Les Bissau-guinéens ont commencé à voter dimanche pour élire leur nouveau président, avec lâespoir de lever un blocage où sâest empêtrée depuis des années une classe politique réputée corrompue et incapable de répondre aux besoins élémentaires dâune population parmi les plus pauvres au monde.
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âJe viens de voter, un geste très important pour moi et pour tout le pays car nous espérons que le pays tournera définitivement la page sombre de lâinstabilitéâ, a déclaré à lâAFP Victor Nafassa, président dâun bureau de vote de Luanda, un quartier de la capitale Bissau.
âTout le matériel est en place, les candidats sont représentés. Nous avons démarré à 07H05â, avec à peine quelques minutes de retard, a-t-il ajouté, alors que des policiers surveillent les alentours et que des observateurs nationaux et internationaux surveillent le déroulement des opérations.
Les bureaux de vote doivent rester ouverts jusquâà 17H00 (GMT et locales). Les premières tendances sont attendues en début de semaine. La date du 29 décembre a été retenue pour un second tour hautement probable.
Si la campagne sâest déroulée pratiquement sans heurts, une certaine inquiétude de lendemains difficiles habite les près de 700.000 électeurs appelés aux urnes pour départager les 12 candidats âtous des hommesâ.
âJâespère quâil nây aura pas de problème après le vote. Depuis lâindépendance, la Guinée est dans les problèmes. Vous voyez vous même lâétat du paysâ, explique Justin Malang, un chauffeur de 47 ans, alors que près de 70% de des quelque 1,8 million de Bissau-guinéens vivent avec moins de 2 dollars par jour.
Cette ancienne colonie portugaise dâAfrique de lâOuest, abonnée aux coups dâEtat depuis son indépendance en 1974, a vécu ces quatre dernières années au rythme des querelles entre le président José Mario Vaz et la principale formation du pays, lâhistorique Parti africain pour lâindépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC).
M. Vaz, élu en 2014 sous lâétiquette du PAIGC avant dâen être exclu, avait provoqué lâétincelle en limogeant en août 2015 son Premier ministre, Domingos Simoes Pereira, chef de cette même formation.
Sous sa présidence, les Premiers ministres se sont succédé les uns après les autres, sous le regard inquiet des pays dâAfrique de lâOuest, qui ont multiplié les efforts de médiation.
Dans le même temps, des grèves dâenseignants réclamant le paiement dâimportant arriérés de salaires paralysaient pendant des mois un secteur de lâéducation en déshérence.
Favoris issus du système
Deux semaines avant la présidentielle, la communauté internationale sâinquiétait encore dâune remise en question de lâélection et même de ârisques de guerre civileâ, mais la campagne sâest déroulée dans une ambiance festive, avec des bruyantes caravanes de candidats rassemblant des milliers de personnes.
âCâest déjà un défi dâavoir organisé cette élection. Câest un pas qui a été franchiâ, a confié à lâAFP Julien Nounontin Oussou, chef du Groupe des organisations de la société civile locale (Gosce).
Les favoris de lâélection sont issus du système et ont été des acteurs des crises des dernières années, à commencer par le président sortant, José Mario Vaz, et par son grand rival Domingos Simoes Pereira. Il y a aussi Umaro Sissoco Embalo, à la tête dâune dissidence du PAIGC, ou encore Nuno Nabiam, battu au second tour en 2014.
Chassé par les militaires entre les deux tours alors quâil était favori de lâélection de 2012, lâex-Premier ministre Carlos Gomes Junior tente à nouveau sa chance.
Après des années dâaccusations de corruption et de trafic de drogue, le nouveau président pourrait être tenté dâamener avec lui âhaine, rancoeurs et règlements de comptesâ, a confié un analyste à lâAFP, en estimant que âbeaucoup dâhommes politiques vont devoir sâexilerâ pour échapper à des poursuites judiciaires.
Lâarmée va-t-elle rester dans ses casernes ?
La présence de militaires en armes devant les grilles de la présidence et de véhicules de lâEcomib, la force de la Communauté économique des Etats dâAfrique de lâOuest (Cédéao) déployée dans le pays depuis le coup dâEtat de 2012, rappellent que lâhistoire de la Guinée-Bissau est jalonnée de putschs et dâassassinats politiques.
Mais lâarmée nâest pas intervenue au cours des cinq dernières années et son chef, le général Biaguê Na Ntam, a assuré quâelle ne pensait âplus à fomenter des coups dâEtatâ, laissant augurer quâelle restera dans ses casernes.
Avec AFP













