Monstre sacré du 7ème art : Sembène, du docker de Marseille à lâicône du cinéma africain. Il y a exactement 14 ans, jour pour jour, disparaissait lâécrivain et cinéaste sénégalais Ousmane Sembène. De sa naissance en 1923 à Ziguinchor jusquâà sa disparition le 9 juin 2007 à Dakar, il a mené une vie bien remplie durant laquelle il a produit des Åuvres littéraire et cinématographique qui font désormais partie du patrimoine culturel africain.
Ousmane Sembène, Monstre sacré du 7ème art
Dans le milieu des professionnels du 7ème art, on lâappelait affectueusement le doyen des anciens. Du haut de sa stature dâicône de la littérature et du cinéma africains, Ousmane Sembène contemplait le monde avec un Åil critique et un regard caustique.
Ãcrivain prolifique, cinéaste talentueux et intellectuel engagé, cet autodidacte avait été renvoyé de lâécole pour avoir giflé un directeur qui voulait imposer lâapprentissage de la langue⦠corse à ses élèves. Il était à peine âgé de 15 ans, mais avait un caractère fort trempé quâil garda tout au long de ses 84 années passées sur Terre.
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Câest sans doute de là quâil sâest forgé sa réputation dâhomme de refus et commencé sa lutte effrénée contre toute forme dâinjustice.
Un combat quâil a dâabord mené, armes à la main, en tant que soldat de la colonie française à partir de 1942 dans des champs de bataille en Allemagne, en Afrique du Nord, au Tchad, au Niger avant dâêtre démobilisé.
Dans son film «Emitaï» (1971), il raconte dâailleurs cette expérience en mettant en scène la révolte des femmes dâun village de la Casamance dont les époux et fils ont été enrôlés de force dans lâarmée coloniale.
LâÅuvre littéraire et cinématographique de Sembène est, en fait, une juxtaposition dâhistoires quâil a lui-même vécues, à lâimage de son premier roman «Le docker noir» (1956) dans lequel il raconte ses tribulations et sa vie de forçat à Marseille, en France, où il milita à la Confédération générale des travailleurs (Cgt) et fit partie des grévistes qui bloquèrent le port de la cité phocéenne pour empêcher que des armes soient envoyées en Indochine où la France menait une farouche guerre coloniale.
Du docker de Marseille à lâicône du cinéma africain
Dans «Les bouts de bois de Dieu » (1960), il évoque la fameuse grève des cheminots de 1947, au Sénégal à laquelle il avait participé.

Certains de ses romans tels que «Le mandat» et «Xala», publiés respectivement en 1965 et 1973, ont été adaptés à lâécran, ce qui fait de sa filmographie lâune des plus prolifiques en Afrique, avec dâautres chefs-dâÅuvres comme son premier court-métrage «Borom Sarrett» réalisé en 1963, «La Noire deâ¦Â», premier long-métrage sorti en 1966, «Ceddo» (1977), «Camp de Thiaroye» (1987), «Guelwaar» (1992), «Faat Kiné» (2000) et enfin «Molaadé» (2003), son dernier film qui devait boucler une trilogie dont le dernier volet, «La confrérie des rats», ne verra jamais le jour.
Il mourut en 2007 avant de pouvoir le réaliser. Son plus grand souhait était de porter à lâécran la saga du grand résistant africain Samory Touré, mais il nâaura jamais le temps de concrétiser ce projet grandiose.
CONTRIBUTION MAJEURE Ã LA CULTURE
Dans la vie de tous les jours, Ousmane Sembène pouvait passer pour un homme taciturne, qui communiquait peu et que certains qualifiaient même de distant, voire condescendant à lâégard de ses interlocuteurs.
Mais ceux qui le connaissaient bien savaient que derrière cette froideur de façade, se cachait un homme au grand cÅur, prêt à partager son expérience avec ses cadets. «On le décrivait à tort comme quelquâun dâégoïste, renfermé sur lui-même, ce qui était loin dâêtre le cas.
Moi, je voyais en lui un homme très réservé certes, mais assez ouvert, plein dâhumour et qui savait bien raconter des histoires drôles et rigoler en compagnie de gens avec qui il se sentait bien», nous confiait à ce propos le cinéaste congolais (Rdc), Mweze Ngangura, lors de lâédition 2008 du festival Ãcrans noirs de Yaoundé.
Il manifesta dâailleurs sa surprise lorsquâil avait vu une photo de feu Djibril Diop Mambéty accroché sur un mur du bureau de Sembène, alors que tout le monde disait que ces deux icônes du cinéma sénégalais ne sâentendaient pas !
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à son décès en 2007, le témoignage des cinéastes était tout aussi unanime. Le réalisateur Moussa Touré avait salué sa contribution majeure au 7ème art, tandis que Cheikh Ngaïdo Bâ reconnaissait quâil était «notre maître à nous tous».
Un maître du cinéma formé à Moscou et qui décrocha des prix dans de prestigieux festivals comme Carthage, Locarno, Cannes, Veniseâ¦
Avec le Sud-africain Lionel Ngakane et le Tunisien Tahar Cheriaa, disparus respectivement en 2003 et en 2010, Ousmane Sembène formait un trio de réalisateurs issus de la même génération, partageant les mêmes convictions, complices et tout aussi engagésâ¦













