À Dougar, les populations ne décolèrent toujours pas face au conflit foncier avec le promoteur immobilier Peacock. Le village paisible de Dougar, sis dans la commune de Diamniadio, est au cœur de l’actualité ces dernières semaines. À l’origine, un litige foncier entre les populations et une société de promotion immobilière qui prévoit la construction de logements sociaux sur 74 hectares de terres.

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Conflit foncier avec le promoteur immobilier Peacock

Actuellement, la tension est vive dans ce village naguère paisible. En cette matinée calme, quelques rares personnes circulent dans le village. Dans cet atelier de soudure métallique, quelques ouvriers assis sous une tente de zinc discutent des évènements.

Tout d’un coup sort un groupe de personnes membres d’une délégation venue de Diass, accompagné par le chef de quartier de Lossa, pour manifester sa solidarité et partager le combat des populations de ce village qui a connu, ces derniers jours, des scènes de violences les opposant aux forces de l’ordre.

Dougar est un village pluri-centenaire situé dans la commune de Diamniadio. Il est habité par des sérères safènes et l’activité principale est l’agriculture. Mais, selon Mbaye Diouf, délégué du quartier de Lossa, « de 2009 à aujourd’hui, l’activité est arrêtée parce que toutes les terres ont été prises, cela au moment où on veut lutter contre l’émigration clandestine ».

C’est ce problème foncier qui a projeté le village jusqu’ici paisible au-devant de l’actualité, avec des affrontements violents qui opposent les populations à la société Peacock. Les stigmates issues des tensions entre les forces de l’ordre et les populations sont visibles ici.

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Jusque dans les concessions. Ici, une porte en bois est complètement décapée au milieu, là c’est une serrure qui a été défoncée, à l’aide d’un objet introduit entre la porte et la paroi qui accueille le cran de sécurité.

Au milieu du terrain de football du village, des tas de pierres sont jonchées, témoignant du face-à-face violent entre les populations et les forces de l’ordre qui répondaient par des grenades lacrymogènes. Des blessés ont même été enregistrés des deux côtés.

Les gendarmes en ont enregistré deux, tandis que trois personnes ont reçu de violents coups. L’amertume et la frustration se lisent sur les visages de la quinzaine de personnes sous l’arbre au milieu du village et à côté de la grande mosquée.

Ce calme contraste d’avec les scènes violentes et les affrontements suivis d’arrestations qui ont eu lieu sur le site du village, particulièrement au quartier de Lossa, au cœur du conflit qui oppose les populations de Dougar à la société Peacock Investment, qui construit des logements sociaux sur 74 hectares de terres.

Ladite société soutient qu’elles lui ont été attribuées par un décret présidentiel datant de 2010. Mais le décret indique une autre zone qui n’est pas celle de Dougar, selon les populations qui la situe sur le site de l’actuelle gendarmerie.

« Le décret 2010 – 1074 du 13 août 2010 a été pris pour mobiliser une assiette foncière d’une contenance de 80 hectares sise à l’entrée de la commune de Diamniadio (actuelle brigade de gendarmerie).

Et, pour le développement et la mise en œuvre de projets économiques dans le secteur de Diamniadio, le décret le décret 2014 – 276 du 03 mars 2014 a ordonné l’immatriculation de trois assiettes foncières ainsi libellées : Zone d’activités de Diamniadio : 125 ha ; Diamniadio Sud : 113 ha ; Diamniadio Nord Sn Hlm : 390 ha.

Profitant de ces actes administratifs au contenu rigoureusement encadré par la loi, les préposés à leur mise en œuvre se sont servis desdits actes pour atteindre frauduleusement le patrimoine foncier de Dougar », expliquait Daouda Faye, coordonnateur du Cadre de réflexion et d’actions pour le développement de Dougar, au cours d’une rencontre avec la presse en janvier dernier.

L’affaire a commencé en 2009

Depuis lors, les populations de Dougar qui dénoncent ce projet sont dans une lutte contre le promoteur. Actuellement, il ne se passe pas une semaine sans que des affrontements ne soient notés entre les jeunes et les forces de la gendarmerie. La dernière en date a eu lieu le week-end de lendemain de Korité.

Mbaye Diouf, délégué de quartier de Lossa, revient sur l’histoire de ce projet qui était à l’origine confié à des Malaisiens, mais dont les prototypes de villa n’ont pas convaincu l’ancien Président Abdoulaye Wade. « L’affaire a commencé depuis 2009, ils sont venus s’installer sur nos champs sans crier gare. Ils ne nous ont apporté aucun papier encore moins engagé de discussion.

Ils nous ont fait croire que l’espace leur a été octroyé pour des travaux de construction de logements. Nous avons pris sur nous de vérifier le document et il s’est avéré que la zone qui leur a été attribuée par décret se situe sur l’emplacement actuelle de la brigade de gendarmerie, sur une superficie de 80 ha.

Il s’agit d’un site qui a été octroyé à des Malaisiens pour la construction de logements par l’ancien Président Abdoulaye Wade », explique le chef de village. Après visite des maisons témoins Me Wade leur avait dit que les logements étaient petits et le projet a été abandonné, se rappelle-t-il.

Combats jusqu’à l’arrêt total du projet

La société Peacok avait hérité de ce site pour construire aussi des logements. C’est par la suite, selon l’autorité locale, que cette société est venue s’installer sur leurs terres sans aucune base légale.

« Le décret qu’ils brandissent est le même qui date de 2009. Aucun autre décret n’est venu l’abroger ou changer quoi que ce soit dans les dispositions.

Depuis lors, nous les avons mis au défi pour une confrontation des documents, mais ils ne veulent pas de cette rencontre », se désole le chef de village, qui conteste tout droit de cette société sur ces terres. Et le responsable d’annoncer la poursuite des combats jusqu’à l’arrêt total du projet.

« Maintenant nous nous battrons contre eux jusqu’à la dernière énergie. Le week-end dernier, il y a eu des affrontements avec les forces de la gendarmerie au cours desquels 36 personnes ont été arrêtées. Douze parmi elles ont été libérées, le reste est disséminé entre les brigades de Diaminiadio, de Sébikotane et de la Zone franche industrielle », ajoute-t-il.

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Les populations de Dougar ont prévu d’organiser, le dimanche 23 mai prochain, une marche avec les membres de Y en a marre et de Frapp France Dégage. C’est dire que ce bras de fer est loin de connaître son épilogue. Nos tentatives d’entrer en contact avec le promoteur Peacock Investment ont été vaines.

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