Le journaliste Mamadou Kassé raconte lâévolution de la presse sénégalaise, trente ans après la Déclaration de Windhoek. Le journaliste sénégalais Mamadou Kassé raconte dans un ouvrage collectif et bilingue (français et anglais) comment la presse sénégalaise a évolué au cours des trente dernières années, à la suite de la Déclaration de Windhoek pour une presse africaine indépendante et pluraliste.
Mamadou Kassé (journaliste) raconte lâévolution de la presse sénégalaise, trente ans après la Déclaration de Windhoek

Kassé rappelle que les médias ââconstituent une composante essentielle dans la promotion de la démocratie, de la bonne gouvernance et des droits de lâhommeââ.
Le livre de 212 pages paru en octobre dernier est le fruit de contributions de journalistes et dâéditorialistes de plusieurs pays dâAfrique : Angola, Bénin, Botswana, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Côte dâIvoire, Eswatini, Ghana, Guinée, Kenya, Lesotho, Maurice, Namibie, Niger, Nigeria, Ouganda, République démocratique du Congo, Sénégal, Tanzanie et Zambie.
Lâouvrage intitulé ââTracing the footprints of the Windhoek Declaration and Charting the Windhoek Declarationââ a été publié avec la collaboration de lâUnesco. Des éditeurs africains et des universitaires des pays déjà cités, parmi les 38 représentés en 1991 au séminaire de l’Unesco à Windhoek sur lâexercice du métier de journaliste, y ont contribué. Cette rencontre tenue dans la capitale de la Namibie avait donné naissance à la Déclaration de Windhoek pour une presse africaine indépendante et pluraliste.
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Dans son article intitulé ââLa presse sénégalaise, 30 ans après Windhoekââ, Mamadou Kassé rappelle que ââce nâest quâà partir de 1974 (â¦) que la presse privée dâinformations générales fit son apparition avec, notamment, le journal satirique Le Politicien, du journaliste Mame Less Dia, le journal Promotion, de Boubacar Diopââ. ââDâautres petits journaux à durée de vie plus ou moins courteââ ont ensuite existé au Sénégal, a-t-il ajouté.
ââCertains dâentre eux duraient le temps dâune élection et étaient financés par les politiciensââ, écrit Kassé, soulignant que ââla chute du mur de Berlin, qui consacre la fin de la guerre froide, a entraîné le dépérissement des journaux de gauche jusque-là soutenus par les pays de lâEstââ.
ââCette rupture avec les pays socialistes consacre la fin des journaux dâopinionââ, tandis que ââle début de la professionnalisationââ de la presse sâopère ââavec lâarrivée des journalistes formés à lâuniversitéââ, poursuit Mamadou Kassé, ancien rédacteur en chef du quotidien Le Soleil.
Le Centre dâétudes des sciences et techniques de lâinformation (Cesti) de Dakar a fourni de jeunes journalistes qui, ââpetit à petit, ont pris la place dâanciens instituteurs où agents nâayant pas pu bénéficier dâune formation en journalismeââ, note-t-il. Dès lors, la qualité des journaux ââsâen trouvait améliorée en termes de contenus et de mise en pageââ.
Mamadou Kassé signale que ââla naissance de ces journaux, à partir de 1987, est facilitée par le fait que la liberté de presse et dâexpression est garantie par la Constitution sénégalaiseââ, selon laquelle ââchacun a le droit dâexprimer et de diffuser librement ses opinions par la parole, la plume, lâimage, la marche pacifique, pourvu que lâexercice de ces droits ne porte atteinte ni à lâhonneur et à la considération dâautrui ni à lâordre publicââ.
ââLa mutationââ des grands groupes de presse

