Samuel Etoâo a annoncé dans la nuit du 6 au 7 septembre 2019 quâil mettait un terme à sa très riche vie de footballeur. Une fin de carrière peu en phase avec lâincroyable parcours et la forte personnalité du Camerounais de 38 ans.
Samuel Etoâo est-il le plus grand footballeur africain de tous les temps ? Le Camerounais est, à coup sûr, lâun des plus grands attaquants nés sur le continent. Aucun autre joueur dâAfrique nâa autant marqué le ballon rond moderne de son empreinte, si lâon excepte lâIvoirien Didier Drogba et le Libérien George Weah.
Contrairement à Weah, Samuel Etoâo nâa toutefois jamais reçu la distinction individuelle suprême pour un footballeur : le Ballon dâOr. Le natif de Nkon (près de Yaoundé) nâa même jamais figuré sur le podium lors de lâélection organisée chaque année par le magazine France Football. Une situation que la superstar africaine a parfois mal vécue. Notamment en 2006, lorsquâil avait fini meilleur buteur du Championnat dâEspagne (Liga) avec 26 bus inscrits sous les couleurs du FC Barcelone (FCB), à lâissue dâune saison époustouflante.
Avec un Ballon dâOr à son palmarès, peut-être nây aurait-il pas de débat. Car, contrairement à Weah, Drogba ou dâautres grands noms du continent, Samuel Etoâo a tout gagné, et ce plusieurs fois. Et il a su sâimposer dans cinq pays différents.
Des débuts difficiles en Europe
Il y a tout dâabord eu lâEspagne, le pays qui lâaccueilli en 1996, après dâautres essais infructueux en Europe. Car, avant de briller en Liga de 1998 à 2009, celui qui nâétait encore quâun adolescent a tenté sa chance en France à plusieurs reprises. Il a même passé plusieurs semaines à Paris, sans visa en règle.

Malgré cet échec, Samuel Etoâo revient sur le Vieux continent quelques mois plus tard, dans la péninsule ibérique cette fois. Le prestigieux Real Madrid lui fait signer un contrat en 1996 mais peine à faire confiance au jeune Africain. Le Camerounais est prêté à dâautres clubs espagnols, moins huppés, comme Leganès (1997-1998), lâEspanyol Barcelone (1999) et Majorque (2000).
Câest aux Baléares que lâintéressé sâépanouit enfin. Au point que les dirigeants madrilènes acceptent de le transférer au RCD Mallorca en 2000. Il y passera quatre années très prolifiques en buts (70 eu 165 matches officiels).
Un âge dâor avec les équipes du Cameroun

