Malgré lâexistence de dispositifs de prévention et dâaides financières, plus de dix mille ménages continuent dâêtre expulsés de leur logement chaque année en raison dâimpayés de loyer. Une analyse fine de leurs parcours montre que la baisse de leurs revenus est consécutive à une succession de difficultés de tous ordres. Lâeffet démobilisateur de cette accumulation de problèmes appelle un accompagnement social et juridique plus adapté, afin dâéviter lâexpulsion ou de préparer le relogement.
2 Facteur dâexclusion sociale, lâexpulsion locative a de graves conséquences pour ceux qui la subissent non seulement en raison du départ forcé du logement, mais aussi parce quâelle crée pour eux le risque de ne pas parvenir à se reloger dans des conditions dâhabitabilité acceptables.
3 Seule une minorité de ménages faisant lâobjet dâun jugement dâexpulsion parvient à se maintenir dans le logement, en trouvant notamment les moyens dâapurer la dette locative. Beaucoup dâautres, sous la pression de la menace dâexpulsion, quittent leur logement en cours de procédure, avant dâêtre effectivement expulsés, parfois précipitamment, quelquefois même sans solution de relogement. Sans que lâon sache vraiment évaluer leur nombre, on estime que la moitié des ménages pour lesquels une expulsion a été prononcée quittent ainsi leur logement spontanément, bien souvent au moment où le commandement de quitter les lieux leur est signifié.
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4 Troisième cas de figure : les personnes qui ne quittent leur logement que lorsque lâexpulsion effective est réalisée par lâintervention de la force publique. Elles sont estimées à plus de 10 000 chaque année en France. Pourtant, des dispositifs de prévention, renforcés en 2009 par la mise en place des Commissions de coordination des actions de prévention des expulsions locatives (Ccapex), interviennent à toutes les étapes de la procédure dâexpulsion. Les propositions dâaccompagnement social se multiplient. Malgré tout, pour certains ces filets de protection ne fonctionnent pas, sans que lâon ait une véritable compréhension des raisons pour lesquelles le processus dâexpulsion sâest poursuivi jusquâà son terme.
5 Comment ces ménages en sont-ils arrivés à rester dans un logement dâoù ils allaient être inévitablement expulsés ? Sâagit-il dâune méconnaissance de lâexistence des dispositifs de prévention ? Dâune volonté de ne pas les solliciter ? Ou bien ceux-ci comportent-ils des limites qui les rendent inopérants ? La question se pose de lâexistence dâune relation de causalité entre le parcours des ménages expulsés et la mise en Åuvre des dispositifs de prévention. La recherche de cette causalité consiste à comprendre comment des milliers de ménages en arrivent encore à lâexpulsion. Cet article sâappuie sur une étude qualitative initiée par lâAgence nationale dâinformation sur le logement (Anil), pilotée par lâAgence départementale dâinformation sur le logement (Adil) du Gard et mise en Åuvre par une quinzaine dâAdil. Les cent ménages rencontrés dans le cadre de cette étude ont expliqué les raisons qui les ont conduits à rester dans leur logement jusquâà ce quâils en soient expulsés (Adil du Gard, 2012).
La population des ménages expulsés, nouvelle figure de la pauvreté
6 Lâimpayé de loyers est à lâorigine de la majorité des expulsions locatives et provient le plus souvent dâune baisse de revenus. La perte dâemploi et la séparation des couples sont les premières causes de cette dégradation économique à lâorigine de la dette locative, dont lâampleur finit par engager certains ménages dans une procédure dâexpulsion initiée par leur bailleur.
7Il nâexiste pas à proprement parler de profil des ménages expulsés. Ceux-ci nâappartiennent pas à un groupe social défini. Quâil sâagisse de bénéficiaires des minimas sociaux, dâentrepreneurs en faillite, de travailleurs précaires ou de nouveaux foyers monoparentaux, ils ont en commun dâavoir un faible niveau de ressources. Leur diversité sociale et professionnelle est avant tout le reflet des récentes mutations sociétales qui se manifestent notamment par lâinstabilité de lâemploi et la fragilisation du lien familial.
8 Lâanalyse de la situation financière des ménages expulsés montre que la plupart étaient en capacité dâassumer la charge du logement au moment où ils sây sont installés. De plus, pour près des deux tiers, le premier impayé est survenu plus de deux ans après leur entrée dans le logement dâoù ils ont été expulsés. Cela signifie que, pour une majorité de ces ménages, lâimpayé de loyer provient non pas dâune mauvaise gestion mais dâune réelle impossibilité de faire face aux charges financières liées au logement.
