Nguédi Diaw, une vie dédiée au cheval et à lâhippisme. A 80 ans révolus, Nguédi Diaw, vice-président du Comité régional de gestion des courses hippiques de Matam (nord), continue à se battre pour le développement dâun sport pour lequel il a consacré plus de 50 ans de sa vie en entamant dès lââge de 16 ans une carrière de jockey avant de devenir plus tard un propriétaire de chevaux.
Nguédi Diaw, une vie dédiée au cheval et à lâhippisme

Pendant plus de 50 ans, Nguédi Diaw a été au service des courses hippiques. Très jeune, lâactuel vice-président du Comité régional de gestion des courses hippiques de Matam a participé aux compétitions, avant de devenir propriétaire de chevaux et dâintégrer cette instance. De Kaédi, en Mauritanie à Thilogne, en passant par Bokidiawé, Ourossogui, Matam, Taiba, son village Nabadji, Nabadji Civol, le jeune jockey de lâépoque a remporté une cinquantaine de courses, pour nâen perdre que moins de sept.
Pour retrouver la maison où habite Nguédi Diaw, il suffit juste de demander à la première personne rencontrée à Nabadji Civol, un village où il est visiblement bien connu.
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Juste en face de la route nationale, à moins de 50 mètres, le domicile de cet amoureux des chevaux et des courses hippiques se distingue des autres par la présence dâun cheval attaché dans la cour. De là , le visiteur aperçoit presque tout dans la concession entourée de piquets en bois. A lâintérieur, juste deux bâtiments : lâun en construction et lâautre en banco, dans un état de délabrement très avancé.
Assis sous un arbre, Nguédi est entouré de son épouse, ses petits-enfants et un hôte venu sây reposer, en attendant la fermeture du marché hebdomadaire du village qui se tient tous les mercredis.
Lâodeur qui se dégage et les traces de sabots de vaches, de moutons et de chèvres renseignent sur le type dâélevage pratiqué ici. Les animaux sont allés paître derrière le village.
Chants des coqs, en grand nombre dans la maison
![Nguédi Diaw, une vie dédiée au cheval et à lâhippisme 2 [PORTRAIT ] Gamou-2019 - Serigne Babacar Sy, le mystique](https://i0.wp.com/www.kafunel.com/wp-content/uploads/2019/11/PORTRAIT-Gamou-2019-Serigne-Babacar-Sy-le-mystique.jpg?resize=696%2C392&ssl=1)
Habillé dâun boubou traditionnel noir, le chapeau traditionnel ou « tingadé » bien posé sur la tête, lâhomme ne se sépare jamais de ses lunettes, ni de sa cigarette, quâil nâhésite pas à allumer en plein entretien. Les chants des coqs, en grand nombre dans la maison, sâélèvent de temps à autre. Deux femmes qui sâaffairent autour dâun repas en cette veille de premier jour du mois de ramadan, sont en pleine discussion.
ââJe suis dans ce sport depuis 55 ans. Jâai été jockey pendant 25 ans. Mes parents nâont jamais pratiqué ce sport, mais ils possédaient des chevaux comme beaucoup de gens ici. Câest mon oncle qui pratiquait ce sport avec des chevaux qui couraient à Kaédi, en Mauritanieââ, se rappelle, volontier, Nguédi Diaw. Cet octogénaire a dédié plus dâun demi-siècle de sa vie aux chevaux et aux courses hippiques.
Il se souvient quâà lââge de 15 ans, ses parents lâavaient envoyé dans cette ville frontalière de la région de Matam, pour y apprendre la bijouterie.
Engagé pour sauver la saison de son oncle

Propriétaire de chevaux, son oncle était à la recherche dâun jockey, après que ses cavaliers lui avaient tourné le dos. Adolescent, il décide de se lancer dans les courses pour sauver son tuteur qui sâétait déjà engagé dans les compétitions.
ââIl avait du mal à trouver un jockey et moi je me suis engagé à conduire ses chevaux, malgré mon jeune âgé. Tout le monde était contre ma décision, parce quâils ne savaient pas que je savais conduire un cheval. Câest ainsi quâils sont allés mâinscrire sur la listeââ, raconte le vieil homme.
A cette époque, se souvient-il, un trio dictait sa loi dans les hippodromes de la région frontalière et du côté du Sénégal. A 16 ans à peine, il obtient sa licence et participe à plusieurs courses, malgré son âge, mais avec un poids qui, selon lui, permettait de prendre part à toutes les courses.
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ââJâai remporté ma première course organisée à Kaédi, ainsi que beaucoup dâautres comme celles organisées à Bokidiawé, Ourossogui et Matam. Jâai ensuite gagné la grande course de Hamady Débo Seck à Thilogne dans les années 60ââ, se remémore Nguédi Diaw.
Ces villages étaient les seuls à organiser des courses de chevaux, avant que Kanel, ne soit inscrit sur la liste au début des années 70.
Le jeune jockey profite dâune pause pour poursuivre ses entraînements et sâessayer aux acrobaties. Il fallait sâentraîner dans le sable au bord du fleuve Sénégal, à Kaédi.
ââJe mâentraînais dur pour réussir des acrobaties que je nâavais jamais faites auparavant. Parfois je tombais et je me blessais, mais je nâai jamais arrêté, ce qui mâa permis de maîtriser plusieurs gestes. Une manière aussi dâassurer le spectacle lors des coursesââ, souligne-t-il.
Un médecin français du nom de Jean, établi à Kaédi, le récupère et le loge