En parallèle, Samuel Etoâo vit alors un âge dâor avec les équipes nationales du Cameroun. En 2000, puis en 2002, il remporte la Coupe dâAfrique des nations avec une des générations les plus talentueuses de lâhistoire du football camerounais. Entre ces deux sacres, lâattaquant décroche également la médaille dâor aux Jeux olympiques de Sydney.
à 21 ans seulement, Samuel Etoâo a déjà gagné deux CAN et a été sélectionné pour deux Coupes du monde (1998 et 2002). Sa trajectoire en équipe nationale connaîtra ensuite quelques couacs, comme les éliminations en quarts de finale des CAN 2004 et 2006 ou la non-qualification pour le Mondial 2006.
La consécration avec le Barça
En clubs, le milieu des années 2000 est en revanche une période faste pour Samuel Etoâo. En 2004, il sâengage avec le FC Barcelone. Sa réussite en Catalogne est immédiate avec 29 buts en 45 matches lors de la saison 2004-2005 puis 34 en 47 rencontres lors de lâexercice suivant.
De fait, après quelques années de vaches maigres, le Barça retrouve les sommets du foot national et continental, avec lâex-Madrilène à la pointe de son attaque. Il y a tout dâabord ces deux titres de champion dâEspagne (2005 et 2006). Il y a surtout la consécration en Ligue des champions (C1) ; une compétition durant laquelle il égalise en finale, face à Arsenal (2-1).
Samuel Etoâo partage alors lâaffiche avec le Brésilien Ronaldinho. Il voit surtout un jeune prodige argentin creuser progressivement son trou : Lionel Messi.
La revanche avec l’Inter Milan
En 2008, après une saison décevante du FCB, Josep Guardiola est désigné entraîneur. Lâex-milieu de terrain emblématique du Barça respecte le talent de Ronaldinho et dâEtoâo. Mais le dilettantisme du premier et le fort caractère du deuxième ne lui inspirent aucune sympathie. Surtout, « Pep » aimerait faire de Messi son atout numéro un.
Si le Brésilien part pour lâAC Milan dès lâété 2008, Samuel Etoâo passe encore une année en Espagne. En dépit d’un nouveau titre européen et d’un but en finale de la C1 (2-0 face à Manchester United), il est expédié en Italie en « échange » du Suédois Zlatan Ibrahimovic et dâune quarantaine de millions dâeuros.
à lâInter Milan, José Mourinho accueille son nouveau protégé avec beaucoup dâégards, même sâil lâaligne davantage sur les ailes quâen tant quâavant-centre. Vexé dâêtre relégué derrière lâArgentin Diego Milito, le « Lion Indomptable » se plie toutefois aux choix tactiques de son entraîneur. En demi-finale retour, face à Barcelone, le Portugais va même jusquâà positionner le Camerounais sur le flanc gauche de la défense. Une tâche dont ce dernier sâacquitte avec brio, contribuant à éliminer son ancien club. Avec les Milanais, Samuel Etoâo décroche ensuite sa troisième Ligue des champions, en battant le Bayern Munich en finale (2-0).

Lâexil doré en Russie
Samuel Etoâo réussit encore une saison de haute volée, en 2010-2011, marquée entre autre par une victoire en Coupe du monde des clubs (3-0 face au Tout Puissant Mazembe). Mais le buteur maîtrise décidément lâart du contrepied.
à 30 ans, il se laisse attirer en Russie. Une équipe du sud-est du pays, lâAnji Makhatchkala, lui dresse en effet un pont dâor. Avec 20 millions dâeuros par an, il obtient alors le plus gros salaire jamais versé à un footballeur, par un club.
Déjà , en 2008, Samuel Etoâo sâétait rendu en Ouzbékistan pour étudier une offre faramineuse faite par le Kuruvchi Tachkent. Mais il avait alors décliné. Dans le championnat russe, le trentenaire nâa pas à forcer son talent. Il passe surtout son temps à faire la navette entre Moscou, où il vit, et le Daghestan, où il sâentraîne et dispute les matches à domicile de lâAnji.
Le début des ennuis