9 Dans une moindre proportion, lâimpayé de loyer peut être une mesure volontaire, utilisée comme un outil de coercition envers le propriétaire qui loue sans vergogne un logement indigne. Généralement en conflit avec leur bailleur, ces mal-logés ont cru, à tort, pouvoir faire pression sur lui afin de lâobliger à effectuer des travaux. Persuadés dâêtre dans leur bon droit, ils parviennent difficilement à dissocier leur droit dâoccuper un logement décent et leur devoir de payer leur loyer. Ceux qui sâinscrivent dans cette démarche volontaire ne se différencient pas des autres expulsés quant à leurs faibles capacités financières.
10 Ainsi, loin de présenter les caractéristiques de désocialisation longtemps associées à la population des « pauvres », ces nouveaux précaires, majoritairement de bonne foi, se trouvent, au moment où la procédure dâexpulsion est engagée, dans une situation financière telle que le départ du logement apparaît, bien en amont de lâexpulsion, comme la seule possibilité objectivement envisageable. Pourtant, câest seulement lorsque lâexpulsion est mise en application quâils quittent leur logement.
11 Vient alors la question de la mobilisation. Pourquoi, alors que la procédure dâexpulsion suit son cours, que les étapes sâenchaînent en les conduisant inexorablement vers une expulsion, ces ménages nâorganisent-ils pas leur départ ?
Lâaccumulation de difficultés, premier frein à la mobilisation
12 Lorsque lâon interroge une personne sur les raisons pour lesquelles, à un certain moment de son parcours de locataire, elle ne sâest plus acquittée de son loyer, il nâest pas rare que, bien avant dâévoquer ses difficultés financières, elle réponde par lâénumération des multiples autres difficultés auxquelles elle a dû faire face à ce moment-là . Revenant sur la genèse de ses difficultés, une personne expulsée de son logement dans les Yvelines donne un exemple représentatif dâun discours récurrent : « Les impayés de loyer ont commencé suite à une série dâévénements : mon couple a explosé, jâai perdu mon emploi, et ma confiance en moi ».
13 De nombreux récits confirment que la population des ménages pour lesquels la procédure dâexpulsion est allée jusquâà son terme se caractérise par un cumul de bouleversements : une séparation et une perte dâemploi auxquelles peuvent sâajouter bien dâautres difficultés, dâordre familial, psychologique ou de santé. Cette accumulation exceptionnelle dâépreuves empêche ceux qui y sont confrontés de prendre la mesure réelle des conséquences prochaines de lâimpayé, les difficultés liées au logement représentant alors « seulement » un problème parmi tous les autres, comme lâexprime une mère de famille de la région parisienne : « Pour le commandement de payer, jâai eu un avis de passage dans la boîte aux lettres. Je ne suis pas allée chercher le document. Pour moi câétait un problème parmi dâautres. Je nâai pas saisi à ce moment-là que ça pouvait être le début de lâexpulsion ». Lâaccablement rend quasi impossible la mobilisation pour tenter de résoudre les problèmes liés à la dette locative et le recours aux dispositifs qui pourraient apporter une aide.
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14 Les récits des personnes interrogées rendent aussi compte dâune profonde angoisse, lâemploi récurrent du mot « peur » en étant sans doute la plus forte représentation. Quoi de plus angoissant en effet que lâidée de perdre son toit, non seulement en raison de la protection physique quâil garantit, mais aussi pour le refuge symbolique quâil représente face à toutes les adversités ? Espace de lâintime, abri offrant la sécurité du repli, le logement revêt une dimension si déterminante pour lâindividu que sa perte peut paraître invraisemblable, au point de croire que, bien que suivant son cours, la procédure judiciaire nâaboutira pas à une expulsion effective. Dâailleurs, souvent, la perte évoquée nâest pas celle du logement où lâon vivait mais celle dâun toit, dâun chez-soi. à aucun moment nâapparaît dans les récits le moindre attachement affectif au logement perdu. Ce qui ressort de ces entretiens, câest le traumatisme de lâexpulsion et la charge émotionnelle qui la précède.
15 Lâun des rôles essentiels des dispositifs de prévention consiste à éviter ce traumatisme. Lâintérêt de les solliciter apparaît comme une évidence, tout comme la nécessité dâun accompagnement semble aller de soi. Pourtant, même lorsquâil a été mis en place, cet accompagnement semble avoir été peu opérant pour les ménages ayant été expulsés de leur logement. Le décalage entre la réalité de la procédure dâexpulsion, les attentes des personnes concernées et les moyens dont disposent les travailleurs sociaux pour les aider efficacement est sans doute un premier élément de réponse.
