Une excursion au Cameroun pour découvrir la vie cachée de Ibrahim Mbombo Njoya, roi bamoun et homme dâÃtat. à la fois gardien des traditions et figure politique du Cameroun moderne, lâancien roi des Bamouns savait manier lâart du compromis. Il avait conservé aussi bien sa liberté de ton que lâamitié de Paul Biya.
Ibrahim Mbombo Njoya est décédé le 27 septembre 2021
Depuis le 10 octobre, le peuple bamoun a un nouveau sultan. Le suivi de lâactualité voudrait que nous lui consacrions désormais nos écrits.

Mais comment répondre à cette injonction sans une dernière adresse aux détracteurs de son prédécesseur, le sultan Ibrahim Mbombo Njoya, dépeint comme un personnage diaboliquement retors.
à leurs yeux, peu importe la profusion de cérémonies dâhommage, de Paris à Foumban en passant par Yaoundé et Douala, ou même les milliers de messages de sympathie.
Peu importe aussi que ces cérémonies aient réuni Bamoun, Camerounais et Africains de tous horizons.
Que des foules se soient massées le long du parcours du cortège ponctué dâarrêts dans diverses localités.
Ses détracteurs devraient le savoir, le dix-neuvième sultan était une personnalité paradoxale qui, mieux que quiconque, savait gérer ses contradictions.

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Remarquable popularité
Il était, en effet, un «â¯militant fidèle et loyalâ¯Â» du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, parti au pouvoir), comme lâa indiqué le président Paul Biya dans une lettre de condoléances où transparaissaient sa proximité et sa singulière considération pour le défunt monarque.
![Urgent ! Décès de Ibrahim Mbombo Njoya, roi bamoun (Cameroun) et homme dâÃtat 3 Parler la maladie. Querelles et langage chez les Ide du Cameroun [article]](https://i0.wp.com/www.kafunel.com/wp-content/uploads/2019/10/Parler-la-maladie.-Querelles-et-langage-chez-les-Ide-du-Cameroun-article.jpg?resize=696%2C392&ssl=1)
Comptant parmi les artisans de la transformation de lâUnion nationale camerounaise (UNC, parti unique sous Ahmadou Ahidjo) en RDPC, il en était devenu une des figures majeures, siégeant dans ses plus hautes instances, allant à la castagne pour son parti, nâhésitant pas à se présenter sous sa bannière en 1996 ou à en soutenir les candidats lors de consultations locales. Désigné sénateur, le patron politique de cette formation dans la région de lâOuest avait conservé lâardeur du militant.
Pourtant, Ibrahim Mbombo Njoya échappait à la trombe de critiques qui sâabattait sur les autres barons du régime et aux portraits au vitriol quâon faisait de ces éminences grises.
Aidé par le prestige de la dynastie royale de ses pères, lâépopée du roi Njoya et la forte notoriété de la fête du Nguon quâil avait réhabilitée, il avait acquis une remarquable popularité en adoptant des positions à contre-courant de ses camarades de parti.
Le palais des rois bamouns à Foumban était devenu un passage obligé pour les figures de lâopposition

Ainsi, en 2019, lors du Grand dialogue national destiné à mettre fin à la guerre dans les régions anglophones, il détonna.
Faisant fi dâun ordre du jour convenu, il proposa une réforme de la Constitution introduisant lâélection à deux tours et un mandat limité pour le président de la République.
Une récidive, puisque, en 2008 déjà , dans le sillage dâun débat incandescent sur lâabrogation de la limitation des mandats adoptée dans la Constitution de 1996, il avait exprimé, dans un entretien accordé à un quotidien local, de fortes réserves sur le texte de loi introduit par le gouvernement.
Lâempreinte dans lâopinion en a été indélébile. Aux prises avec Adamou Ndam Njoya, figure de lâopposition et président de lâUnion démocratique du Cameroun (UDC), lors de lâélection municipale choc de 1996 â très largement remportée par ce dernier â, Ibrahim Mbombo Njoya conservait une audience de poids dans le département du Noun.
Une aura entretenue par des populations qui distinguaient le Mfon (« roi » dans la langue locale) du baron du RDPC.

