De #balancetonporc à « Rohingya », tour dâhorizon non exhaustif des termes qui ont marqué lâannée 2017.
⢠#balancetonporc
Dâabord circonscrite aux milieux hollywoodiens, lâonde de choc provoquée par les affaires Harvey Weinstein se répand rapidement à lâensemble de la société américaine. Sur les réseaux sociaux, des milliers de femmes et dâhommes – célèbres ou anonymes – décident de briser le silence en faisant part, via le hashtag #metoo, des agressions sexuelles dont elles et ils ont été victimes.
En France, câest le terme #balancetonporc qui sert de relais aux témoignages. En trois jours, le mot-dièse rassemble plus de 150 000 messages sur Twitter. Dans certains dâentre eux, lâidentité du ou des agresseurs y est révélée.
Depuis, pas un jour ne se passe sans quâune personnalité issue du monde de la politique, des médias ou du spectacle ne soit accusée de harcèlement et/ou dâagressions sexuelles. Alors que beaucoup se félicitent de cette libération de la parole, certains dénoncent une incitation à la délation.
La multitude des révélations provoque en tous cas une prise de conscience obligeant les pouvoirs publics à réagir. En France, le gouvernement dâEmmanuel Macron a présenté en novembre un plan destiné à lutter contre les violences sexuelles. Preuve de lâampleur du mouvement, le magazine « Time » a désigné « celles et ceux qui ont brisé le silence » personnalités de lâannée. Tandis que le dictionnaire Merriam-Webster a élu « féminisme » mot de 2017.
>> à voir dans l’émission ActuElles : #Balancetonporc bouscule et dérange la société française
⢠« Despacito »
Vous ne possédez pas le disque, nâavez jamais regardé son clip ni entendu parler de son interprète et, pourtant, vous sifflotez « Despacito » dans les allées du supermarché. Rien dâinquiétant (quoique) : vous avez affaire à un tube planétaire. Depuis sa mise en ligne sur YouTube en janvier dernier, le clip de la chanson des Portoricains Luis Fonsi et Daddy Yankee a en effet été vu près de 4,5 milliards de fois. Ce qui en fait la vidéo la plus vue de tous les temps. Et le phénomène musical de lâannée.
Comme tous les tubes qui sâimposent à notre inconscient musical, on fredonne « Despacito » sans en connaître le sens profond. Gênant ? Jugez-en vous-même : « Despacito », qui signifie « doucement », est en fait une délicate ode à la séduction homme-femme. Une Åuvre à la sensualité toute métaphorique dans laquelle on peut entendre ces fort jolis vers : « Doucement, je veux lentement te déshabiller de mes baisers, m’inscrire sur les murs de ton labyrinthe, et faire de ton corps tout un manuscrit ». Le reste est à lâavenant.
Méga succès oblige, le hit reggaeton a fait lâobjet de nombreuses reprises, dont une de Justin Bieber et une autre signée Nicolas Maduro, le président vénézuélien. Si Luis Fonsi a apprécié la première, il a, semble-t-il, un peu moins goûté la deuxième qu’il a qualifiée de « propagande ».
« Despacito » aura surtout permis à San Juan, la capitale portoricaine, de devenir une attraction touristique. Charmés par les façades colorées qui figurent dans le clip, des milliers de visiteurs étrangers se sont rendus cet été sur les lieux du tournage : le quartier populaire de La Perla. Les retombées financières auront été toutefois de courte durée puisque fin septembre les ouragans Irma et Maria ont dévasté la région.
>> à lire sur MashableFR : « Siri a confondu « Despacito » avec l’hymne national de la Bulgarie »
⢠Marché aux esclaves
On pensait le terme et la pratique à jamais révolus… Le 14 novembre, la chaîne américaine CNN diffuse des images montrant une vente aux enchères dâêtres humains. La scène se passe en Libye, où des exilés subsahariens sont cédés à des « propriétaires » pour moins de 400 euros. Si de nombreux migrants africains faisaient déjà état de ce type de trafic sur le continent, câest la première fois quâune vidéo en montre lâexistence.
La diffusion des images déclenche un déluge de réactions internationales. à Paris, Berlin ou encore Bamako, des citoyens se rassemblent devant les ambassades libyennes pour dénoncer cette énième horreur des routes migratoires. Chez les dirigeants politiques, on rivalise dâindignation pour dénoncer, à lâinstar dâEmmanuel Macron, un « crime contre lâhumanité ».
De son côté, le haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Zeid Ra’ad al-Hussein, pointe également la responsabilité de l’UE, qui coopère avec la Libye pour stopper l’arrivée de migrants.
