15 juin 1667 : première transfusion sanguine dâun agneau à un être humain. Injection sang d’un animal à l’homme – Histoire de France et Patrimoine . (Dâaprès « Encyclopédie ou Dictionnaire universel raisonné des connaissances humaines » (Tome 41), paru en 1775) .
Câest à  Jean-Baptiste Denis que lâon doit la première transfusion sanguine pratiquée sur lâêtre humain, point culminant de lâhistoire de cette science : connaissant les expériences menées par le médecin anglais Richard Lower sur les animaux, il les avait répétées et en avait fait de nouvelles, quand il se décida à  injecter, dans les veines dâun jeune malade, huit onces de sang artériel dâun agneau, le 15 juin 1667, et renouvelant, encouragé par ce premier succès, lâexpérience sur dâautres sujets…
La prudence aurait ce semble exigé du docteur Denis quâil fît les premières tentatives dâune transfusion, si hasardeuse, sur un criminel condamné à la mort ; quelles quâen eussent été les suites, personne nâaurait eu lieu de se plaindre ; le criminel voyant une espérance dâéchapper à la mort, sây serait soumis volontiers.
Mais Denis nâopta pas pour cette expérience, dans la crainte quâun criminel déjà altéré par lâappréhension de la mort, et qui pourrait sâintimider davantage par lâappareil de lâopération, ne la considérant que comme un nouveau genre de mort, ne tombât dans des faiblesses ou dans dâautres accidents que lâon ne manquerait pas dâattribuer à la transfusion.
Il aima mieux attendre quâune occasion favorable lui fournît un malade qui souhaitât cette opération, et qui lâéprouvât avec confiance, parce que un sujet ainsi disposé aiderait par lui-même aux bons effets de la transfusion.
Mais pour pratiquer la transfusion sur les hommes, il avait à choisir, ou du sang dâun autre homme ou du sang des animaux ; vivement frappé de la barbarie quâil y aurait de risquer dâincommoder un homme, dâabréger ses jours pour en guérir, ou faire vivre plus longtemps un autre. Il se détermina pour le sang des animaux, et il crut dâailleurs trouver dans ce choix dâautres avantages/

Tout dâabord, il imagina que les brutes dépourvues de raison, guidées par les seuls appétits naturels ou lâinstinct, et par conséquent exemptes de toutes les débauches et les excès auxquels les hommes se livrent, sans doute par un effet de la raison, devoient avoir le sang beaucoup plus pur quâeux.
Ensuite, il pensa que les mêmes sujets dont la chair servait journellement à la nourriture de lâhomme, devaient fournir un sang plus analogue et plus propre à se convertir en sa propre substance.
Il compta encore sur lâutilité des préparations quâil ferait aux animaux avant dâen employer le sang, persuadé quâil serait plus doux et plus balsamique lorsquâon aurait eu soin de nourrir pendant quelques jours les animaux plus délicatement ; il aurait dû ajouter quâon aurait pu par des remèdes convenables, donner à leur sang des qualités plus appropriées aux maladies de ceux qui devaient le recevoir.
Il aurait pu sâappyer sur lâhistoire de mélampe, à lâégard des filles du roi Prétus, et sur une pratique assez suivie de nourrir les cèvres, dont on fait prendre le lait à des malades avec des plantes salutaires.
Enfin, il sentit que lâextraction du sang se ferait plus hardiment et avec plus de liberté sur les animaux, quâon pourrait couper, tiller avec moins de ménagement, et prendre, sâil était nécessaire, du sang artériel et en tirer une grande quantité, et enfin les incommoder ou même les faire mourir sans sâen mettre beaucoup en peine.
Toutes ces raisons, moitié bonnes, moitié mauvaises, et toutes fort spécieuses, rengagèrent à se servir du sang des animaux pour en faire la transfusion dans les veines des malades qui voudraient sây soumettre.
