs) entrent en jeuââ, explique-t-elle.

â > A lire aussi
Ces derniers réclament 500 francs sur chaque sac, pour écouler les récoltes. ââVous voyez que nous partageons presque tous nos gains avec euxââ, commente la productrice.
ââNous avons beaucoup de potentiel mais malheureusement nous manquons terriblement de soutienââ, soupire-t-elle, non sans ajouter : ââCâest la mort dans lââme que nous constatons parfois le pourrissement de nos récoltes, faute de clients ou de moyens de transport.ââ
Elle fonde beaucoup dâespoir sur les grandes surfaces, qui commencent à sâimplanter dans le département de Tivaouane.
Dans le maraîchage à Richard-Toll, au Nord du pays

En termes de système de travail, la sexagénaire aime citer lâexemple dâun ressortissant indien, qui sâactive dans le maraîchage à Richard-Toll, au Nord du pays. ââIl te donne les semences et tâachète toute la récolte. Tout le monde y gagneââ.
»Madame Bineta Bâ, vous participez à la quête de lâautosuffisance alimentaire, si chère au chef de lâEtat Macky Sall ». Ce bout de phrase du speech prononcé par le ministre de lâAgriculture en 2016, lorsquâelle recevait le 3-ème prix de la meilleure promotrice de lâhorticulture, résonne encore dans ses oreilles, comme pour la galvaniser. Câétait dans le cadre du Programme dâaménagement et de développement économique des Niayes (PADEN).
Des mots quâelle nâest pas prête dâoublier, même si depuis lors, elle dit nâavoir plus aucune nouvelle des autorités en charge de lâagriculture.
Bineta qui emploie au moins une vingtaine de femmes durant lâannée, a écrit à son ministère de tutelle pour bénéficier de matériel agricole. Malgré son mince espoir dâobtenir gain de cause, elle demeure convaincue quâelle mérite un appui de lâÃtat.

â > A lire aussi
Juste derrière la clôture de son champ dâun hectare et demi, deux autres hectares sont en friche. ââJe ne peux pas les exploiter faute de moyensââ, regrette Bineta Bâ, qui dit parfois avoir ââdu mal à comprendre la politique agricole de lâÃtat du Sénégalââ.
»Comment peut-on exiger une caution dâun million 80 mille francs à une pauvre dame qui peine à disposer de semences ?ââ, sâinterroge-t-elle.
Malgré son âge, son ambition reste intacte. Elle est persuadée quâavec un soutien, elle peut aller loin dans le maraîchage.
»Jâai réussi à construire ma maison, à la sueur de mon front », se réjouit-elle, très consciente des nombreuses opportunités quâoffre le maraîchage.
ââSi tu perds ici, tu peux te rattraper avec le citron, par exemple. Aujourdâhui, tu peux perdre 500 francs, et gagner 1.500 francs demainââ, relève-t-elle. ââCe qui veut dire quâavec un appui, on peut facilement atteindre lâautosuffisance alimentaireââ.
Produit de la vente de lâoignon, du citron et de la tomate

» Pour faire la cuisine, je nâachète pas de légumes, je cueille des choux, des poivrons, des tomates et déterre des ignames dans mon champââ, informe-t-elle. Câest aussi avec le produit de ses ventes quâelle supporte les frais de scolarité de ses petits-enfants.
Elle a trois employés permanents payés 35.000F par mois. Avec les deux autres, elle partage le produit de la vente de lâoignon, du citron et de la tomate. En général, ils prennent leurs congés lors du Gamou (célébration de la naissance du Prophète (PSL).
â > A lire aussi
Très consciente du manque dâemploi qui frappe la jeunesse sénégalaise, Bineta Bâ a foi en la capacité de lâagriculture à caser les jeunes chômeurs. La zone des Niayes, estime-t-elle, a assez de terres pour employer des milliers de jeunes.
Pour elle, il suffit juste de leur offrir en exemple les maraîchers millionnaires, pour quâils sachent quâil nây a pas de sot métier.