Il relève, entre autres dispositions relatives à la liberté dâexpression, la loi du 2 février 1996 instituant le Code de la presse, qui dispose que ââtout organe de presse peut être publié sans autorisation préalable et sans dépôt de cautionnement, après avoir procédé à un dépôt légal, avant sa distribution, au ministère de lâIntérieurââ.
ââCette disposition a permis la création de plusieurs organes de presse à partir de 1987, avec Sud Magazine, Walf Hebdo, Le Cafard libéré, Le Témoinââ, puis, à partir de 1996, les groupes de presse tels que Sud Communication et Wal Fadjri, constitués de quotidiens et de radios.
ââLa création des groupes de presse résulte, pour lâessentiel, de la Déclaration de Windhoek, qui prône une plus grande liberté de presse et lâaccès des populations à lâinformationââ, écrit Kassé, rappelant quâà partir de 2000, avec la première alternance démocratique au Sénégal, ââon assista à une explosion du paysage médiatique, avec des dizaines de journaux et de radios démontrant ainsi la vitalité de la presse sénégalaiseââ.
Mamadou Kassé évoque ââla mutationââ des grands groupes de presse comprenant des radios, des chaînes de télévision, des quotidiens et dâautres périodiques, à partir de cette première alternance. Ce changement sâest accéléré avec lâarrivée de nouveaux investisseurs, dont des hommes dâaffaires, des capitaines dâindustrie et des artistes, dont le chanteur Youssou NâDour.
Le journaliste insiste sur le fait que le business-plan de ces investisseurs ââest basé sur une approche axée sur le multimédia (presse, audiovisuel, numérique), afin de capter le maximum de marchésââ.
Cette expansion des groupes de presse a conduit le ministère de la Communication à entamer en 2011 des concertations, dans le but de ââfaire lâinventaire des entreprises exerçant dans le domaine des médias (radiodiffusion, télévision, presse écrite, presse en ligne)ââ, rappelle encore le journaliste.
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Kassé aborde également la question des statistiques financières des entreprises, la subvention annuelle à la presse, qui est passée de 80 millions de francs CFA en 1990 à 700 millions en 2015 et 1,4 milliard de francs en 2021.
ââQuelque 200 organes de presse sont inscrits dans ce programme de subvention (presse écrite, radios, télévisions, sites dâinformation), ainsi que les écoles de formation en journalismeââ, rappelle-t-il.
Dans sa contribution, Mamadou Kassé sâest intéressé aussi aux organes de régulation et dâautorégulation des médias au Sénégal : le Conseil national de régulation de lâaudiovisuel et le Conseil pour lâobservation des règles dâéthique et de déontologie des médias. Il a rappelé les efforts visant à professionnaliser davantage le secteur des médias, avec lâétablissement de la carte nationale de presse délivrée aux journalistes et aux techniciens.
ââDes contenus et des orientations éditoriales parfois instablesââ

Il convient de âârelativiser la viabilité des médias, qui nâont pas les mêmes statuts, les mêmes modes de financement et les mêmes formes de gestionââ, note aussi Kassé, estimant que ââcâest la raison pour laquelle certaines [entreprises de presse] à financement unipersonnel ne vivent pas longtemps, tandis que les groupes de presse disposant dâoutils de gestion performants arrivent à tenirââ.
Pour la seconde catégorie, il cite Sud Communication, Wal Fadjri et le groupe Futurs Médias, ââqui résistent à la concurrence des organes financés entièrement par lâEtat, à savoir la RTS, lâAPS et Le Soleilââ. ââCertains journaux et radios créés et financés par des hommes politiques ont disparu, avec la perte du pouvoir de ces hommes politiquesââ, fait-il remarquer.
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A cette situation, note Mamadou Kassé, ââsâajoute le prix du journal jugé très faible par rapport au coût de réalisation (100 ou 200 francs CFA, pour les quotidiens)ââ. ââLa publicité aussi ne suit pas toujours. Sans grand tirage, avec des ventes insignifiantes et très peu de publicité, les médias ne peuvent pas vivre très longtemps. Câest pourquoi certains dâentre eux migrent vers les médias électroniquesââ, écrit-il.
ââCertains parmi les médias, malgré leur pluralité et leur diversité, ne semblent pas capables de fonctionner indépendamment des politiques, du gouvernement, des entreprises et des (â¦) influences religieusesââ, a constaté le journaliste.
Obligations dâune entreprise commerciale

Il ajoute que ââles contenus et les orientations éditoriales parfois instables sont déterminés par ces hommes politiques, qui financent certaines publicationsââ.
Mamadou Kassé signale que les journalistes réclament encore lâapplication intégrale du Code de la presse, qui confère aux groupes de presse ââles obligations dâune entreprise commercialeââ.
En attendant, constate-t-il, ââbeaucoup de journalistes se rabattent sur lâInternet et les réseaux sociaux, ou adhèrent à lâAssociation des professionnels de la presse en ligneââ, tandis que ââdâautres font des piges dans les télévisions ou profitent des plateformes YouTube, Facebook, etc.ââ
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ââCâest dire que la presse sénégalaise est une presse dynamique, critique, voire agressive, mais elle manque de moyensââ, poursuit Kassé, estimant que le secteur privé ne juge pas la presse âârentableââ.
ââLes hommes dâaffaires ne sont pas convaincus de la viabilité des médias et ceux qui sây aventurent disent le regretter du fait de la faiblesse de la publicitéââ, écrit-il.
Toutefois, souligne le journaliste, ââdes initiatives sont prises çà et là pour relancer le secteur et valoriser le travail des journalistes et des médias, qui constituent une composante essentielle de la promotion de la démocratie, de la bonne gouvernance et des droits de lâhommeââ.