Le travail social en question
16 Le travailleur social est placé au centre des dispositifs destinés à prévenir lâexpulsion, un événement qui arrive au terme dâune procédure juridique entraînant la personne concernée dans les arcanes dâun processus long et complexe, sur lequel le conseiller ne peut intervenir.
17Fort de sa mission consistant à faciliter lâaccès aux droits, le travailleur social dispose principalement de deux modes dâintervention : solliciter des aides financières, notamment du Fonds de solidarité logement, pour apurer la dette et éventuellement maintenir le ménage dans son logement. Ou bien, organiser avec celui-ci son relogement, en instruisant une demande de logement social ou en lâencourageant à déposer un recours auprès de la commission de médiation Dalo. De nombreux ménages en situation dâexpulsion parviennent à trouver une solution grâce à lâaccompagnement dont ils bénéficient. Associé à lâefficacité des dispositifs de prévention, cet accompagnement explique en bonne partie la faible part dâexpulsions effectives par rapport à lâensemble des jugements prononçant une expulsion : ainsi, en 2012, les expulsions ont été dâenviron 13 000 pour plus de 113 000 jugements.
18Cependant, si au moment où la procédure est engagée, la dette locative est trop importante, il est illusoire dâenvisager un apurement grâce à lâaide de fonds publics. De même, si la demande en logement social est instruite trop tardivement, la complexité et la longueur du processus dâattribution deviennent incompatibles avec la situation dâurgence dans laquelle se trouvent les ménages accompagnés. Ces limites sont difficilement comprises par les ménages pour lesquels la procédure est allée jusquâà son terme. Lorsquâils expriment une déception, câest souvent parce quâils nâattendaient pas une démarche dâaccompagnement ou de conseil mais une aide financière concrète et immédiate qui ne pouvait leur être apportée. Câest sans doute ce qui explique lâimage négative des travailleurs sociaux qui transparaît dans la plupart des entretiens réalisés.
19 La diversité des profils socio-économiques des expulsés est un autre élément dâexplication de cette défiance : une partie dâentre eux nâa jamais eu de contact avec un travailleur social avant le début de la procédure et ne cerne pas les contours de sa mission. On observe aussi que, pour une part des actifs, câest la représentation quâils se font de leur position sociale qui les empêche de solliciter le soutien dâun travailleur social ou qui les amène à le faire trop tardivement, lorsque la prévention nâest plus possible. De façon plus générale, le regard porté sur le travailleur social est la conséquence dâune focalisation : étant au centre des actions de prévention, il est le premier témoin dâune démarche paradoxale qui consiste à obliger un ménage à quitter son logement alors même quâaccéder à un logement est devenu un droit opposable.
20 à lâopposé de cette perception, dans le jeu des acteurs intervenant dans le cadre de la procédure dâexpulsion, câest lâhuissier de justice, pourtant porteur des pires nouvelles, qui bénéficie paradoxalement de lâimage la plus valorisée. « Aimable », « gentil », « humain », « compréhensif », sont les qualificatifs redondants par lesquels les personnes quâil a pourtant contribué à expulser le décrivent. Souvent considéré comme un allié bienveillant, qui montre souplesse et compréhension, il est celui avec qui lâon organise lâexpulsion afin quâelle se déroule le moins mal possible. Il est aussi celui qui retranscrit les explications fournies par les locataires sur chaque procès-verbal, ce qui est perçu par ces derniers comme une prise en compte valorisante de leur point de vue. Il est enfin lâune des rares personnes à venir régulièrement les rencontrer à leur domicile, alors que beaucoup dâinterlocuteurs envoient des courriers (qui souvent ne sont pas ouverts, nous y reviendrons) ou proposent un rendez-vous à une permanence sociale (à laquelle ils ne se rendront pas forcément). Cette reconnaissance envers la capacité dâécoute de lâhuissier est dâautant plus forte que les ménages pensaient, à tort, la trouver chez le magistrat.