Fin novembre, à la faveur du sommet Europe-Afrique, plusieurs pays africains sâengagent à organiser le rapatriement des migrants détenus en Libye. Une mission dâautant plus délicate que le nombre dâillégaux subsahariens est difficile à déterminer. Selon Moussa Faki, le président de la Commission de l’Union africaine (UA), ils seraient « entre 400 000 et 700 000 ».
>> à lire sur InfoMigrants : « Plongée dans lâenfer dâun ‘ghetto’ dâesclaves en Libye »
⢠Perlimpinpin
« Le monopole du cÅur », « Vous avez tout à fait raison, Monsieur le Premier ministre », « Moi, président »⦠à chaque débat de lâentre-deux-tours de l’élection présidentielle, sa petite phrase emblématique. Celui de lâélection 2017 n’a pas coupé à la tradition avec la « poudre de Perlimpinpin », réplique dâEmmanuel Macron envoyée à son adversaire Marine Le Pen. Sous ses airs gentiment désuets, la formule se veut une charge peu amène : selon le dictionnaire, la « poudre de Perlimpinpin » nâest rien dâautre quâun « remède de charlatan ».
La sortie de celui qui nâétait pas encore président aura en tous cas permis de remettre lâexpression au goût du jour. Suivant le circuit classique du « buzz », « Perlimpinpin » a ainsi fait son entrée dans les « trend topics » de Twitter (comprendre : les sujets les plus discutés sur le réseau social) avant de finir sa course comme imprimés pour t-shirts, mugs et tote-bags tendance.
Mais « Perlimpinpin » symbolise surtout le goût dâEmmanuel Macron pour les formules susceptibles de générer du bruit médiatique. Sur ce terrain rhétorique, le jeune président français nâaura pas ménagé ses efforts. Entre « jupitérien », « start-up nation », « bienveillance », ou encore « Make our Planet Great Again », on ne compte plus les mots ou expressions aujourdâhui indissociables de la dialectique macroniste.
>> à lire sur RFI : « ‘Perlimpinpin’, ‘schlague’ : Le Pen et Macron ne se sont pas épargnés »
⢠Puigdemont (Carles)
Encore inconnu du grand public il y a un an, Carles Puigdemont est devenu en quelques jours le visage de lâindépendantisme catalan. En tant que président de la communauté autonome, il est celui qui a organisé le référendum du 1er octobre sur lâautodétermination de la Catalogne. La consultation, jugée illégale par Madrid, déclenche lâune des plus graves crises politiques que lâEspagne ait connues depuis la fin du franquisme.
Engagé dans un bras de fer avec le pouvoir central, Carles Puigdemont gagne dâabord la bataille médiatique : le jour du vote, lâintervention musclée des forces de lâordre, contre des électeurs notamment, choque une grande partie de lâopinion publique européenne. Mais sur le terrain politique, câest Madrid qui remporte la mise. Les mauvaises conditions du scrutin jettent le trouble sur les résultats qui donnent une victoire du « oui » à plus de 90 %.
Faute de soutien du roi Felipe VI et des autres pays de lâUE, les leaders indépendantistes se retrouvent rapidement isolés. Madrid met la Catalogne sous tutelle et émet un mandat dâarrêt contre les organisateurs du référendum, dont Puigdemont qui trouve refuge à Bruxelles.
Lâavenir politique de lâancien dirigeant catalan est aujourdâhui très compromis. Car si les élections régionales du 21 décembre lui ont été favorables, la réconciliation avec Madrid semble encore loin.
>> à lire : « Carles Puigdemont, l’inconnu de Gérone qui fait trembler Madrid »
⢠« Remontada »
Il nâaura fallu que sept minutes aux joueurs de FC Barcelone pour accomplir lâune des plus incroyables exploits du football européen. Et infliger, au passage, la plus sévère claque sportive jamais reçue par le Paris-Saint-Germain.
Le soir du 8 mars, en huitième de finale retour de la Ligue des champions, le club catalan parvient à éliminer son adversaire parisien alors quâil avait perdu 4 à 0 à lâaller. Avec six buts au compteur, dont trois inscrits dans les sept dernières minutes, le Barça accomplit une « remontada » (« remontée » en espagnol) historique que ses supporters eux-mêmes nâavaient osé espérer.
