De la parole à la communication. Lâanthropologie de la communication se démarque également des approches plus étroitement linguistiques sur un autre point. Si, entre 1962 et 1964, Hymes passe de lâethnographie de la parole à lâethnographie de la communication, câest pour souligner le fait que celle-ci ne se limite pas à lâéchange de messages verbaux.
De la parole à la communication

La communication non verbale joue un rôle important dans la vie sociale, même sâil est indéniable que le langage articulé représente un mode privilégié de communication au sein de lâespèce humaine.
La communication verbale inclut lâéchange de messages linguistiques aussi bien écrits quâoraux : lâethnographie des pratiques dâécriture est donc partie intégrante de cette approche anthropologique de la communication.
Mais il faut noter quâun message verbal peut tout aussi bien passer par le canal tactile, comme lâécriture braille, que par les canaux visuel et gestuel, comme les langues des signes pour les sourds et les malentendants ou le langage gestuel des Indiens des Plaines, qui servait de langue véhiculaire entre plusieurs groupes linguistiques.
Les éléments vocaux qui accompagnent le message linguistique

La communication repose en outre sur des signaux non verbaux. Cela concerne tout dâabord les aspects paralinguistiques du discours.
On désigne par-là les éléments vocaux qui accompagnent le message linguistique sans toutefois sây réduire, par exemple la prosodie (câest-à -dire les inflexions propres à lâexpression orale).
Or, lâintonation peut revêtir une signification sociale : un changement de ton indique de quelle manière le discours doit être compris, en signifiant par exemple aux participants que lâénoncé est formulé sur le mode de la plaisanterie.
De même, un accent constitue un puissant marqueur de lâorigine ou du statut social. Enfin, certains types de discours se distinguent par une prosodie particulière, par exemple des lamentations funéraires exprimées en parlé-chanté.
Une série de formules verbales conventionnelles et un ensemble de signaux non verbaux

Il faut également prendre en compte les aspects extralinguistiques de la communication.
Un acte aussi ordinaire que des salutations combine habituellement une série de formules verbales conventionnelles et un ensemble de signaux non verbaux : gestes (signe de la main, poignée de main, accolade ou embrassade), regards (contact visuel ou, au contraire, évitement), expressions faciales (sourire ou, au contraire, visage fermé) et attitudes corporelles (se lever ou incliner le buste).
Dans les années 1950, Ray Birdwhistell a proposé dâappeler kinésique lâétude de cette communication gestuelle et corporelle et des codes socioculturels qui la régissent.
Dans ce cadre, mentionnons lâimportance des travaux des chercheurs de lâécole de Palo Alto (Californie) réunis autour de Gregory Bateson pour comprendre les fondements non verbaux de la communication.

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La distance et lâespace constituent eux aussi des aspects significatifs de la communication, comme la proxémique dâEdward T. Hall lâa bien montré.
Alessandro Duranti a par exemple souligné le rôle déterminant que joue le placement dans lâespace lors des salutations cérémonielles entre notables masculins à Samoa, une société très hiérarchisée avec tout un système de titres de noblesse.
Le statut social dâune personne et la place où elle sâassoit

Les salutations verbales sont précédées par lâentrée du nouvel arrivant qui va sâasseoir à lâintérieur de la maison.
Les personnes assises à lâavant, partie de la maison associée à la lumière, sont celles qui méritent le plus de respect du fait de leur statut, mais aussi qui doivent se conformer le plus strictement aux règles de lâétiquette.
Les personnes de rang inférieur sâassoient quant à elles à lâarrière de la maison, partie associée à la « brousse » et à lâobscurité.

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Sâil y a habituellement congruence entre le statut social dâune personne et la place où elle sâassoit, le système hiérarchique comporte suffisamment dâambiguïté pour quâun individu dispose dâune certaine marge de manÅuvre pour négocier sa place et donc son rang.
Pour ne pas avoir à remplir certaines obligations sociales (par exemple en cas de collecte dâargent lors dâune cérémonie), un notable pourra adopter une stratégie dâabaissement de soi en déclinant la place prestigieuse qui lui est offerte à lâavant de la maison, au risque toutefois de perdre publiquement la face si sa manÅuvre échoue.













