Salif Keïta, alors attaquant à lâASSE… Le Mali affiche sa fierté lorsqu’il s’agit de Salif Keïta, la fuite, le talent et le bras dâhonneur. « La folie des transferts » (1/6).
Salif Keïta, la fuite, le talent et le bras dâhonneur

En 1967, le jeune attaquant malien Salif Keïta quitte clandestinement son pays pour aller effectuer un essai à Saint-Ãtienne. Déjà considéré comme une star au Mali, il va devenir lâun des meilleurs joueurs du championnat de France.
Au Mali, en ce chaud mois de septembre 1967, un jeune joueur de 20 ans prépare discrètement ses affaires pour sâoffrir une escapade en France, contre lâavis des dirigeants du Real Bamako. Salif Keita, fils dâun camionneur, est déjà considéré comme une star locale, et peut-être même comme le meilleur footballeur de lâhistoire de son jeune pays, alors indépendant depuis seulement sept ans.
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Quelques mois avant de filer à lâanglaise, Keita a disputé â et perdu â la deuxième finale de la Ligue des champions africaine de sa carrière face aux Ivoiriens du Stade dâAbidjan (3-1, 1-4).
Bien sûr, Keita sâest consolé en terminant meilleur buteur de cette édition 1966 (14 buts), et vient de remporter le championnat du Mali pour la troisième fois. Mais, pour le jeune international, son avenir ne peut sâécrire quâen Europe.
Fuite sans un sou

à une époque où les informations sur le football africain arrivaient au compte-gouttes sur le Vieux Continent, Keita peut compter sur un Libanais installé à Bamako, accessoirement supporter inconditionnel de lâAS Saint-Ãtienne, pour faire sa promotion.
à cette époque, il était très compliqué pour un Africain de venir en Europe
Charles Dagher, câest son nom, a ses entrées dans le club forézien et finit par convaincre Roger Rocher, le président des Verts, pourtant réputé proche de ses sous, de payer un billet dâavion au prodige malien.
Prudent, Keita passe par le Nigeria puis par Monrovia, la capitale du Liberia, pour éviter de se faire reconnaître par un employé de lâaéroport de Bamako.
« à cette époque, il était très compliqué pour un Africain de venir en Europe. Dâailleurs, mes dirigeants ne voulaient pas que je parte », rappelle-t-il.
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à Monrovia, il se fait voler tous ses effets personnels, à lâexception de ce précieux billet dâavion. Mais la suite de son périple est digne dâune comédie.
Alors que lâappareil doit atterrir à lâaéroport du Bourget, où lâattendent les dirigeants stéphanois, un épais brouillard oblige le pilote à poser son avion à Orly, au sud de Paris.
Livré à lui-même, sans un sou en poche, Keita hèle premier taxi quâil aperçoit et lui demande de le conduire à « Geoffroy-Guichard (le nom du stade), Saint-Ãtienne», à 500 km de là .
Roger Rocher règle la facture de plus de 100 francs â une petite fortune à lâépoque â en se disant que ce jeune footballeur commence à lui coûter cher.
Buts en série

Mais la suite ne fera pas regretter au président des Verts ces menus investissements. Lâentraîneur de lâASSE, Albert Batteux, couvre dâéloges le jeune attaquant, et Keita, qui joue dâabord avec lâéquipe juniors puis avec la réserve, empile les buts.
En novembre 1967, pour ses débuts en Division 1, il marque contre Monaco. Lâhistoire passionnelle entre Saint-Ãtienne et celui que lâon surnomme désormais la « Panthère Noire » vient de débuter.
Jâétais jeune, il fallait que je mâadapte au climat, à la nourriture, au football français
« Cela nâa pas été facile au début. Jâétais jeune, il fallait que je mâadapte au climat, à la nourriture, au football français », confie-t-il aujourdâhui.
Malgré son indéniable talent, Keita doit patienter avant de signer son premier contrat professionnel, et son salaire fera longtemps partie des plus modestes de lâeffectif stéphanois.
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Après avoir remporté trois fois le championnat (1968, 1969 et 1970), deux fois la Coupe de France et trois fois le Trophée des Champions, Keita, lassé de ne pas être considéré à sa juste valeur par Roger Rocher, décide de quitter Saint-Ãtienne pour rejoindre Anderlecht en Belgique.
Rocher saute dans un avion pour Bamako, où le Malien passe ses vacances et réussit à convaincre le footballeur de rester deux saisons supplémentaires â lors de la première dâentre elles, Keita inscrit 42 buts.
Inévitable clash

Mais le profond différend financier qui lâoppose à son président se conclut par un inévitable clash : Keita sâengage avec lâOlympique de Marseille (OM), le grand rival de Saint-Ãtienne au début des années 1970.
Fou de rage, Roger Rocher porte lâaffaire sur le terrain juridique et parvient à le faire suspendre pour six mois.
Las, Rocher nâimagine pas quâà lâoccasion dâun MarseilleâSaint-Ãtienne (3-1), devenu légendaire depuis , Keita inscrit un doublé face à son ancienne équipe.
Il se précipite alors vers la tribune où est installé le président stéphanois et lui adresse un bras dâhonneur.
Après cette unique saison à lâOM, Keita poursuivra sa carrière en Espagne, au Portugal et, enfin, aux Ãtats-Unis, pour une dernière saison en 1979-1980. « Là -bas, câétait bien. Il y avait moins de pression quâen Europe⦠»