Lâaudience, source de déceptions
21 Les ménages rencontrés se sont très majoritairement (75 % dâentre eux) rendus à lâaudience, ce qui représente un taux de comparution étonnamment supérieur à celui de la moyenne des personnes assignées. Bien sûr, leur accord pour participer à une étude témoigne dâune volonté de sâexprimer sur leur vécu de lâexpulsion, ce qui introduit un biais et oblige à relativiser ces résultats atypiques ; leur volonté de prouver leur bonne foi est toutefois indéniable. Aussi expriment-ils beaucoup de griefs quant au déroulement de lâaudience. La rapidité de celle-ci, en comparaison avec le long temps dâattente qui précède leur présentation à la barre du tribunal et au regard de lâimportance que ce moment revêt pour eux, leur cause une profonde déception.
22 On perçoit ainsi un très net décalage entre la finalité réelle de lâaudience et ce que les locataires comparants en attendent à titre personnel. Alors quâils sont appelés à comparaître pour formuler une demande (suspension de la clause résolutoire, délais pour se reloger) ou pour contester leur dette, ils croient le plus souvent que lâaudience leur permettra dâexpliquer directement au magistrat les raisons qui les ont conduits à ne plus pouvoir payer leur loyer. Ce décalage, lié notamment au fait que la plupart dâentre eux ne sont pas conseillés par un avocat, peut remettre en question la crédibilité accordée au tribunal qui ne peut gérer lâaudience que comme une étape formelle, alors que les assignés lâimaginaient comme un espace de véritable débat.
23 De même, alors quâils ont fait lâeffort de comparaître en personne, les ménages, méconnaissant la notion de délibéré, imaginent quâils vont recevoir une réponse immédiate à lâissue de lâaudience ; il en résulte une frustration supplémentaire.
Lâinévitable échec des plans dâapurement
24 Pour prendre la décision dâaccorder des délais de paiement ou dâexpulser, avec ou sans délai, le magistrat dispose dâinformations très variables selon la richesse du diagnostic social qui lui a été transmis, quand le travailleur social sollicité a pu rencontrer la personne ou la famille concernée. Lorsque cela nâa pas été le cas, le peu dâinformations dont le juge dispose ne lui permettent pas de mesurer à quel point les propositions de remboursement que font les ménages comparant seuls à la barre du tribunal sont surestimées. Dâautant que lâapurement de la dette étant la condition nécessaire à la préservation du titre dâoccupation, il constitue lâélément central du dispositif judiciaire.
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25 Hormis de très rares situations, dans lesquelles une contestation a pu sâélever sur le montant de la dette ou pour lesquelles lâétat dâun conflit avec le bailleur bloquait tout arrangement, les personnes rencontrées ont pratiquement toutes validé des échéanciers dâapurement. Pourtant, alors même quâelles en acceptent le principe sans contestation, le niveau de leurs échéances, qui sâajoutent au montant du loyer en cours, nâest objectivement jamais tenable. Dans de nombreuses situations, elles nâhésitent pas à proposer spontanément des paiements irréalistes, notamment à lâaudience, se persuadant elles-mêmes quâelles pourront en honorer le règlement. Tout en surestimant leurs capacités dâeffort, elles ne prennent pas toujours conscience par ailleurs du caractère ininterrompu que doit revêtir lâéchéancier. Si une dépense imprévue vient perturber la régularité des remboursements, la sanction est pourtant immédiate : arrêt du versement des aides au logement, exigibilité de la dette totale, application de la clause résolutoire qui avait été judiciairement suspendue et expulsion sans délai. Pour certaines familles, cette situation se double même dâune incompréhension des termes du plan : elles peuvent sâappliquer à respecter scrupuleusement les mensualités dâapurement sans réaliser quâelles doivent parallèlement reprendre le paiement du loyer en cours.
26 Si les ménages éprouvent des difficultés à comprendre le déroulement de la procédure, câest également parce quâils ne prennent pas toujours connaissance des explications qui leur sont délivrées par écrit. Paradoxalement, câest la profusion dâinformations qui leur sont envoyées par courrier qui provoque une lassitude et en décourage la lecture. Beaucoup ressentent cette profusion comme un harcèlement dâautant plus fort que ces lettres ne leur fournissent pas de solution pour sortir de la situation dans laquelle ils se trouvent. Les courriers relatifs à la procédure ne faisant que sâajouter à tous les autres dans leur boîte aux lettres (rappels de factures énergie, relances des organismes de crédit, mises en demeure diversesâ¦), ils finissent souvent par ne plus les ouvrir.
27 Dans les cas où ils prennent connaissance des courriers remis par lâhuissier, ils se disent rebutés par un vocabulaire juridique qui leur est incompréhensible et ne retiennent de ces courriers que leur caractère dâinjonction, sans prêter attention aux informations complémentaires qui pourraient leur être utiles. On observe par exemple quâaucune des personnes rencontrées nâa tiré profit des possibilités offertes par le Fonds de solidarité logement, dont les coordonnées figurent pourtant de façon obligatoire sur le commandement de payer.
