De Dakar à Moscou, aléas et enseignements dâun voyage. La rapidité avec laquelle les Russes marchent ne peut manquer dâinterpeller le visiteur à Moscou. Une façon de marcher qui pourrait être le reflet de lâambition dâun pays pressé et déterminé à se faire une place dans le concert des grandes nations, puissances politiques et économiques contemporaines.
De Dakar à Moscou, aléas et enseignements dâun voyage

La bipolarisation actuelle des relations internationales rappelle à bien des égards celle du siècle dernier, entre le bloc de lâEst et celui de lâOuest, ce qui suffirait à justifier toute la difficulté et les appréhensions de lâétranger qui foule pour la première fois le sol du pays des Tsars.
Avec ses 17 millions de kilomètres carrés et ses onze fuseaux horaires, la Russie fait le lien entre lâEurope, à lâOuest, et lâAsie, à lâEst. Une position géographique qui interpelle, chaque fois que lâon cherche à rattacher le pays à un des continents et à lui trouver une juste place sur le plan civilisationnel et identitaire.
Sur place, cette dualité se sent aussi à travers une expression qui revient assez souvent avec les interlocuteurs : the West, pour désigner les pays occidentaux.
Le vocabulaire aussi change. Si de lâextérieur lâon parle de guerre russo-ukrainienne, ici, le terme adéquat est opération militaire. La situation actuelle qui prévaut dans la région ne facilite en rien les choses.
Ce qui transparaît clairement dans le billet dâavion envoyé par les organisateurs. Le voyageur est obligé de prendre lâitinéraire Dakar -Dubai -Istanbul-Moscou, en raison des restrictions de lâUnion européenne.
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Les appréhensions démarrent à lâaéroport international de Diass avec des éclats de rire quand lâoccasion est venue dâévoquer sa destination finale, la Russie. Après un moment de dramatisation, un des agents douaniers préposés à la supervision des sorties de devises ne manquera pas de demander au voyageur sâil avait pris ses gardes avec des vêtements plus lourds que ceux quâil portait.
Avec une longueur dâavance sur le plan linguistique en prononçant la phrase pour dire merci en russe (spasiba), cet interlocuteur circonstanciel évoque le souvenir dâun de ses professeurs formé en ex-Union soviétique, qui lui disait quâen certaines périodes de lâannée, les étudiants africains étaient priés de rester chez eux en raison du climat peu clément pour les Subsahariens.
à la rencontre dâun individualisme formateur

Une autre participante venue dâun pays de lâAfrique centrale, en transit à lâaéroport du Caire, en Ãgypte, a également vécu les mêmes a priori. Sous une autre forme. Cette dernière, retenue en Ãgypte pendant plus de 24 heures, avait la malchance de ne pas porter par-devers elle la lettre officielle justifiant son déplacement en Russie en ces temps de crise.
Dans une vaste salle de plus de 500 places située au premier étage du grand bâtiment de Russia Today, le groupe de médias qui abrite lâagence de presse Sputnik, les files indiennes se forment le long des tables bien servies en nourriture de toutes sortes. Après une demi-journée de travail, câest le temps de la pause déjeuner pour mettre quelque chose sous la dent.
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Lâinstallation des boxes occupés par des caissières et les terminaux à banque pour les paiements électroniques au milieu de la foule donnent une première idée que rien nâest gratuit sur les lieux. Le Subsaharien éduqué dans les pures traditions africaines, suivant lesquelles le partage est souvent érigé en règle non écrite, pourrait trouver gênant la question de son hôte du jour qui lui demande sâil nâa oublié dâapporter sa carte pour le paiement de son addition.
Cette culture individualiste, difficile à comprendre au début, se transformera au fil des jours en une valeur très inspirante pour le visiteur. Surtout si lâon relie cette idée à la question du gaspillage alimentaire. Chacun a su prendre le nécessaire, ce dont il a vraiment besoin pour se rassasier. Lâenseignement et la découverte continuent au moment de débarrasser. Ce qui se fait là aussi individuellement.
Les particularités dâune civilisation constante

Les vestiges du passé glorieux restent encore très visibles sur la devanture dâinfrastructures telles que le Kremlin (forteresse, en russe), datant pour la plupart du 15áµ siècle. Le plus célèbre demeure le bâtiment abritant le palais présidentiel, majestueusement reconnaissable de par son architecture et sa splendeur.
Si au plan politique, la Russie se démarque de ses voisins, cherchant par moments à sâinsérer dans la mondialisation économique à travers des initiatives comme le BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), le pays semble également bâtir son hégémonie sur une constante, laquelle se manifeste au premier abord à travers une singularité linguistique avec un alphabet particulier.
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à lâinstar du savant sénégalais Cheikh Anta Diop, qui a su montrer dans ses travaux anthropologiques et linguistiques la capacité de chaque langue à consigner une science, la vie institutionnelle, médiatique, politique et économique se fait intégralement dans la langue du pays.
Le francophone perd facilement ses repères. Lâanglophone, plus chanceux, peut se contenter de quelques traductions dans les aéroports ou supermarchés. De même que le sinophone du reste.

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Cette singularité linguistique, si elle peut être analysée sous lâangle dâune autonomie politico-civilisationnelle, peut devenir un handicap pour le visiteur réduit à guetter lâarrivée dâun client comprenant au moins lâanglais pour se faire comprendre du vendeur.
Câest le cas également dâun confrère du Botswana, voulant une version anglaise dâun formulaire assez complexe à remplir en langue russe dans une banque.
La réponse de son interlocuteur a été : »Welcome to Russia, colleague ». Une manière très polie de lâinviter à garder son mal en patience.