A la reprise, il remporte la course sur ses terres dâadoption, à Kaédi. Une victoire quâil fête par des sauts périlleux. A la fin de cette course, un médecin français du nom de Jean, établi à Kaédi, le récupère et le loge.
ââIl faisait tout pour moi. Il mâoffrait des habits, me nourrissait et avait mis tous les moyens à ma disposition afin que je puisse réussirââ, raconte Nguédi.
Après une dispute avec la femme de son oncle, le jeune Diaw entre en front contre son tuteur et boycotte plusieurs courses, dont celle organisée à Kaédi.
ââMon oncle a perdu toutes les courses que jâai boudées. Il a été défait même sur ses terres ainsi que de lâautre côté de la rive, au Sénégal, notamment à Matam, à Bokidiawé et à Ourossogui. Jâétais devenu une star des hippodromes à cette époque. A mon absence, les courses nâavaient plus de saveurââ, se targue-t-il.
Une star des hippodromes

Il a fallu lâintervention de son ami Jean pour quâil accepte à nouveau de se mettre en selle. Lâargument de taille que ce dernier avait mis sur la table pour le convaincre a été une tenue de jockey toute neuve venue de France. Un privilège par rapport à ses concurrents.
Le jeune jockey se rappelle aussi avoir été conduit jusquâà Matam, le jour de la fête de lâIndépendance par son nouveau bienfaiteur. Ce qui lui avait permis de se reposer en cours de route, « afin de courir dans de bonnes conditions ».
ââMon entrée fut spectaculaire, car personne ne sâattendait à mon retour en compétition. Les gens me portèrent en triomphe sur des dizaines de mètres. Ce jour-là , jâai gagné toutes les courses avec trois catégories de cheval différentesââ, se souvient encore Nguédi Diaw.
A la fin, le Commandant de la brigade de gendarmerie de Matam de lâépoque, Mody Sy lui remit 5.000 francs CFA, « une grosse somme à lépoque, sans compter lâargent que me remettaient les spectateurs qui étaient contents de me retrouver et me voir gagnerââ.
Aux côtés du président Aliou Thiam, pour faire vivre difficilement cette discipline dans la région nord

Ce moment dâeuphorie fut suivie dâune série de blessures contractées lors de séances dâentraînements à Kaédi. Les mésaventures sâenchaînent jusquâà son empoisonnement, quâil impute à des adversaires, et qui, selon lui, a précipité la fin de sa carrière, après plus de 25 ans à cheval sur la Mauritanie et le Sénégal.
Aujourdâhui à la retraite, le vice-président du Comité régional de gestion des courses hippiques de Matam bataille ferme aux côtés du président Aliou Thiam, pour faire vivre difficilement cette discipline dans la région nord.
« Nous voulons un hippodrome dans la région, parce que nos courses se tiennent dans différentes localités sans sécurité sur des terrains vagues accessibles à tous. En plus de cela, les coureurs ne sont pas licenciés, ils sont tous amateurs », souligne-t-il.
Pour ce qui est de lâhippodrome, Nguédi Diaw souhaite lâavoir dans son village, à Nabadji Civol. Câest « une localité qui vit les courses hippiques et (qui) nâest pas éloignée des villages où habitent beaucoup de coureurs de la zone, contrairement à Matam où lâhippisme nâest pas bien vécu », fait-il valoir.
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ââLes courses hippiques mâont tout donné. Je suis allé jusquâen Côte dâIvoire, à Abidjan où je dispensais des cours de jockey à des Françaisââ, se vante-t-il, non sans déplorer le manque de soutien des autorités locales qui nâaccordent, à ses yeux, aucune importance à cette discipline.
Le vieux Nguédi milite ainsi pour le développement de lâhippisme, non seulement en tant quâun responsable de lâinstance dirigeante, mais aussi en tant que propriétaire de chevaux qui participent aux compétitions dans la région. Lâun dâentre eux est monté par son propre fils, comme pour prendre le relais de son pèreâ¦Ã dos de cheval.













