Des hommes politiques célèbres, qui ont dirigé de très grands pays et laissé leur empreinte dans lâHistoire, étaient de santé fragile. Dans Ces malades qui nous gouvernent (éd. Librairie générale française), un ouvrage qui avait fait sensation à la fin des années 70, le docteur Pierre Rentchnick et Pierre Accoce avaient fait des révélations fracassantes sur le sujet. Tentative dâexplication de Kafunel.com dâun phénomène spécifique au continent noir.
A lire aussi :
Quand les africains souffrent de leurs chefs dâÃtat malades
Morceaux choisis:
«Franklin Roosevelt était malade à Yalta. Mais qui sait que sa tension artérielle atteignait alors trente à son maximum, oblitérant dramatiquement sa lucidité dans la négociation capitale quâil engageait avec Staline sur le partage du monde?»
Sur John Kennedy, autre président célèbre des Etats-Unis:
«Personne encore nâavait révélé que le président John Kennedy passait couché la moitié de ses journées atteint dâune grave maladie des glandes surrénales, à lâépoque même ou Khrouchtchev installait les fusées soviétiques à Cuba.»
Les précédents occidentaux
Leonid Brejnev était également un grand malade. Dans Le Grand Secret (Plon), Michel Gonod et le docteur Claude Gubler, médecin personnel de François Mitterrand, avaient levé le voile sur ce qui était longtemps demeuré un secret dâEtat:
«Le 16 novembre 1981, six mois après son élection à la présidence de la République, des examens médicaux révèlent que le premier président socialiste de la France était atteint dâun cancer de la prostate.»
Un mal qui allait lâemporter en janvier 1996. Ce qui ne lâavait pas empêché dâaller au bout de son premier septennat et dâen boucler un second.
Georges Pompidou a eu moins de chance. Il est décédé en avril 1974 pendant son premier mandat, de ce quâon appelle pudiquement une longue maladie.
Que de grands malades se retrouvent à la tête dâun pays, voire meurent au cours de leur mandat, nâest donc pas spécifique à lâAfrique. Ce qui est plus préoccupant sur le continent noir, câest la fréquence du phénomène.
En moins de deux décennies, ce fut une vraie hécatombe: Félix Houphouët-Boigny le premier président de la Côte dâIvoire est décédé le 7 décembre 1993; le roi Hassan II du Maroc, le 23 juillet 1999; le général Gnassingbé Eyadéma du Togo, le 5 février 2005; Lansana Conté de la Guinée-Conakry le 22 décembre 2008; Levy Mwanawassa qui présidait aux destinées de la Zambie le 19 août 2008; le Gabonais Omar Bongo Ondimba le 8 juin 2009; Umaru Musa YarâAdua du Nigeria, le 5 mai 2010.
Les raisons de la saignée
En Afrique, la mort fait généralement partie de la vie. On en parle volontiers, en invoquant les mânes des ancêtres ou des membres de la famille que lâon vénère.
En revanche, on rechigne à sâétendre sur la maladie, a fortiori quand elle est grave.
Du coup, inconsciemment, elle est rarement prise en compte comme un facteur déterminant pour confier des responsabilités à un individu.
En Guinée-Bissau, personne nâignorait que Malam Bacaï Sanha était très gravement atteint par la maladie.
Il était donc très risqué de le choisir comme candidat du Parti pour lâindépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-vert (PAIGC) à lâélection présidentielle en 2009.
Mais lâaura de cet ancien combattant contre lâex-puissance coloniale portugaise, et lâun des piliers de ce parti, a été la plus forte.
Même cas de figure pour Umaru Musa YarâAdua au Nigeria. Lâancien gouverneur de lâEtat du Katsina (nord du Nigeria) était un homme à lâintégrité reconnue.
Ce qui est plutôt rare chez les hauts dignitaires de ce pays classé parmi les plus corrompus au monde par lâONG allemande Transparency International.
Mais jamais il nâaurait dû être désigné comme le candidat du Parti démocratique du peuple, (PDP, le parti le plus puissant du pays) à lâélection présidentielle de 2007.
Tant la précarité de son état de santé était de notoriété publique. Il souffrait dâune péricardite aiguë liée à une insuffisance rénale.
En 2007, en pleine campagne électorale, il avait été évacué dâurgence en Allemagne après un évanouissement.
En 2008 après son élection, il a dû se faire soigner à plusieurs reprises en Allemagne et en Arabie Saoudite. Son décès le 5 mai 2010 à 59 ans à Abuja, après une nouvelle hospitalisation à Djeddah (Arabie Saoudite), nâa donc surpris personne.
Les malades du pouvoir
Le Zambien Levy Mwanawassa, mort lui aussi à 59 ans le 19 août 2008 à lâhôpital de Percy-Clamart en France, où il avait été transféré à la suite dâune attaque cérébrale lors du 11e sommet de lâUnion africaine à Charm-el-Cheikh en Egypte. Il était au pouvoir depuis 2002.
Seconde explication des ravages de la grande faucheuse parmi les chefs dâEtat africains: quand ils sâinstallent au pouvoir, ils sây incrustent, devenant en quelque sorte des présidents à vie.
Félix Houphouët-Boigny a régné sur la Côte dâIvoire, depuis l’indépendance du pays en 1960, jusquâà sa mort à 88 ans.
Gnassingbé Eyadéma a dirigé le Togo dâune main de fer pendant 38 ans, de janvier 1967 à 2005.
Il a rendu lââme à 71 ans.

Omar Bongo Ondimba, a présidé le Gabon pendant presque 42 ans, avant de pousser son dernier soupir à 74 ans. Lansana Conté, la Guinée, de 1984 à 2008.
Il a été, lui aussi, emporté par la maladie à 74 ans. A eux quatre, ils ont passé 137 années à la tête de leur pays.
Câest lâune des raisons pour lesquelles de plus en plus dâAfricains souhaitent que les mandats des chefs dâEtat soient désormais limités à deux et que les candidats à la magistrature suprême prouvent, certificat médical à lâappui, quâils sont en parfaite santé.