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Lâart du compromis
Sous son règne, le palais des rois bamouns à Foumban était devenu un passage obligé pour les figures de lâopposition qui, le temps dâune visite, observaient une trêve des batailles politiciennes.
Cet art de la composition, des compromis et du slalom peut sâexpliquer par les leçons quâil avait retenues de lâhistoire et les ponctuations de sa longue carrière administrative, diplomatique, gouvernementale et politique.
Son père, Seidou Njimoluh Njoya, avait hérité, quatre ans avant sa naissance, du trône de lâune des dynasties traditionnelles les plus anciennes du Cameroun dans un contexte de crises et tensions.
Le règne de son propre géniteur, le roi Njoya, réputé pour ses inventions et ses innovations, avait été marqué par la vive hostilité de lâadministration française.
Il fallut donc à Njimoluh un sens politique à toute épreuve et des talents de diplomate pour sauver cette lignée royale du bannissement.
Ibrahim Mbombo Njoya, roi bamoun et homme dâÃtat

Il fit face à ceux qui avaient déporté son illustre grand-père avec un grand sens de lâouverture
Câest dans cet esprit quâévolua le jeune Ibrahim Mbombo Njoya, né en 1937. à son initiation aux us et coutumes, à lâart et aux secrets de cour en terre bamoun sâajouta un cursus à lâoccidentale, entre Foumban et Yaoundé, puis à Paris et à Dakar.
Il apprit à établir des ponts entre deux mondes, celui de lâhéritage ancestral de ses pères et celui, introduit depuis lâentrée des Allemands à Foumban (en 1902) par la présence coloniale, notamment celle des Français, qui administraient le territoire.
Il se lia dâamitié avec des chercheurs français, parmi lesquels Claude Tardits, dont il facilita lâarrivée à Foumban, terreau dâune étude dâanthologie sur lâhistoire du royaume bamoun.

Sa curiosité le porta aussi à observer les rapports entre lâislam et les traditions africaines.
Ou encore la cohabitation entre cette religion, adoptée par une partie de son peuple à la fin du XIXe siècle, et le christianisme, introduit en pays bamoun en 1902.
Le fil dâariane de la conciliation, du dialogue et des croisements entre univers, mondes et logiques pluriels guida sa trajectoire. Il en donna les premiers signes en rejoignant le cabinet du haut-commissaire français en 1958.
Il fit ainsi face à ceux qui avaient déporté son illustre grand-père trois décennies auparavant avec un sens de lâouverture et une démarche stratégique inspirés de son père Njimoluh.
Devenu député-maire de la ville de Foumban, ce dernier sâétait opposé à Félix-Roland Moumié, lâun des indépendantistes camerounais les plus déterminés devenu héros national.

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Stature dâhomme dâÃtat
Lâambition était doubleâ¯: dâune part, préserver la dynastie et certaines traditions tout en sâadaptant aux évolutions de son époque et, dâautre part, faire partie des sphères dâinfluence et de décision du Cameroun moderne.
Côté traditions, il procéda à la remise en selle du Nguon, une cérémonie traditionnelle interdite en 1924 par lâadministration française : il en systématisa lâorganisation tous les deux ans, portant le dossier de son inscription au patrimoine immatériel de lâUnesco.
Il entreprit, aussi, la construction dâun musée figurant le serpent à deux têtes, symbole royal, qui nâattendait plus que son inauguration.
Ibrahim Mbombo Njoya avait également gravi lâessentiel des échelons de la haute administration camerounaise, jusquâà atteindre les places fortes du gouvernement, se forgeant une stature dâhomme dâÃtat.

Conservant aussi bien une liberté de ton que lâamitié de Paul Biya, ce baron du RDPC avait par ailleurs réussi à apparaître comme un militant de lâalternance. Comme une invitation adressée à ceux de sa génération à passer la mainâ¦
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