Les années qui suivent sont toutefois moins fastes pour Samuel Etoâo, que ce soit en clubs ou en sélection. Avec le Cameroun, après sâêtre heurté deux fois à lâÃgypte à la CAN (en finale en 2008, et en quarts en 2010), le meilleur buteur de lâhistoire de la compétition (18 réalisations) ne se qualifie pas pour les éditions 2012 et 2013. Il vit en outre une Coupe du monde 2010 et surtout 2014 qui se soldent par de piteuses éliminations dès le premier tour du tournoi. Dans la foulée du mondial brésilien, il annonce sa retraite internationale.
Il y avait de toutes les façons de lâeau dans le gaz depuis plusieurs années déjà entre la Fédération camerounaise de football (Fécafoot) et sa vedette. En 2011, la Fécafoot lâavait suspendu pour 15 rencontres suite au boycott dâun match amical en Algérie. Une contestation dont il avait été lâun des leaders. La sanction avait ensuite été réduite à huit mois.
En Russie aussi, lâicône nâest plus tout à fait en odeur de sainteté. Le propriétaire de lâAnji connaît des difficultés financières et ne veut plus verser les énormes émoluments de Samuel Etoâo, notamment.
Samuel « Egoâo »
Cest lâoccasion pour lui de découvrir un nouveau grand championnat : lâAngleterre. José Mourinho, qui a repris les rênes de Chelsea, fait venir son ancien poulain à Londres. Mais la nouvelle collaboration entre les deux hommes est loin de leur romance à lâitalienne. En marge dâune émission de télévision, le Portugais se moque de lââge dâEtoâo : « Il a 32 ans⦠Peut-être 35 ans, qui sait ? » La scène, captée par une caméra, jette un grand froid. Quelques mois plus tard, lâavant-centre rétorque : « Ce nâest pas parce quâun idiot a dit que jâétais un vieil homme que vous devez le croire. » Ambiance…
Sûr de sa force et de son talent, Samuel Etoâo nâhésite jamais à aller au clash. Quelques semaines plus tôt, il est revenu avec virulence sur la manière dont Guardiola lâavait fait partir de Catalogne, en 2009 : « Jâai rappelé à Guardiola quand il est arrivé quâil nâavait jamais été un grand joueur, mais un bon joueur. »
Sâil loue régulièrement le talent de ses ex-coéquipiers en clubs (Lionel Messi, Andrés Iniestaâ¦), Samuel Etoâo est rarement tendre avec ses compatriotes. Son omniprésence et son omnipotence dans le football camerounais agacent d’ailleurs certains « Lions Indomptables » anciens et actuels.
Le grand frère
Le joueur parle souvent de lui à la troisième personne. Il ne supporte pas toujours la contradiction. Et il nâhésite pas parfois à sâen prendre des journalistes trop critiques à son goût.
Voilà pour la face sombre dâun personnage toutefois complexe. Car il adore dâun autre côté le rôle de grand frère. Il nâhésite jamais à se montrer dispendieux avec son entourage et à aider des gens en détresse. Lorsque lâancienne gloire et coach du Cameroun Jean-Paul Akono connaît de graves problèmes de santé en 2013, Samuel Etoâo prend en charge le transfert et les soins de son aîné.
Durant les années qui suivent son passage à lâInter Milan, Samuel Etoâo consacre dâailleurs beaucoup de temps à des activités extra sportives, voire caritatives. Que ce soit dans la prévention contre le Sida, la lutte contre le racisme, ou son combat contre la pauvreté infantile en Afrique. Le joueur a dâailleurs crée une fondation à son nom, dès 2006.
Un homme dâinfluences

Samuel Etoâo a par ailleurs lâoreille de nombreuses personnalités africaines et pas seulement du président du Cameroun, Paul Biya. Sâil entretenait des relations froides avec son compatriote Issa Hayatou, le Camerounais travaille en revanche en étroite collaboration avec son successeur à la présidence de la Confédération africaine de football (CAF).
Il est ainsi devenu lâun des conseillers du patron de la CAF, le Malgache Ahmad. Un nouveau défi pour celui qui a poursuivi tranquillement sa carrière dâattaquant entre 2014 et 2019 dans des formations moins clinquantes, comme Everton (Angleterre), la Sampdoria de Gênes (Italie), Antalyaspor et Konyaspor (Turquie), ainsi que le Qatar SCâ¦
Depuis la prise de pouvoir dâAhmad, Samuel Etoâo a endossé avec beaucoup de conviction ses habits dâambassadeur et de légende du football continental. Une tenue qui va parfaitement à celui qui a été désigné quatre fois Joueur africain de lâannée, un record co-détenu avec lâIvoirien Yaya Touré.

A la fédération, nous souhaitons quâils continuent à Åuvrer pour le développement du football camerounais. Il avait pris fait et cause pour notre projet, quâil a soutenu et soutien encore. Nous sommes très honorés dâavoir un tel ambassadeur à notre disposition. Nous souhaitons quâaujourdâhui, avec le temps libre quâil a sa disposition, quâil se consacrera davantage au développement du football dans son pays.Les professionnels du football camerounais s’interrogent sur l’avenir d’Etoâo













