Pourquoi COP27 est-elle si importante pour l’Afrique ?

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« À la veille de la COP27, il est essentiel que nous saisissions cette occasion pour rééquilibrer l’agenda climatique actuel et veiller à ce qu’il protège les intérêts de tous les habitants de la planète, au lieu de se concentrer uniquement sur les préoccupations des pays déjà développés », c’est en clair le message qu’a voulu adresser le milliardaire expert des télécommunications et président de la fondation éponyme, Mo Ibrahim, aux participants de la prochaine conférence de l’ONU sur le climat qui s’ouvre ce dimanche 6 novembre à Charm el-Cheikh, en Égypte.

COP27 : pourquoi est-elle si importante pour l’Afrique

COP26 retour sur la première journée de ce sommet climatique
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En effet, présenté comme une « COP africaine » par ses organisateurs, le prochain rendez-vous sur le changement climatique pourrait une nouvelle fois s’avérer décevant pour un continent durement frappé par ses conséquences, alertent des militants et des scientifiques.

Le premier point d’achoppement dans les négociations concerne le sujet de l’adoption d’un mécanisme de prise en compte des « pertes et dommages », provoqués par le changement climatique, auxquels les États africains sont durement exposés.

Ils espèrent une contribution financière spécifique des pays développés, à l’origine d’une majorité des émissions de gaz à effet de serre.

En termes de chiffres, les « pertes et dommages » ont été évalués, par des scientifiques, entre 292,4 milliards d’euros et 584,8 milliards d’euros par an jusqu’en 2030, et jusqu’à 1 ?700 milliards de dollars en 2050, pour les seules conséquences ­économiques dans les pays en ­développement.

« Les discours ne se traduisent toujours pas par des actions, avertit Mo Ibrahim dans une note transmise aux médias à 48 heures de l’ouverture. Qu’il s’agisse du financement de l’adaptation ou du règlement des dommages et intérêts, les nations développées ne tiennent toujours pas leurs promesses, tandis que les citoyens africains, ainsi que des millions d’autres dans les pays en voie de développement, continuent d’en payer le prix », soutient celui dont la fondation a publié un rapport extrêmement documenté dont l’objectif est de positionner l’Afrique dans le débat global sur le climat.

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L’enjeu crucial des compensations

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D’après les scientifiques, l’Afrique n’est pas historiquement responsable du changement climatique. Officiellement, elle émet moins de 4 % des émissions mondiales.

Mais les pays riches ont rejeté l’an dernier l’établissement d’un mécanisme de financement pour faire face aux pertes et dommages, pourtant reconnus par l’accord de Paris de 2015. Ils ont plutôt validé l’idée d’un simple calendrier de « dialogue » sur des compensations financières.

Les militants, et surtout le groupe de négociation « ?G77 et Chine? », représentant 134 pays du Sud, vont désormais pousser afin que le sujet puisse revenir sur la table à Charm el-Cheikh au moment où la planète est confrontée à une série d’inondations, canicules et sécheresses.

Ces catastrophes sont particulièrement sévères pour l’Afrique. Selon Carbon Brief, les événements météorologiques extrêmes ont tué au moins 4 000 personnes et en ont déplacé 19 millions à travers le continent, rien que depuis le début de l’année.

La sécheresse actuelle dans la Corne de l’Afrique affecte les conditions de vie de plus de 9 millions de personnes, et par ailleurs 1,4 million d’habitants du Nigeria ont été déplacés ces dernières semaines en raison des inondations, les plus graves jamais enregistrées dans ce pays.

Les experts de l’ONU sur le climat avaient en février spécifiquement alerté sur les risques auxquels sont exposés de nombreux pays d’Afrique, de la baisse des rendements agricoles à la mortalité liée aux chaleurs extrêmes en passant par la montée des eaux.

« Les engagements en matière de climat ne peuvent être pris au détriment des politiques de développement, l’accès à l’énergie ne peut pas devenir accessoire, et les principaux responsables du changement climatique doivent faire preuve à la fois de responsabilité et de volonté d’agir pour la planète, en tenant au moins leurs promesses passées », veut croire Mo Ibrahim.

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Une nouvelle stratégie de financement de la transition énergétique avait vu le jour à Glasgow, des pays riches s’engageant à fournir 8,5 milliards de dollars à l’Afrique du Sud, sous forme de dons et de prêts, pour réduire sa dépendance au charbon.

Mais les besoins sont énormes : la Banque mondiale estimait cette semaine que le pays aurait besoin d’au moins 500 milliards de dollars pour atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050.

Des promesses qui ne sont toujours pas tenues

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Les progrès lors des récentes COP ont toutefois été contrariés par la promesse non tenue des pays riches de porter à 100 milliards de dollars par an l’aide aux pays en développement pour la lutte contre le changement climatique.

« Cette COP africaine est une occasion unique d’élaborer un programme climatique inclusif. Un programme qui non seulement tient compte des défis de développement de l’Afrique, mais qui garantit aussi que le continent n’est pas seulement un problème à régler : il fait partie intégrante de la solution. Faute de quoi, nos efforts collectifs seront vains pour assurer un avenir durable à l’échelle mondiale », insiste-t-il, alors que paraît toujours, ce vendredi 4 novembre, un nouveau rapport alarmant du Global Center on Adaptation.

Le document qui paraît révèle, en effet, que l’Afrique fait face à une crise du financement en matière d’adaptation au climat.

En 2019 et 2020, une somme estimée à 11,4 milliards de dollars aurait été allouée au financement de l’adaptation climatique en Afrique, dont plus de 97 % proviennent d’acteurs publics et moins de 3 % d’acteurs du secteur privé.

Cette somme est largement inférieure aux 52,7 milliards de dollars par an d’ici à 2030 estimés nécessaires pour les pays africains. Le rapport formule également un certain nombre de recommandations.

« Le financement de l’adaptation progresse trop lentement pour permettre de combler le déficit d’investissement en Afrique, alors même que les frais de notre inaction ne cessent d’augmenter. Dans la perspective de la COP27, nous devons susciter un élan décisif en faveur du financement de l’adaptation au changement climatique. Le programme d’accélération de l’adaptation en Afrique, soutenu par l’Union africaine, est le meilleur moyen à notre disposition pour faire en sorte que le déficit d’investissement dans l’adaptation en Afrique se résorbe grâce à l’action de toutes les sources disponibles, y compris le secteur privé », a résumé Patrick Verkooijen, PDG du Global Center on Adaptation (GCA), lors de la présentation dudit rapport.

« Tous les pays doivent honorer le plus vite possible leurs engagements relatifs au financement de l’action climatique », plaident dans une tribune commune vendredi les présidents français Emmanuel Macron, sénégalais Macky Sall (président en exercice de l’Union africaine) et le Premier ministre néerlandais Mark Rutte.

Mais si les signataires font de l’adaptation au changement climatique une « priorité absolue » de la COP27, ils n’évoquent pas les pertes et dommages. Interrogé par l’AFP, Chukwumerije Okereke, de l’université britannique de Reading, prévient toutefois qu’un éventuel mécanisme de financement des pertes et dommages pourrait mettre « quatre ou cinq ans » avant de se matérialiser, même en cas d’accord.

« Donc les pays pauvres devraient se rendre compte que même si l’obtention d’un nouveau mécanisme (de financement) représenterait une victoire, cela ne se traduira pas nécessairement par un afflux de dollars », met-il en garde.

En clair : le combat sera âpre mais l’Afrique n’a semble-t-il pas dit son dernier mot.

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