La première expérience se fit le 15 juin 1667 sur un jeune homme, âgé de 15 ou 16 ans, qui avait essuyé depuis peu une fièvre ardente dans le cours de laquelle les médecins peu avares de son sang, lâavaient fait couler abondamment à vingt différentes reprises, ce qui nâavait sans doute pas peu aidé à la rendre plus opiniâtre ; cette fièvre dissipée, le malade resta pendant longtemps valétudinaire et languissant, son esprit semblait émoussé, sa mémoire auparavant heureuse, était presque entièrement perdue, et son corps était pesant, engourdi, et dans un assoupissement presque continuel.
Denis imagina que ces symptômes devaient être attribués à un sang épaissi et dont la quantité était trop petite ; il crut sa conjecture vérifiée, parce que le sang quâon lui tira, avant de pratiquer la transfusion, était si noir et si épais, quâil ne pouvait pas former un filt en tombant dans le plat.
On lui en tira environ cinq onces, et on introduisit par la même ouverture faite au bras, trois fois autant de sang artériel dâun agneau dont on avait préparé la carotide.
Après cette opération, le malade se couche et se releve, suivant le rapport de Denis, parfaitement guéri, ayant lâesprit gai, le corps léger et la mémoire bonne, et se sentant de plus très soulagé dâune douleur quâil avait aux reins à la suite dâune chute faite le jour précédent.
Il rendit le lendemain trois ou quatre gouttes de sang par le nez, et se rétablit ensuite de jour en jour, disant nâavoir senti autre chose pendant lâopération quâune chaleur très considérable le long du bras.

Ce succès, dit Denis, lâengagea à tenter une seconde fois cette opération ; on choisit un homme robuste et bien portant, qui sây soumit pour de lâargent ; on lui tira dix onces de sang, et on lui en remit le double pris de lâartère crurale dâun agneau.
Le patient nâéprouva comme lâautre, quâune chaleur très vive jusquâà lâaisselle, conserva pendant lâopération sa tranquillité et sa bonne humeur, et après quâelle fut finie, il écorcha lui-même lâagneau qui y avait servi, alla le reste du jour employer au cabaret lâargent quâon lui avait donné, et ne ressentit aucune incommodité (lettre de Denis à M. de Montmor, 25 juin 1667).
II se présenta bientôt une autre occasion de pratiquer cette opération, mais où son efficacité ne fut pas aussi démontrée, de lâaveu même des transfuseurs, que dans les cas précédents.
Le baron Bond, fils du premier ministre du roi de Suède, se trouvant à Paris, fut attaqué dâun flux hépatique, diurétique et bilieux, accompagné de fièvre.
Les médecins, après avoir inutilement employé toutes sortes de remèdes que la prudence leur suggéra, câest-à -dire nombre de saignées du pied et du bras, des purgations et des lavements, le malade fut, comme on lâimagine aisément, si affaibli quâil ne pouvait plus se remuer, perdit la parole et la connaissance, et un vomissement continuel se joignit à ces symptômes : les médecins en désespérèrent.
On eut recours à la transfusion, comme à une dernière ressource. Le docteur Denis et le chirurgien Emmeretz ayant été mandés, après quelques légers refus, lui transfusèrent environ deux palettes de sang de veau. Le succès de cette opération ne fut point, selon eux, équivoque.
Le malade revint à lâinstant de son assoupissement, les convulsions dont il était tourmenté cessèrent, et son pouls enfoncé et fourmillant parut se ranimer ; le vomissement et le flux lientérique furent arrêtés.
Mais après être demeuré environ 24 heures dans cet état, tous ces accidents reparurent avec plus de violence. La faiblesse fut plus considérable, le pouls se renfonça, et le dévoiement revenu jeta le malade dans des syncopes fréquentes.
On crut quâil était alors à -propos de réitérer la transfusion ; après quâon lâeut faite, le malade parut reprendre un peu de vigueur, mais le flux lientérique persista toujours, et sur le soir la mort termina tous ces accidents.
Les transfuseurs firent ouvrir le cadavre, et rejetèrent le succès incomplet de leur opération sur la gangrène des intestins, et sur quelques autres dérangements quâon trouva dans les différents viscères.












