Un scandale révélateur! Eurodéputés corrompus par le Qatar. Des eurodéputés corrompus ? Une vice-présidente du Parlement écrouée. Le Qatar a-t-il influé sur les politiques de lâUnion européenne ? Voilà la question qui se pose après les arrestations de six personnes à Bruxelles. Quatre dâentre elles ont été écrouées dimanche, dont la vice-présidente du Parlement européen Eva Kaili.
Eurodéputés corrompus : un scandale révélateur

Au cours des perquisitions à Bruxelles, la police a mis la main sur 600 000 euros en liquide. Ces soupçons de corruption sont un choc pour des institutions européennes, en plein bras de fer avec la Hongrie, également accusée de corruption.
Dimanche dernier, le journal The Sunday Times a provoqué une vague d’indignation en annoncant avoir réussi à piéger trois eurodéputés.
Le principe est simple : les parlementaires ont accepté d’importantes sommes d’argent en échange du dépôt d’amendements à des projets de loi en cours. Une affaire qui interroge sur les moyens mis à disposition du Parlement pour lutter contre la corruption et souligne le flou qui entoure le travail des lobbyistes.
Corruption des eurodéputés

Les réactions ne se sont pas fait attendre, hier, suite à lâannonce par des journalistes de graves soupçons de corruption à lâencontre de trois eurodéputés.
La révélation par le Sunday Times des marchés passés par les journalistes, qui se sont fait passer pour des lobbyistes, avec le Slovène Zoran Thaler, lâAutrichien Ernst Strasser et le Roumain Adrian Severin ont provoqué un tollé au sein du Parlement.
Pendant huit mois, deux journalistes ont contacté presque 60 eurodéputés pour leur proposer le dépôt dâamendements en échange de 100 000 euros par an.
14 ont accepté de les rencontrer, trois dâentre eux acceptant leur arrangement qui portait notamment sur la responsabilité des banques en matière de protection des consommateurs.
Deux des députés ont spontanément démissionné, les deux groupes politiques concernés – PPE et S&D – ayant fait part de leur volonté immédiate de sanctionner les incriminés, dans le cas où les accusations sâavéreraient justifiées.
Pour Martin Schulz, président du groupe S&D, les députés ont âdéshonoré lâinstitutionâ , tandis que son homologue du PPE Joseph Daul a indiqué quâil ne tolèrerait âaucun comportement contraire à la morale et à lâéthiqueâ .
M. Strasser a donc démissionné le premier, suivi par son collègue Zoran Thaler. M. Severin, vice-président de S&D a pour sa part été exclu de son groupe parlementaire. Ces deux derniers sont sur la même ligne de défense : ils prétendent avoir compris dès le début la nature de la machination.
Mais que fait le Parlement ?

Le dossier complet de lâaffaire sera analysé par le Parlement européen, qui a dâores et déjà ouvert une enquête. En cas de fraude ou de corruption, câest lâOffice européen de lutte antifraude (OLAF) qui est en charge de mener lâenquête administrative.
Il a pour rôle de déterminer si la ou les personne(s) concernée(s) par lâenquête ont violé le âStatut des fonctionnaires des Communautés européennesâ .
Statut qui même sâil ne concerne pas directement les eurodéputés, âsâapplique en cas de manquement grave à une obligation commis par un membre dâune institutionâ , précise lâarticle 22 : câest le cas de la fraude ou de la corruption.
En cas de faute grave, lâOLAF se voit donc confier une enquête sur la âfaute personnelle grave visée à lâarticle 22â ou âmanquement aux obligations analogues des députés ou du personnel du Parlement européen non soumis au statutâ .
Les eurodéputés sont enfin tenus de déclarer toute activité rémunérée. Cette réglementation est toutefois mise à mal par la quasi absence de contrôle au cours du mandat.

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De leur côté, les mis en cause bénéficient certes dâune immunité parlementaire tout comme les élus nationaux, mais celle-ci nâest pas valable en cas de flagrant délit comme câest précisément le cas dans lâaffaire révélée par le Sunday Times, les journalistes sâappuyant sur des enregistrements vidéo.
Par ailleurs, le Parlement peut décider de sa propre initiative de lever lâimmunité de lâun de ses membres.
Si lâun des membres du Parlement viole ces principes, câest au président, en lâoccurrence Jerzy Buzek de décider dâune sanction appropriée suite à une audition. Celle-ci peut aller dâun simple blâme à la suspension du mandat.
Réglementer les lobbies

Cette affaire pose aussi la question du rôle des lobbyistes, qui reste pour le moins opaque. Certes, il existe un code de conduite instauré par la Commission européenne et qui vise à améliorer la transparence, ainsi quâun registre des représentants dâintérêts auprès de la Commission.
Problème : ce registre est facultatif, et seuls ceux qui y figurent sont tenus de respecter le code de conduite⦠soit 3762 personnes sur une population évaluée en 2008 à 15 000 personnes par Siim Kallas, actuel vice-président de la Commission chargé des transports. Il existe par ailleurs une liste des groupes dâintérêts accrédités auprès du Parlement.
Un registre et un code de conduite communs aux deux institutions devrait être créé dans les prochains mois.
Un projet a été présenté en décembre 2010, et doit maintenant faire lâobjet dâune approbation par les institutions concernées.
Mais lâenregistrement, et par conséquent le code de conduite, resteraient facultatifs. Lâaction des nombreux groupes de pression non enregistrés pourrait donc demeurer peu connue et non contrôlée.
En savoir plus
- Règlement intérieur du Parlement européen
- Code de conduite de la Commission pour les groupes dâintérêts
- Statut des fonctionnaires des Communautés européennes
- Projet dâaccord sur lâétablissement dâun âregistre de transparenceâ













