Au Sud du Sénégal, le département de Goudomp cache Kanéma dans ses anales historiques (Bahuula en dialecte). Ce village vieux de plus de 100 ans est une terre de Mancagne et havre de paix. Découverte dâun hameau calme où les habitants mènent une vie parfaite en communauté et entretiennent un rapport singulier avec la terre.
Kanéma, terre de Mancagne et havre de paix

Ce nâest pas tous les jours que lâon voit, au Sénégal, un village exclusivement habité par une seule ethnie.
à Goudomp, le village de Kanéma en est un exemple saisissant. On y trouve que des Mancagnes.
Ils ne sont pas nombreux, les Sénégalais qui connaissent le village de Kanéma, encore moins capables de le placer sur une carte. Le nom même pourrait renvoyer à dâautres communautés, hors du Sénégal.
Cette vieille terre, nichée à Goudomp, accueille une communauté Mancagne.
Exclusivement. Câest ce qui fait, entre autres, la particularité de ce village dont les habitants sont soudés et solidaires dans leur composition, leur fonctionnement et ancrés dans leurs us et coutumes.
![Kanéma, terre de Mancagne (Bahuula) et havre de paix : Village vieux de plus de 100 ans 2 NA HUULA IN A WOON NA HUULA [ Qui est Na Huula ou Mankagne ]+](https://i0.wp.com/www.kafunel.com/wp-content/uploads/2023/04/NA-HUULA-IN-A-WOON-NA-HUULA-Qui-est-Na-Huula-ou-Mankagne-.jpg?resize=696%2C392&ssl=1)
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Il faut parcourir 7 km, à partir de Goudomp, et sur la route nationale, pour être au cÅur de Kanéma, le sanctuaire des Man-
cagnes.
Sur la piste, à lâentrée du village, le visiteur découvre la beauté de la nature. Un bourg ceinturé par des anacardes, des manguiers et dâautres arbres.
Avec la forte chaleur qui sévit en cette période à Kanéma, lâombrage des arbres atténue les rayons du soleil.
Le village est vieux de 101 ans et constitue un havre de paix pour la communauté qui évolue dans une parfaite convivialité et en harmonie.
Venus de la Guinée Bissau, les habitants se sont installés en Casamance, en posant dâabord leurs baluchons au village de Mangacounda, en 1918, fait savoir le patriarche et chef de village, Lucien Kantoussan.
Après deux ans de cohabitation, plus ou moins difficile avec les autochtones, à cause de leur différence de religion, surtout avec lâélevage de porcs très connu chez les Mancagnes qui sont tous des chrétiens, une petite brouille sâest invitée dans cette belle harmonie.
Les habitants de Mangacounda étant des musulmans, ils ont finalement cédé cette partie de leurs terres à leurs hôtes qui ont pu, dans le temps, y édifier une église.
Câest ainsi que cette communauté Mancagnes sâest installée à Kanéma en 1922. Lâendroit devient alors leur territoire.
Village vieux de plus de 100 ans

Les habitants ont fêté les 101 ans dâexistence dans ce milieu qui a accueilli leurs parents à la quête dâune vie meilleure.
Le patriarche, Lucien Kantoussan, informe aussi que Kanéma signifie en Mancagne (Bahuula en dialecte Uhuula) « On ne peut pas retrouver la personne quâon cherche quand il entre dans le village » .
En langue Mandingue, cela veut dire quâil ne « Faut pas toucher la personne ». Câest une traduction littérale qui en dit long sur leurs conditions de départ de la Guinée Bissau.
En cette journée de forte chaleur, les habitants ont trouvé refuge à lâombre des anacardiers, où certains dâentre eux étaient en train de cueillir du cajou.
Câest la période de la récolte.

Le chef de village de Kanéma, Lucien Kantoussan, entouré de quelques membres de sa famille, échange calmement sur lâorganisation de la fête de Pâques.
Le vieil homme, malgré son âge avancé, reste solide et garde la voix claire. Un chapeau bien vissé sur une tête aux cheveux blancs et plein dâen train, il semble prendre un certain plaisir à raconter lâhistoire de sa communauté et de son installation ici à Kanéma.

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Un village qui, comme souvent dans le monde rural, souffre dâun déficit en infrastructures. Aucune construction moderne, mais la vie y coule paisiblement.
En cette journée de veille de fête de Pâques, Kanéma nâest pas encore plongé dans une ambiance festive. De jeunes garçons et vieilles personnes, assis en groupes, à lâombre des anacardiers, discutent dans leur langue.
Donatien Ndecky, taille moyenne et sur ses 28 ans, est assis sur un bout de bois qui lui sert de siège. Il a arrêté ses études à cause dâun problème dâextrait de naissance.
Le jeune homme estime que câest son plus grand regret.

«Jâai essayé, en vain, de régler ça pendant des années. Jâai été à Sédhiou et je nâai pas pu trouver une solution », se désole-t-il, amer dâavoir interrompu ses études à cause dâun acte de naissance.
Aujourdâhui, le bonhomme confie quâil ne travaille plus, et se tourne les pouces. De lâautre côté du village, chez Mme Blanche Manel, la trentaine, la vie reste suspendue à un semblant de monotonie, après une dure journée, dans son périmètre maraîcher.
Elle surveille, du coin de lâÅil, le thé que lui prépare un jeune garçon assis à ses côtés.
Dans son potager, Blanche cultive du piment, de lâoseille, de la tomate, de la salade et dâautres variétés.
« Nous nâavons pas de soutien de la mairie pour nos activités. Nous nous débrouillons avec les moyens de bord », lance-t-elle, en haussant les épaules, tout en sirotant la première tasse de thé que lui sert Donatien Kampal.
Ce dernier est habitué à ce qui est considéré comme une culture chez les Mancagne : le travail. Ne jamais dépendre de personne et toujours garder sa dignité. « Je suis en classe de seconde.
Le diktat de lâanacarde


Après lâécole, jâaide mon père dans la culture et dans la cueillette de lâanacarde », confie-t-il.
Blanche révèle que les populations nâont que ces petits boulots pour vivre dans la dignité, sans tendre la main. Lâessentiel, dit-elle, câest de vivre dans la quiétude.
Les activités principales des Mancagnes à Kanéma restent la culture de la terre, dont le maraîchage pour les femmes.
La culture de lâarachide, du mil et du fonio étaient les activités principales avant que lâanacarde nâimpose sa dictature partout dans la zone.

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Selon le chef de village, le manque de pluies abondantes de ces dernières années constitue un handicap, et fait baisser la production.
Lâautre problème reste lâimmigration clandestine et lâexode rural qui affaiblissent le village.
« Il ne reste que les vieux, dont les activités sont tournées vers la culture de lâanacarde », renseigne-t-il.
Ãpargné par la crise Casamançaise, comparé aux autres villages, Kanéma nâa pas trop souffert de la rébellion.
Au fil des années, ce village a accueilli, de lâautre côté de la route, des Manjakes et des Balantes.
Le village originel, quant à lui, conserve toujours son identité culturelle et ancestrale avec une population exclusivement Mancagne (Bahuula en dialecte).
Par Kafunel Avec Lesoleil.sn
( Samba DIAMANKA, Correspondant du Quotidien National Lesoleil )