Au-delà de son aspect purement sportif, la « remontada » devient synonyme dâhumiliation pour un PSG qui bénéficie de substantiels fonds qataris mais souffre dâun déficit de culture footballistique dite « de la gagne ». Soucieuse de réparer lâaffront, la direction du club entreprend une politique dâachats de joueurs très offensive lors du mercato dâété. Pour un montant record de 220 millions dâeuros, le PSG parvient ainsi à débaucher du Barça lâun de ses anciens bourreaux, le Brésilien Neymar. Lâétoile montante du football hexagonal, Kylian Mbappé, le rejoindra quelques jours plus tard.
Entre-temps, la « remontada » sâest installée dans le langage courant. Le terme sert à désigner les renversements de situations – souvent désespérées. Avant le premier tour de la présidentielle française, les partisans du candidat Benoît Hamon, au plus mal dans les sondages, se sont ainsi pris à rêver dâune « hamontada ». Au final, le socialiste ne récoltera que 6,36 % des suffrages, soit le plus mauvais score jamais enregistré par le PS lors dâune présidentielle.
>> à voir : « Barça-PSG : 7 minutes, câest le temps quâil faut pourâ¦Â »
⢠« Rocket Man »
La solennité de lâendroit ne lâa pas impressionné. Pour sa première intervention à la tribune des Nations unies, le 19 septembre, Donald Trump est resté fidèle à son verbe. Faisant fi du langage diplomatique dâordinaire en vigueur dans lâenceinte, le président américain évoque le dirigeant nord-coréen, Kim Jong-un, en lâappelant « Rocket-Man » (« lâhomme-fusée »).
Lâinvective pourrait prêter à sourire sâil nâétait question, dans cette crise, de menace nucléaire. Depuis le début de 2017, le régime de Pyongyang multiplie en effet les tirs de missiles afin de prouver sa puissance nucléaire. Face aux provocations nord-coréennes, le locataire de la Maison Blanche réplique à coups de tweets rageurs contre Kim Jong-un. Lequel riposte avec le même sens de la mesure. Quand le premier promet « la colère et le feu », le second prédit « un déluge de feu ».
La guerre des mots entre les deux dirigeants atteindra son apogée lorsque Donald Trump, visiblement offensé dâêtre traité de « vieux », qualifie lâhomme fort de Pyonyang de « petit gros ».
En marge de ces algarades publiques, les diplomates essaient dâarrondir les angles. à la mi-décembre, le secrétaire dâÃtat américain, Rex Tillerson, se dit prêt à entamer des discussions avec Pyongyang « sans conditions préalables ». De son côté, la Corée du Nord faisait savoir par lâentremise dâun responsable onusien quâelle était d’accord sur la nécessité « d’éviter une guerre » avec les Ãtats-Unis.
>> à voir : « Donald Trump et Kim Jong-Un : qui saura raison garder ? »
⢠Rohingya
Les autorités de Rangoun ne veulent même pas entendre parler du mot. Lors de sa visite en Birmanie en novembre, le pape François lui-même nâa pas osé le prononcer de peur dâattiser la colère des extrémistes bouddhistes. De fait, le terme « rohingya » est tabou dans le pays puisque le pouvoir birman dénie le caractère ethnique de cette minorité musulmane.
Aujourdâhui, les Rohingya représentent la plus grande population apatride du monde depuis que la nationalité birmane leur a été retirée en 1982, sous le régime militaire. Victimes de discriminations, ils n’ont pas de papiers d’identité, ne peuvent pas voyager ou se marier sans autorisation. Et ils n’ont accès ni au marché du travail ni aux services publics comme les écoles et hôpitaux. Amnesty international a récemment évoqué une situation d' »apartheid ».
Depuis août dernier, près d’un million dâentre eux ont fui l’ouest de la Birmanie où lâarmée mène une campagne de représailles consécutive à des attaques de la jeune rébellion rohingya. Les Nations unies estiment que cette répression militaire est « un exemple type de nettoyage ethnique ». Début décembre, le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme a pour sa part déclaré qu’il existait des « éléments de génocide ».
L’armée, qui nie toute représailles contre les civils, évoque un bilan de moins de 400 morts, tous des « terroristes ». Mais lâorganisation Médecins sans frontières (MSF) estime que 6 700 Rohingya ont été tués entre août et septembre.
« Apartheid », « nettoyage ethnique », « génocide »⦠les mots aujourdâhui liés à celui de « rohingya » renvoient au pire de lâhorreur étatique. Lâassociation dâidées est dâautant plus troublante quâelle se joue dans un pays dirigé par la lauréate dâun prix Nobel de la paix : Aung San Suu Kiy.
>> à voir : « La haine des extrémistes bouddhistes envers les Rohingya »












