Covid-19 : comment est-on arrivé à une telle reprise de l’épidémie ? La deuxième vague de coronavirus est désormais bien installée en France, malgré les avertissements sur le sujet depuis l’été.
Malgré les menaces et les alertes de lâété, la deuxième vague de coronavirus sâest lentement installée en France. Au point, aujourdâhui, dâavoir des conséquences sanitaires inquiétantes.
Mais comment en est-on arrivé là ?
Ton grave et prévision dâun mois de novembre sinistre. La communication du gouvernement a pris un nouveau tour, jeudi 22 octobre. Outre lâextension du couvre-feu à 38 départements, Jean Castex et Olivier Véran ont dressé un tableau inquiétant de la situation sanitaire en France.

âLes semaines qui viennent seront dures […]. Le nombre de morts va continuer d’augmenter […]. Le mois de novembre sera éprouvant, nous le savons déjà â, expliquait notamment le Premier ministre.
Si le discours est devenu aussi grave, câest que les chiffres sont inquiétants. Au-delà de la hausse des contaminations, les hospitalisations et les admissions en réanimation sont également en augmentation, ainsi que les décès. Sans oublier que, dans plusieurs régions, les hôpitaux sont au bord de la saturation et que certains ont déjà dû déprogrammer des opérations et même déplacer des patients.
Mais comment en est-on arrivé à cette deuxième vague, qui pourrait même être âpire que la premièreâ ?
La sonnette dâalarme tirée depuis lâété
Pour le docteur Yvon Le Flohic, médecin généraliste co-auteur de plusieurs tribunes depuis le début de l’épidémie, il nây a là rien de vraiment surprenant.
âOn a toujours considéré, vu ce qui se passait cet été en Floride puis en Espagne, que la partie nâétait pas terminéeâ, nous explique-t-il.
âCâest toujours difficile de prévoir et de se projeter, mais on a toujours considéré quâil fallait continuer dâavancer sur la prévention. Lâidée, c’était de se préparer au cas oùâ, détaille-t-il.
âOn avait bien expliqué quâil y avait un risque de reprise, tout en disant quâon ne savait pas encore quelle serait lâampleur, ni la gravité de la situationâ, abonde Stéphane Gaudry, professeur de médecine intensive-réanimation à lâhôpital Avicennes, interrogé sur le sujet pour un précédent article.
âOn espérait quâavec les mesures barrières, la reprise serait contenue. Mais on sâest aperçu, au début du mois de septembre, que malheureusement ça ne serait pas le cas, en tout cas, que ce ne serait pas assez contenu pour préserver la qualité des soins pour tous les malades, Covid et non Covidâ, poursuit-il.
Dès le début du mois de septembre, plusieurs professionnels santé ont tiré la sonnette dâalarme sur la situation et sur les semaines qui allaient suivre. Le professeur Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique, faisait part de son inquiétude le 9 septembre.
Deux jours après, Laurent Papazian, professeur et chef de service de médecine intensive-réanimation à Marseille, annonçait que les hôpitaux de la ville étaient déjà au bord de la saturation. Le 18, câest lâAP-HP qui prévenait que les services des hôpitaux dâÃle-de-France seraient débordés dâici la fin du mois dâoctobre.
Une progression logique vers les plus vulnérables
Malgré ces mises en garde, les chiffres nâont cessé dâaugmenter. âÃa a été une progression assez linéaireâ, commente le docteur Yvon Le Flohic, même si plusieurs événements sont venus accélérer la propagation.
âIl y a eu beaucoup de contagions cet été, pendant les vacances, qui nâont été ni vues, ni dépistées. Les personnes atteintes sont ensuite rentrées dans les métropoles, et le virus sâest massivement diffusé dans le milieu scolaire et étudiantâ, poursuit-il.
Puis âsecondairement, ça a atteint toutes les classes dââgeâ, y compris les personnes âgées et vulnérables. Un mécanisme qui sâétait déjà observé lors de la première vague, rappelle le médecin.