28 Câest peut-être dans ce registre que lâaccompagnement social prend tout son sens. Lâexplicitation de tous les éléments en lien avec le déroulement de la procédure constitue un moyen dâaider les ménages expulsés à se repositionner en situation dâacteurs â dâautant que la plupart dâentre eux affirment avoir eu conscience que le départ du logement était la seule possibilité de résolution dâune situation quâils savaient intenable. Cependant, beaucoup mettent en avant que leur persistance à rester dans le logement était liée aux difficultés quâils ont rencontrées pour accéder à un autre logement.
Les entraves au relogement
29 Quelles que soient les causes de lâimpayé à lâorigine de lâexpulsion (cherté du loyer, conflit avec le bailleur, logement inadapté), la plupart des ménages rencontrés en étaient arrivés à la conclusion quâils ne pouvaient pas se maintenir dans le logement en raison de leurs difficultés financières ou aussi, parfois, à cause de la mauvaise qualité du logement. Mais la mise en Åuvre du relogement, qui pouvait être envisagée dès les premiers incidents de paiement, se heurte à une multitude de freins qui, pour des raisons différentes, peuvent sâavérer aussi problématiques dans le parc social que dans le parc privé, plus particulièrement dans les zones tendues en termes dâhabitat.
30 Dans les territoires urbains caractérisés par une forte tension, la cherté des loyers compromet à elle seule lâaccès à un logement du parc privé. Les garanties exigées par les bailleurs, rédhibitoires pour les ménages qui se trouvent en procédure dâexpulsion, constituent un frein supplémentaire. Dans les zones dâhabitat peu tendues, un relogement dans le parc privé est plus facile, mais câest souvent par le biais dâune relation que les ménages peu solvables parviennent à se reloger, la difficulté de louer leurs logements conduisant les bailleurs privés à se montrer moins exigeants quant aux antécédents de ces candidats locataires.
31 Paradoxalement, tant que la procédure dâexpulsion est en cours, lâaccès au parc social dans le cadre dâune demande classique sâavère au moins aussi difficile que lâaccès au parc privé. En effet, quel que soit le territoire concerné, les bailleurs sociaux considèrent généralement la personne menacée dâexpulsion pour impayé comme un « mauvais payeur ». Pour les locataires expulsés du parc privé exprimant une demande de logement social, le marquage lié à la dette locative rend souvent leur demande irrecevable. Les locataires occupant déjà un logement social se trouvent quant à eux dans une situation paradoxale : afin de pouvoir être relogés dans un logement plus compatible avec leur budget, ce qui éviterait un alourdissement de leur dette (et lâexpulsion), câest auprès du bailleur qui a justement entamé cette procédure dâexpulsion quâils doivent formuler une demande de mutation.
32 Face à ces constats, on ne peut que mesurer le risque que représente la difficulté de relogement et de se voir confronté, sans doute une fois encore, au mal-logementâ¦
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33***
34 Depuis la parution de lâétude réalisée à partir des entretiens avec les ménages expulsés, une instruction du ministre de lâIntérieurâ¯[1]
[1] Ministère de lâIntérieur, instruction n° NOR INTK1229203J, 26⦠est venue, en 2012, inciter les préfets à ne pas expulser les ménages reconnus prioritaires Dalo avant que le relogement ne soit devenu effectif.
Il leur est aussi explicitement demandé que « toute personne faisant lâobjet dâun commandement de quitter les lieux soit informée de la possibilité de déposer un recours Dalo en vue dâobtenir un relogement ». La nécessité dâorganiser un relogement le plus en amont possible est aussi mise en avant par une exhortation à « mettre en Åuvre systématiquement le relogement effectif du ménage dans un délai qui intervienne avant la date à laquelle le concours de la force publique sera mis en Åuvre ».
35 Ce texte représente un progrès réel dans la mesure où il témoigne de la prise de conscience collective des enjeux liés au relogement. Toutefois, parce quâelle diminuerait considérablement le nombre de personnes forcées à quitter leur logement par une action de justice, son application systématique constituerait une avancée bien plus grande encore.
Note
[1]Ministère de lâIntérieur, instruction n° NOR INTK1229203J, 26 octobre 2012.
Source : Kafunel.com avec Cairn.info – Mis en ligne le 02/10/2019












