Visiter l’Alabama, c’est replonger dans les souffrances de la communauté noire américaine et dans les combats de Rosa Parks et de Martin Luther King, qui sont encore loin d’être terminés. Qu’en est-il aujourd’hui? Incursion.
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Bienvenue à Montgomery, capitale de lâAlabama. Où que vous alliez dans ce centre-ville en pleine renaissance, vous tombez à chaque coin de rue sur un segment de lâhistoire des Noirs. Comme en témoigne cette affiche.

Imaginez : en 1850, des esclaves noirs enchaînés, mis à lâencan et envoyés dans les plantations de coton. « On pouvait acheter des gens dans cette rue », rappelle Tricia Crowley, qui vit à Montgomery depuis 40 ans.
Et à quelques enjambées de là , la première Maison-Blanche des Ãtats confédérés, ces Ãtats du Sud qui ont déclenché la guerre civile avec le Nord, sur fond dâesclavagisme.

Et entre les deux, lâéglise baptiste de Dexter Avenue : un véritable temple des mouvements de lutte de la communauté noire.

Jâai eu la chance de visiter cette église le 15 janvier dernier, jour férié en l’honneur de Martin Luther King. Il faut savoir que le grand leader noir, celui qui a dit « I have a dream » (jâai un rêve) a commencé sa carrière de pasteur ici.

Pendant 90 minutes, on a joué du jazz, chanté et réfléchi sur lâhéritage de M. King. Cinquante ans après son assassinat, le 4 avril 1968, le conseiller municipal de Montgomery, Elton Dean, a livré un bilan mitigé.
Je me demande comment le docteur King se sentirait aujourdâhui. Je pense que beaucoup de choses qui se passent aujourdâhui aux Ãtats-Unis ne le rendraient pas très heureux. Beaucoup dâentre nous pensent que nous avons gagné, mais nous nâavons pas gagné.
Elton Dean, conseiller municipal de Montgomery

Et après Martin Luther King, pourquoi pas Rosa Parks? Cette jeune femme a lancé une révolution, le 1er décembre 1955, en refusant de céder sa place à un passager blanc dans un autobus.

à Montgomery, on trouve un musée Rosa Parks, qui nous fait revivre les années de la ségrégation, qui ont duré presque un siècle.
« Tout était séparé, il y avait des buvettes pour Noirs, des toilettes pour Noirs, des cinémas, même des trottoirs. Câest une honte », estime lâenseignante de français à la retraite Tricia Crowley.
Même les autobus étaient « ségrégués ».
Des places à lâavant pour les Blancs, à lâarrière pour les Noirs. Et câest là que Rosa Parks prend toute son importance. Alors quâun Blanc lui a demandé de lui donner sa place, elle a répondu « non ».
Elle a été arrêtée par le chauffeur dâautobus (parce quâà cette époque, les chauffeurs disposaient dâarmes à feu et de pouvoirs policiers).
Mais cela a déclenché le boycottage des autobus par la communauté noire, qui a mené à la première grande victoire du mouvement de lutte pour les droits civiques.

Des milliers de personnes visitent chaque année le musée Rosa Parks, qui est géré par lâUniversité Troy de Montgomery. Ce musée très interactif vous plonge au cÅur de lâépoque de la ségrégation et du « racisme vicieux », comme le disait Martin Luther King dans son discours célèbre de 1963.
Et lâannée suivante, le président Lyndon B. Johnson faisait adopter la loi des droits civiques, qui abolissait la ségrégation. Mais il y a les lois et les mentalités.
Ãtre Noir en Alabama aujourdâhui, câest comment?
Ces deux photos, de deux époques, en disent long :

Lâéquipe de football de lâUniversité de lâAlabama en 1967. Toute blanche! Ãa a duré jusquâen 1970. Celle qui vient de gagner le championnat américain est bien différente, mais ça ne signifie pas que tout est réglé.
Deux juristes, un Blanc et un Noir, en témoignent.

« Je suis né en Alabama et jâai fait toutes mes études dans les écoles où sévissait la ségrégation, sauf ma dernière, où lâUniversité de lâAlabama a accepté ses deux premiers étudiants noirs », raconte Bill Baxley, avocat et ex-ministre de la Justice.
Bill Baxley est devenu célèbre en Alabama en poursuivant des membres du Ku Klux Klan, qui avaient déclenché une bombe dans une église noire de Birmingham en 1968, et tué quatre jeunes filles. Il aura fallu plus de 30 ans avant de les faire condamner.
« Quand jâétais jeune, je nâaurais même pas osé rêver que Blancs et Noirs se côtoieraient dans les mêmes restaurants, les mêmes jurys et les mêmes bureaux, raconte lâhomme de 80 ans. Ce nâest pas fini, mais câest un changement majeur. »

Je nâaime pas quâon dise que, parce que je suis Noir, je pense comme ceci ou comme ça.
Myron Thompson
« Je suis un optimiste, mais aussi un réaliste », dit pour sa part Myron Thompson, 71 ans. Il a grandi en Alabama à lâépoque de la ségrégation et il a dû sâexpatrier au Nord pour aller à lâuniversité. Et il a fini par devenir juge en Alabama, en siégeant à la Cour fédérale.
Quand même, Myron Thomson a contribué à transformer la situation des Noirs par certaines de ces décisions. Il a modifié les lois électorales pour faciliter lâélection de centaines de Noirs à différents postes ou encore à rendre inconstitutionnelle une loi de lâAlabama qui permettait aux policiers de tirer sur quelquâun qui sâenfuit en courant.
« La ségrégation économique a remplacé la ségrégation légale », estime-t-il. Et les écoles publiques, où se retrouve une grande majorité de Noirs, « sont une faillite ». Bien sûr, les écoles ne subissent plus la ségrégation raciale, mais la majorité des Noirs habitent toujours dans des quartiers pauvres. « Et les meilleurs enseignants ou directeurs noirs se retrouvent dans des écoles blanches », conclut-il.
Certes, des avancées pour les Noirs de lâAlabama, il y en a eu, mais la bataille est loin dâêtre terminée.