Les chiffres des contaminations, dévoilés par Santé publique France chaque semaine, permettent dâailleurs de voir très clairement ce phénomène. Le taux dâincidence – le nombre de personnes atteintes rapporté à la population – a dâabord fortement augmenté chez les 15-44 ans dès la mi-juillet, alors quâil stagnait dans les autres catégories dââge. Puis, à partir du début du mois dâaoût, le taux dâincidence a commencé à augmenter chez les plus âgés, mais de manière bien plus lente.
Covid-19 en hausse progressive chez les plus âgés
Mais cette tendance sâest peu à peu inversée au fil de lâété. Durant les semaines du 17 au 23 puis du 24 au 30 août, lâaugmentation du taux dâincidence était la plus élevée chez les 15-44 ans puis chez les 0 à 14 ans.
Mais une bascule sâest opérée durant la première semaine de septembre. Lâaugmentation du nombre de nouveaux cas était la plus importante chez les 75 ans et plus (une hausse de 44% étaient enregistrée par rapport à la dernière semaine dâaoût), alors même que le taux de dépistage avait légèrement diminué dans cette catégorie.
Du 7 au 13 septembre, câest encore chez les 75 ans et plus que le taux dâincidence a le plus augmenté, atteignant les 45 cas pour 100 000 personnes, contre 28 la semaine précédente. Cette tendance sâest poursuivie. Du 12 au 18 octobre, le taux dâincidence a, une fois de plus, fortement augmenté chez les plus de 75 ans mais aussi chez les 65 à 74 ans, au point dâatteindre 195 cas pour 100 000 habitants dans la première catégorie et 164 pour 100 000 dans la deuxième.
Par ailleurs, 2 173 personnes de 75 ans ou plus étaient hospitalisées pour le Covid-19 le 25 août, elles étaient 6 691 le 20 octobre. Dans cette même catégorie dââge, les patients en réanimation sont passés de 101 le 25 août à 656 le 20 octobre.
Des décisions âau fur et à mesureâ par manque de visibilité
Pourquoi nâa-t-on pas pu stopper la deuxième vague avant quâelle ne prenne cette ampleur ? âLes décisions qui ont été prises en août et septembre relevaient plutôt du contrôle du risqueâ, commente Stéphane Gaudry, professeur de médecine intensive-réanimation à lâhôpital Avicennes.
âLa difficulté, câest quâon manquait de connaissance sur lâampleur que ça allait prendre : on a très peu de comparaison, câest une épidémie très récente et les modèles à long terme ne sont pas parfaitsâ, poursuit-il.
âOn a des modèles qui sont plutôt bons à 15 jours, 3 semaines. Mais au-delà , câest compliqué dâavoir des certitudesâ. Ce qui a conduit à prendre des décisions politiques âau fur et à mesureâ.
Des voix dissonantes pendant lâété
âLa population française est moins encline à accepter des mesures de restrictions importantes maintenantâ, commente Stéphane Gaudry. âIl y a un débat politique et social, que je peux comprendre dâailleurs. Mais il faut au moins quâon soit clair sur le diagnostic : le rebond est bel et bien là â.
Câest ce constat, justement, qui a tardé. Notamment parce quâune partie de la communication menée sur le sujet durant lâété a laissé penser que la deuxième vague nâarriverait jamais.
âOn a été confronté à des personnes qui disaient quâil ne se passerait rien, quâon avait plus de cas uniquement parce quâon faisait plus de tests… Certaines personnes se sont exprimées dans les médias en sâappuyant sur des convictions personnelles, qui nâétaient pas étayées par grand chose. Elles auraient dû sâabstenirâ, regrette le docteur Yvon Le Flohic.
Désormais, lâheure nâest plus à la remise en question de la deuxième vague, car le constat est sans appel : certains services déjà saturés, des plans blancs mis en place, des opérations reprogrammées, des patients en réanimation déplacés, entre 150 et 200 morts par jour.
Mais une question reste en suspend : âest-ce que lâépidémie va continuer de progresser linéairement ou de manière exponentielle ? Câest difficile de le dire, mais câest très mal engagé dans lâimmédiatâ, conclut le docteur Yvon Le Flohic.
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